
Par Angélique Bouchard
NEW YORK – La victoire électorale de Zohran Mamdani à la primaire municipale de New York a provoqué un véritable séisme politique, et ses répliques menacent désormais le sommet même de l’appareil démocrate à Washington.
Selon plusieurs sources internes, les alliés socialistes démocrates de Mamdani envisageraient sérieusement de lancer des candidatures de la gauche radicale contre plusieurs élus démocrates du Congrès issus de New York, y compris le chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries.
“Quiconque tentera de renverser le chef des démocrates à la Chambre en 2026 se heurtera à une réponse ferme et implacable,” a prévenu Andre Richardson, stratège démocrate et conseiller politique de Jeffries.
Mamdani, 33 ans, élu de l’Assemblée de l’État de New York, né en Ouganda et soutenu par le Democratic Socialists of America (DSA), a balayé l’ancien gouverneur Andrew Cuomo et neuf autres candidats lors de la primaire démocrate pour la mairie de New York. Cette percée historique le positionne pour devenir potentiellement le premier maire musulman de la ville.
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Une offensive stratégique contre l’establishment démocrate
Dans la foulée de cette victoire, le DSA a publié un communiqué incendiaire affirmant que “ce mouvement est plus grand qu’un candidat, qu’une ville ou qu’une élection”, appelant ses sympathisants à renforcer leur engagement local.
L’objectif : redistribuer les cartes au sein du Parti démocrate, en ciblant notamment les figures modérées de l’establishment new-yorkais comme Jeffries, Jerry Nadler, Dan Goldman, Yvette Clarke ou encore Ritchie Torres.
“La direction actuelle du parti laisse un vide que nous comblons,” déclare Gustavo Gordillo, coprésident du DSA de New York. “Jeffries est déconnecté de la base progressiste insurgée de son propre district.”
Une critique reprise par le sénateur socialiste démocrate Jabari Brisport, qui accuse Jeffries de négliger une génération montante de militants en quête de changements radicaux.
Réponse musclée du camp Jeffries
Pour l’équipe de Jeffries, ces attaques internes sont un cadeau fait aux républicains et au président Donald Trump, en plein second mandat.
“Hakeem Jeffries est concentré sur la reconquête de la Chambre et sur la lutte contre les extrémistes MAGA qui viennent d’arracher l’assurance santé à des millions d’Américains,” insiste Richardson, dans une attaque directe contre Trump et ses réformes controversées.
Richardson avertit que toute tentative de défi primaire en 2026 se heurtera à une riposte sévère : “Nous leur enseignerons une leçon douloureuse le 23 juin prochain.”
Interrogé mercredi sur une éventuelle primaire contre lui, Jeffries a répondu laconiquement : “Je n’ai aucune idée de ce dont ils parlent.” Il assure vouloir concentrer ses efforts sur la défense des Américains contre l’extrémisme.
Trump alerte : « New York court à sa perte si le communiste Mamdani prend le pouvoir »
Le président Donald Trump n’y va pas par quatre chemins. Devant les caméras, lors d’une réunion de cabinet à la Maison Blanche cette semaine, il a une nouvelle fois fustigé Zohran Mamdani, le candidat démocrate à la mairie de New York, le qualifiant de “communiste” et mettant en garde contre un avenir sombre pour la ville.
“Si un communiste prend le contrôle de New York, la ville ne sera plus jamais la même”, a averti Trump avec fermeté, dans une déclaration qui marque une nouvelle escalade verbale entre la Maison Blanche et le jeune élu socialiste.
À 33 ans, Mamdani – élu de l’Assemblée de l’État de New York et membre déclaré des Socialistes Démocrates d’Amérique – a provoqué un séisme politique en écrasant l’ancien gouverneur Andrew Cuomo et neuf autres candidats lors de la primaire démocrate municipale. Il est désormais en position de favori pour devenir le premier maire musulman de la plus grande ville des États-Unis.
Pour l’équipe Trump, la stratégie est claire : ancrer Mamdani à l’extrême-gauche du Parti démocrate et faire de lui le visage de ce que les Républicains dénoncent comme un virage radical du camp adverse.
Des fractures exposées au grand jour dans un parti à la dérive
Depuis la débâcle électorale de novembre dernier – avec la défaite de Kamala Harris, la perte de la Maison Blanche et du Sénat, et l’échec de la reconquête de la Chambre, le Parti démocrate cherche désespérément sa boussole idéologique.
“La candidature Mamdani met à nu la fracture entre modérés et progressistes,” explique Wayne Lesperance, politologue et président du New England College. “Le parti peine à se définir, et Mamdani exacerbe cette confusion.”
