Les accords d’Abraham : vers une normalisation des relations arabo- israéliennes ?

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« L’Arabie saoudite est un partenaire essentiel dans la lutte contre l’extrémisme dans la région comme dans la gestion des problèmes posés par l’Iran. J’espère également poursuivre le processus de construction de relations de qualité entre Israël et ses voisins – proches ou plus éloignés – par le soutien et l’extension des accords d’Abraham » (Antony Blinken, secrétaire d’Etat américain, 1° juin 2022.

Abraham est le père des croyants, à l’origine des trois religions monothéistes : judaïsme, christianisme et islam, dont le nom signifie dans la Bible « Père d’une multitude de nations ».

Il était de ce fait logique qu’il soit choisi comme prestigieux référent des accords éponymes conclus entre l’Etat d’Israël et des Etats arabes : Emirats arabes unis, Bahreïn, Maroc et Soudan, en 2020 et 2021, sous l’égide de Donald Trump, alors Président des Etats -Unis.

Ces conventions ont fait l’objet de vives critiques de la part d’autres Etats, mais ont permis l’instauration d’un dialogue réel entre leurs signataires.

Après la pacification des relations d’Israël avec l’Egypte (1978) et la Jordanie (1994), déjà contestée par des Etats comme la Syrie ou encore la République islamique d’Iran, et qui entraina l’assassinat par des terroristes islamistes du Président égyptien Anouar el Sadate, ce nouvel apaisement est apparu comme une trahison de la cause palestinienne aux yeux par exemple de l’Algérie, de la Tunisie, de la Syrie, de la Turquie mais aussi du Koweït…

L’origine de ces traités réside en grande partie dans la volonté en tout cas des monarchies du Golfe, d’Israël et des USA, de faire front à la menace iranienne, adversaire commun dont les velléités expansionnistes et nucléaires inquiètent. Les rapports entre Jérusalem, Abou Dhabi et Manama en réalité étaient déjà cordiaux, y compris la dimension sécuritaire (au demeurant facteur d’une importante coopération avec Le Caire et Aman).

L’ombre de la République islamique d’Iran plane en effet au-dessus de tout le Proche et Moyen Orient. Avec l’avènement du régime des mollahs, c’est un Etat hostile aux dirigeants arabes sunnites et animé par la haine d’Israël qui perturbe l’ordre jusqu’ici établi. 

La terrible guerre Iran Irak (1980-1988) et son million de morts estimé a frappé les esprits pour longtemps. Puis l’apparition de ce que le roi Hussein de Jordanie a appelé le « croissant chiite », à savoir la zone d’influence iranienne de Téhéran à Beyrouth en passant par Bagdad et Damas a été perçu comme une menace sourde ; concrétisée par le soulèvement des houthistes (rebelles chiites zaydites du Yemen), armé et encadré par les pasdarans et des hezbollahis.

Cependant La cause palestinienne n’en est pas pour autant délaissée puisque dans le cadre de ces accords Israël a déclaré qu’il suspendrait tout projet d’annexion des territoires palestiniens occupés.

Mais les traités vont bien au-delà de la seule perspective sécuritaire, même si celle-ci est bien sûr cruciale.

Engagements diplomatiques, reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental (élément évidemment primordial pour Rabat), coopérations dans des secteurs d’intérêt commun (énergie, agriculture, tourisme, innovation technologique, investissements) forment la trame étendue de ceux-ci.

Ceci n’est pas resté lettre morte, ce qui aurait à l’évidence vidé ces accords de toute substance. Le cas des EAU est emblématique. L’ambassadeur d’Israël a déclaré en juin de cette année que le volume des échanges commerciaux des 5 premiers mois de 2022 atteint 921 millions de dollars pour 400 millions en 2021 sur la même période, alors que le tourisme connait un fort développement (sur 2020-2021 230 000 israéliens ont visité les Emirats).

Le Soudan du fait du coup d’Etat s’est trouvé marginalisé. La question se pose de l’Arabie saoudite. Les liens de ses services avec ceux d’Israël ne sont pas un mystère, le combat souterrain contre l’adversaire commun iranien y contribuant pour beaucoup… Pour autant les autorités saoudiennes prennent le temps de la réflexion avant d’adhérer à un système qui est diversement apprécié par leur population. Alors même que le secrétaire d’Etat américain a déclaré le 7 novembre dernier que le Royaume est un « partenaire clé » pour aider à étendre les accords d’Abraham, et l’ex Premier ministre israélien Lapid que le processus de normalisation serait long et sur la base d’intérêts de sécurité communs.

L’espoir d’une extension existe, puisque récemment le Qatar a autorisé l’ouverture provisoire d’un consulat ainsi que d’une liaison aérienne pour Israël à l’occasion du Mondial de football…

Néanmoins, le retour à la tête du gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou après sa victoire aux élections législatives de novembre dernier, dont l’appui à la colonisation des territoires palestiniens est connu, avec de plus l’appui du bloc d’ultra droite de Ben Gvir, peut prêter à inquiétude. Mais les avantages pour l’Etat hébreu des accords d’Abraham sont de nature à calmer ces ardeurs belliqueuses.

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