Jean-Claude Martinez : « En Nouvelle Calédonie, quoi qu’il en coûte la France doit rester ! »

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Jean-Claude Martinez, est président fondateur, avec le sénateur Dick Ukeiwé, des îles Loyauté, de l’Union pour la Nouvelle-Calédonie. Universitaire mondialement reconnu, auteur d’une quarantaine d’ouvrages de référence, il est professeur émérite de droit public et de sciences politiques à l’Université Paris II, Panthéon-Asssas.

Dans son dernier livre publié aux éditions Godefroy de Bouillon, Nouvelle Calédonie, quoi qu’il en coûte la France doit rester !, il défend la présence française dans l’Océan pacifique. Selon lui, si la France abandonnait la Nouvelle Calédonie, la Polynésie suivrait et les ailes de la France se replieraient, renonçant au Pacifique juste au moment où l’histoire va y commencer. Jean-Claude Martinez s’oppose donc farouchement à ce grand renoncement à être la « France Monde » !

Il a accordé au Dialogue un entretien exclusif.

Propos recueillis par Angélique Bouchard

Le Dialogue : Vous avez publié un nouveau livre sur la Nouvelle Calédonie aux éditions Godefroy de Bouillon quelques semaines avant le dernier référendum sur l’indépendance, votre engagement pour que ce territoire reste français n’est pas nouveau, pourquoi vous y attachez autant d’importance ?

Jean-Claude Martinez : Pour les mêmes raisons que la Chine qui a mis sa main impériale sur les 10 pays mélanésiens qui entourent la Nouvelle Calédonie, à savoir les îles Kiribati, Samoa, Cook, Fidji, Tonga, Cook, Salomon, Papouasie Nouvelle-Guinée, États Fédérés et Vanuatu. Ce dernier pays, à 1h20 de vol de Nouméa était français sous le nom de Nouvelles Hébrides. Le président VGE l’a abandonné et la Chine s’y est installé. Pourquoi ? Parce que le Pacifique sud c’est 40 % de l’espace maritime planétaire et le centre mondial de l’économie.

Si nous voulons rester une puissance mondiale, tout se joue à Nouméa et Papeete et non à l’Haÿ-les-Roses, Snapchat ou Montargis. Parce que si traiter frontalement le défi de la diaspora algérienne, pour reprendre le contrôle de la vingtaine de nos villes enserrées dans les filets maillant dérivant des services d’Alger, ne demanderait que quelques semaines intenses et ne coûterait au pire que le prix d’une confrontation temporaire avec le sud méditerranéen, la perte en revanche de la Nouvelle Calédonie et de la Polynésie serait irrémédiable.

Qu’en est-il des Calédoniens ? Sont-ils attachés à leur identité française ?

Ils ne cessent de répondre oui au fil des référendums. Encore le 12 décembre 2021. Emmanuel Macron a déclaré lors de sa visite récente en Chine que la France n’a pas d’intérêt dans la région, alors qu’elle y est présente par ces territoires de Tahiti et de Nouvelle Calédonie, anticipe-t-il une future indépendance ? Le président Macron comme tous les présidents français n’anticipe rien. Ils gouvernent au fil de l’eau médiatique. En détruisant la Libye, le président Sarkozy n’a jamais anticipé le Niger, Le Mali, le Sahel. En contribuant à détruire l’État irakien, le président Mitterrand n’a rien anticipé de Daesh et des « jeunes français » partis se former au terrorisme. 

Donc, comme sur tous les sujets, sur Tahiti ou Nouméa, il n’y a toujours pas anticipation ! Cela ne les intéresse pas. En démocratie, la politique se fait en effet par des élections. Donc les élections sont le seul objet de préoccupation.

En plus, comme le parti indépendantiste Tavini huiraatira, dirigé par Oscar Temaru, n’irait à l’indépendance qu’après la présidence actuelle, forcément ce n’est ni Emmanuel Macron, ni Gerald    Darmanin, qui seraient à Tahiti sur la photo de « l’indépendance day », mais le président Xi Jinping. Alors ces gens-là ne se sentent pas concernés.

A-t-on un intérêt stratégique ou économique à garder ces territoires dans le giron français ?

Même avec Nouméa et notre empire maritime de Bora Bora ou Moorea, les raisonnements politiques français portent sur des histoires de vaccins, de départ à la retraite ou de l’isolation thermique des maisons. Vous imaginez où on en sera quand la France se sera rétrécit à l’hexagone… !

Voilà l’intérêt. Il est plus que stratégique, il est ophtalmologique : garder un grand champ visuel. Parce qu’on ne reste pas un grand pays avec des histoires de Jeanbrun, mais des envergures de Jean Bart.

La Chine mène une politique impérialiste de plus en plus flagrante depuis quelques années, a-t-elle des vues sur la Nouvelle Calédonie ?

Évidemment. Déjà l’Association d’amitié sino-calédonienne, fondée en 2016 par les sino-tahitiens émigrés en Nouvelle-Calédonie est le cheval de Troie chinois dans l’archipel. Comme il y a déjà à Tahiti un consulat de Chine et un Institut Confucius, nids d’espions, on y va droit à Nouméa.

De plus 73 % du nickel calédonien est exporté vers la Chine. D’où déjà la dépendance…

Pour quelles raisons ? 

Deux raisons :

1) La Chine, pour desserrer l’étau américain de la Corée du sud, du Japon et des Philippines, a vassalisé tous les États mélanésiens. Il lui reste à prendre la Nouvelle-Calédonie, pièce maîtresse de sa conquête du Pacifique sud qui lui permettrait d’isoler l’Australie et surtout de mettre les deux bases navales de celle-ci, avec les futurs sous-marins nucléaires à livrer par les Etats-Unis, à portée des missiles que la Chine installerait en Nouvelle-Calédonie. 

2) La Nouvelle Calédonie assurerait à la Chine l’approvisionnement sûr en matières premières, notamment en nickel, pour l’électronique et les batteries de voiture.

Sommes-nous en train de leur livrer ces territoires en abandonnant par la même occasion nos compatriotes Calédoniens ?

Mais depuis le 5 juillet 1962, tous ceux qui ont du pouvoir dans l’Hexagone ne font que ça : abandonner les français de l’extérieur et les livrer à la répression voire aux massacres : massacres connus des français à Oran dès les premières heures de l’indépendance, mais aussi répression inconnue au nouveau Vanuatu indépendant, à partir du 18 août 1980, par les parachutistes de Papouasie Nouvelle Guinée, des francophiles de l’Ile de Santo , qui voulaient se rattacher à la Nouvelle Calédonie et que le président VGE abandonna. 

Bien entendu, une indépendance de la Nouvelle-Calédonie se traduirait très vite par 75 000 français de la Province sud contraints de partir 20 000 km plus loin, pour des cités de la région parisienne…. Et là que trouveraient ils ? Les centaines de milliers de français d’ici, que tout le monde a vu, en juillet 2023, eux aussi abandonnés… Cette fois entre les mains, de la diaspora algérienne. En attendant le moment inévitable où Rabat se sentira obligé d’actionner sa propre diaspora, pour ne pas laisser Alger imposer seul son protectorat de fait aux restes de dirigeants français…

La Nouvelle Calédonie, Quoi qu’il en coûte la France doit rester ! par Jean-Claude Martinez aux éditions Godefroy de Bouillon, 100 pages, 12 euros

http://godefroydebouillon.fr/crbst_25.html#anchor-top

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