Ami ou ennemi ?

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Le président français Emmanuel Macron (à droite) rencontre le président russe Vladimir Poutine (à gauche) à Moscou le 7 février 2022, pour des entretiens visant à trouver un terrain d’entente sur l’Ukraine et l’OTAN, au début d’une semaine de diplomatie intense face aux craintes de la Russie prépare une invasion de son voisin pro-occidental. (Photo par SPOUTNIK / AFP)

Le 21 janvier dernier, aux « universités d’hiver » de République Souveraine, j’ai écouté avec attention le débat entre Pierre Conesa et Alexandre Del Valle. Un débat des plus intéressant avec des intervenants de haut niveau, au cours duquel une affirmation de monsieur Del Valle a attiré mon attention, celle de la notion de « l’ennemi » en parlant de la Russie. 

Comme le rappelle, de façon imagée mais juste, le géopolitologue, « l’ennemi c’est celui qui vient vous attaquer dans votre baignoire », prenant en exemple, là encore à juste titre, l’islam politique qui vient nous toucher sur notre sol depuis des décennies, avec l’un de ses soutiens, comme le Qatar, qui arrose de ses pétrodollars les groupes islamiques jusque dans nos quartiers. 

Il n’en est pas de même de la Russie de Vladimir Poutine dont les T90 ne sont pas sur la ligne bleue des Vosges et qui, à ma connaissance, ne finance pas à coup de roubles des éléments subversifs dans nos cités. La Russie n’est pas notre ennemie mais elle est devenue un adversaire agressif et ce bien avant la stupide attitude de nos dirigeants lorsque tous les voyants étaient à l’orange à la frontière russo-ukrainienne. En effet, Vladimir Poutine n’a pas attendu son offensive en Ukraine et la réaction de la France pour venir s’en prendre aux intérêts français en Afrique notamment. 

Comme a pu le dire le général de Gaulle « les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». On pourrait débattre longtemps sur cette notion mais notre Histoire, et le bonapartiste que je suis n’oublie pas l’attitude du royaume britannique en 1870, nous l’a démontré bien souvent en fonction des situations. Aujourd’hui les intérêts de la France et de la Russie divergent sur de nombreux points alors qu’elles avaient la possibilité de travailler ensemble différemment. Cette divergence d’intérêt atteint son « paroxysme » sur le continent africain avec une nouvelle politique africaine de Moscou qui se fait aux détriments de Paris. 

Absente, tout du moins en sommeil, du continent africain depuis la fin de la Guerre froide, la Russie a décidé de reprendre pied en Afrique par le biais de l’aide militaire mais aussi économique, en annulant, en partie, les dettes contractées par certains pays africains auprès de Moscou. Si des pays, notamment comme Djibouti, ont su résister à un certain entrisme, ce n’est pas le cas du Soudan, de l’Ethiopie, de la RDC, du Rwanda et de l’Angola. Si ce retour est gênant pour la France au niveau économique, nous pourrions dire que c’est le « jeu » et que nous devrions muscler notre force commerciale. Or la Russie a décidé, et ce bien avant l’affaire ukrainienne, de changer la façon de faire en République Centre Africaine, au Mali, au Burkina Faso, en mettant en place une stratégie ouvertement antifrançaise dépassant le simple stade de la mainmise à bon marché des ressources minières ou énergétiques de ces pays.

S’il n’y a pas de confrontation directe entre la France et la Russie dans la bande sahélienne, les coups d’États sponsorisés par Moscou, les actions de la société Wagner, le sponsoring des mouvements antifrançais ne sont pas des actes d’amitiés … Vladimir Poutine a décidé de cibler délibérément la France dans cette zone même si cela doit permettre aux organisations islamistes de progresser et à plus ou moins long terme de représenter une menace pour l’Europe et la France. 

Ennemi, je ne sais pas mais sûrement pas un ami …   

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