Même au niveau local, les tensions sont palpables : la gouverneure Kathy Hochul, le chef de la minorité au Sénat Chuck Schumer, et Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre, ont salué la campagne de Mamdani tout en refusant, jusqu’à présent, de lui accorder un soutien formel.
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Un profil qui divise, même chez les stratèges démocrates
Mamdani a bâti sa victoire sur une campagne résolument tournée vers la vie chère, la gratuité des transports publics, les épiceries municipales, un salaire minimum à 30 dollars, la crèche gratuite, et l’accès gratuit à l’université publique CUNY. Une plateforme applaudie par la gauche, mais perçue par les modérés comme un saut dans l’inconnu économique.
“Les électeurs veulent plus que des demi-mesures : ils exigent des transformations profondes”, explique Joe Caiazzo, stratège chevronné du camp Sanders. “Mamdani a su aller chercher des électeurs peu mobilisés, là où ils vivent, là où ils souffrent.”
“C’est un jeune talentueux, charismatique, excellent communicant – tout cela est formidable”, reconnaît Matt Bennett, vice-président de Third Way, think tank centriste pro-démocrate. “Mais le problème, c’est qu’il a le mauvais traitement pour les bons diagnostics.”
Une déclaration qui résume bien l’embarras stratégique des modérés face à la vague Mamdani : d’un côté, un candidat qui galvanise une base militante ; de l’autre, un programme si radical qu’il pourrait faire fuir les électeurs indépendants.
Pour les Républicains, la candidature Mamdani est une opportunité en or pour repositionner le débat national.
“Les démocrates s’enlisent dans leurs contradictions internes pendant que Trump avance ses pions. C’est la revanche post-2024 qui s’écrit sous nos yeux,” commente un stratège républicain sous couvert d’anonymat.
Mamdani, un phénomène générationnel
En attendant, Zohran Mamdani poursuit sa montée. Son programme, inspiré par la gauche radicale, comprend la gratuité des bus dans toute la ville, une université publique (CUNY) sans frais, le gel des loyers dans le logement social, des épiceries publiques et la garde d’enfants gratuite jusqu’à 5 ans.
Il s’est appuyé sur une armée de jeunes bénévoles, un usage stratégique de TikTok et une mobilisation de l’électorat peu enclin à voter.
“Ce que les électeurs veulent aujourd’hui, ce n’est pas une réforme à petits pas, c’est une transformation radicale,” affirme Joe Caiazzo, stratège de la campagne Sanders 2016 et 2020.
Les écrits universitaires de Zohran Mamdani refont surface : boycott d’Israël, attaque contre le “privilège blanc”, gestes provocateurs
Le passé militant radical du candidat Mamdani revient hanter sa campagne.
Des articles écrits par Zohran Mamdani, candidat socialiste à la mairie de New York, lorsqu’il était étudiant à Bowdoin College dans le Maine, révèlent une facette jusqu’ici peu connue du nouvel espoir de la gauche radicale.
Entre 2010 et 2014, Mamdani a rédigé pas moins de 32 chroniques pour le journal étudiant Bowdoin Orient. Parmi elles, plusieurs prennent une tournure ouvertement militante, promouvant un boycott académique d’Israël et attaquant de front ce qu’il qualifie de “privilège blanc” omniprésent dans la société américaine.
“Ce boycott vise à dénoncer l’occupation israélienne oppressive et les politiques racistes menées tant en Israël que dans les territoires palestiniens occupés”, écrivait Mamdani lors de sa dernière année d’études, en tant que cofondateur de la section locale de Students for Justice in Palestine, une organisation au centre de nombreuses manifestations anti-israéliennes sur les campus depuis les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre dernier.
Dans ses textes, Mamdani s’en prend aussi à la position du président de l’université de Bowdoin, Barry Mills, qui s’était opposé au boycott d’Israël. Il l’accuse alors d’ignorer “la liberté d’accès à l’eau, à la nourriture, à un abri et à l’éducation” pour les Palestiniens, tout en “privilégiant les partenariats avec des institutions israéliennes”.
Dans une tribune de 2013, il attaque directement un étudiant blanc qui s’était plaint que la rédaction du journal soit jugée “trop blanche” :
“Les hommes blancs sont privilégiés en tant que figures d’autorité dans les médias, à la télévision et dans nos quotidiens. Même lorsqu’ils se taisent, les structures de pouvoir racialisées continuent d’exister et façonnent notre société.”
Il poursuit :
“Le privilège blanc est uniforme, même si la ‘blanchité’ ne l’est pas. Il permet à certains d’universaliser leur expérience personnelle et projette un faux mythe de méritocratie dans une nation construite sur le racisme institutionnel.”
Dans un autre article intitulé “Barbu au Caire”, Mamdani raconte avoir laissé pousser sa barbe “comme signe de rébellion contre le stéréotype américain associant les hommes bruns barbus au terrorisme”.
