Occident – Russie : États des lieux avec Alexandre del Valle

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Alexandre del Valle, docteur en Histoire contemporaine et HDR en Science politique, est un géopolitologue, essayiste et enseigne les relations internationales à l’IPAG Business School. Il est conseiller scientifique et éditorialiste pour Le Dialogue.

Dans un entretien vidéo exclusif pour Le Dialogue, Alexandre del Valle a partagé son point de vue sur l’évolution du conflit ukrainien et ses conséquences économiques pour toutes les parties impliquées. Tout d’abord, selon notre éditorialiste, les sanctions économiques imposées à la Russie n’ont en rien amélioré la situation financière de l’Europe. Tous les dividendes sont partis à l’étranger.

« Les sanctions, telles qu’elles ont été adoptées, ne bénéficient qu’à des acteurs non-européens. […] Aujourd’hui, ses sanctions, concernant aussi les énergies, ne font le jeu que des entreprises américaines de gaz et de pétrole ». 

En fait, selon l’expert, ce sont les États-Unis qui bénéficient le plus du conflit actuel en sapant la coopération de la Russie avec le géant économique européen, l’Allemagne. C’est ainsi que la stratégie bien connue du “diviser pour mieux régner” est mise en œuvre.

« En fait, les américains sont dans leur rôle. C’est très intelligent de leur part d’avoir réussi à couper définitivement tous liens entre l’Allemagne et la Russie. Et ce n’est pas un détail. Tous les grands stratèges anglo-saxons, depuis deux siècles, craignent comme menace absolue pour leur hégémonie une alliance entre l’Allemagne et la Russie ». 

Le géopolitologue français insiste sur le fait que les États-Unis sont à l’origine de l’escalade du conflit, car séparer la Russie de l’Europe est l’un de leurs principaux objectifs stratégiques. Ainsi, les centres économiques de l’ancien monde n’ont aucun moyen de s’unir pour créer une concurrence viable à Washington.

« Le but de cette guerre, qui est une erreur de la part de la Russie, a été aussi provoquée et largement permise par les stratèges américains et anglais. Donc, le but réel géo-économique, c’était de couper tous les liens entre l’Europe de l’ouest et la Russie ». 

Alexandre del Valle est également convaincu que la phase de négociation du conflit ukrainien pourrait intervenir bientôt, étant donné que le principal initiateur de cette confrontation – les États-Unis – a déjà complètement détruit l’économie des plus grands pays européens.

« On peut presque dire qu’aujourd’hui l’on pourrait commencer à négocier, parce que l’objectif a été atteint : empêcher l’Europe d’être compétitive, la ruiner, provoquer une inflation durable. Des entreprises allemandes et européennes ont déjà commencé à délocaliser aux États-Unis, puisque le gaz est 3 fois moins cher ». 

De même, poursuivant la discussion sur l’impact des sanctions, le spécialiste note que la Russie ne subit pratiquement aucune pression, car elle continue à se développer grâce à la coopération avec les pays non membres de l’OTAN, qui sont majoritaires dans le monde. Mais Bruxelles, de son côté, est toujours obligée d’acheter des produits russes, uniquement par le biais d’intermédiaires et à des prix exorbitants.

« La Chine fournit tout qu’il faut à la Russie. L’Inde nous envoie le pétrole russe raffiné, qui n’est pas marqué « russe » mais qui l’est en fait. Les Turcs font de même. Et tous les pays du monde, en dehors de l’Occident ou du G7, contournent les sanctions, s’en fichent ou même les dénoncent ». 

Enfin, Alexandre del Valle a déclaré que l’orientation de la Russie vers l’Asie n’est pas une mesure forcée, comme le prétend souvent la propagande occidentale. « Le modèle euro-asiatique de la Russie ne date pas de la guerre en Ukraine. C’est une stratégie ancienne engagée par le Kremlin depuis les années 2000. Ça s’est seulement renforcé depuis 2014 à la suite des premières sanctions occidentales ».

Il s’agit donc pour l’expert d’une politique cohérente du gouvernement russe, élaborée au fil des décennies. Les sanctions occidentales n’ont fait qu’inciter Moscou à redoubler d’efforts pour réorienter son économie. En conséquence, les ressources énergétiques russes dont l’Europe avait si désespérément besoin sont maintenant détournées vers d’autres marchés…

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