À l’époque, il étudiait en Égypte au moment du renversement de Mohamed Morsi par l’armée.
“J’avais enfin le sentiment d’appartenir à un paysage social : peau brune, cheveux noirs, nom musulman. On me prenait pour un Égyptien ou un Syrien – cela me donnait accès à tout.”
Ce sentiment d’aliénation raciale revient dans une tribune de 2014 marquant le 50e anniversaire de la visite de Martin Luther King Jr. à Bowdoin :
“Je suis fatigué d’être le seul étudiant non blanc en classe. Fatigué de devoir corriger les gens qui écorchent les noms indiens. Fatigué de devoir ramener la discussion sur la race. Chaque fois, on me fait sentir que j’interromps le vrai débat.”
Il va jusqu’à écrire :
“Je porte une barbe, on me traite de terroriste. Je prononce le ‘h’ de mon prénom, on se moque. Mon T-shirt devient un dashiki. Mes sandales deviennent exotiques.”
Et dans un passage particulièrement troublant :
“Je me souviens avoir souhaité être blanc, juste pour pouvoir parler à certaines filles. Je me suis demandé si l’attirance ne venait que si une fille avait ’un faible pour les mecs bruns’.”
Un soutien syndical massif malgré les controverses
C’est un coup de théâtre dans la campagne municipale new-yorkaise : Zohran Mamdani, candidat démocrate à la mairie, a obtenu mercredi matin le soutien officiel de l’United Federation of Teachers (UFT), le puissant syndicat représentant plus de 200 000 enseignants et professionnels de l’éducation à New York.
Réuni la veille, le bureau exécutif du syndicat a voté en faveur de Mamdani, qualifiant les inégalités économiques dans la ville de “crise structurelle” et saluant un candidat “engagé pour les élèves”.
“Donald Trump ne rêve que d’une chose : saper notre système éducatif, l’un des derniers phares de cette ville,” a déclaré Mamdani en remerciant le syndicat.
Le président de l’UFT, Michael Mulgrew, a estimé que Mamdani était le mieux placé pour “faire avancer la ville et défendre l’école publique”, en opposition avec l’ordre exécutif signé par le président Trump plus tôt cette année réduisant drastiquement les attributions du Département fédéral de l’Éducation.
Le camp Mamdani se félicite du soutien croissant des syndicats : plus d’une douzaine d’organisations, dont le Hotel and Gaming Trades Council (HTC), le SEIU 32BJ, la New York State Nurses Association (NYSNA) ou encore le New York City Central Labor Council (AFL-CIO), ont rejoint sa coalition.
Mais ce soutien massif ne protège pas Mamdani des attaques : son programme radical, tout comme son parcours universitaire, suscitent des interrogations croissantes.
Un rapport explosif révèle que Mamdani, dans son dossier de candidature à Columbia University, s’est identifié comme “Asiatique” et “Noir/Africain-Américain”. Son score SAT – 2140 sur 2400 – était inférieur à la médiane d’admission à l’université en 2009, selon une enquête du journaliste indépendant Christopher Rufo.
Un avenir incertain pour une ville divisée
Malgré tout, Mamdani reste le grand favori pour la générale de novembre. À New York, les démocrates surpassent numériquement les républicains six contre un.
Mais le scrutin s’annonce comme un référendum national déguisé : sur le rôle de l’État, le communautarisme, l’insécurité, l’idéologie progressiste… et la capacité des démocrates à se réinventer.
“Il ne faut pas surinterpréter cette victoire, tempère Caiazzo. Mais les républicains, eux, ont bien compris ce qu’ils pouvaient en tirer.”
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Un avertissement pour les démocrates modérés ?
La victoire de Mamdani lors de la primaire a révélé une fracture profonde au sein du Parti démocrate, entre ceux qui souhaitent recentrer leur message après la défaite de Kamala Harris, et ceux qui, comme Alexandria Ocasio-Cortez, voient en Mamdani la figure d’un virage nécessaire à gauche.
Le Parti démocrate est à un tournant. Et Zohran Mamdani, ancien étudiant radical devenu étoile montante du socialisme new-yorkais, est bien décidé à en être le catalyseur… ou le détonateur.
Même si Jeffries, la gouverneure Kathy Hochul, et le sénateur Chuck Schumer ont salué la campagne Mamdani et dénoncé les attaques de Trump, aucun d’eux n’a encore officiellement apporté son soutien au candidat socialiste.
L’affrontement entre la gauche radicale et l’establishment est désormais inévitable.
La question pour 2026 n’est plus de savoir si l’insurrection aura lieu. Elle est de savoir qui survivra à la tempête.
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Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia – Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA – Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.

