Comment Moscou et Washington devront cohabiter au Niger

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Contre toute attente, une délégation russe conduite par le vice-ministre de la défense M. Yunus-Bek Yevkurov est arrivée à Niamey au Niger pour échanger avec les autorités militaires, arrivées au pouvoir à l’issue d’un coup d’État ourdi en juillet 2023.

La délégation conduite par le vice-ministre russe de la défense, le colonel général Yunus-Bek Yevkurov, a été reçue le 4 décembre 2023 par le chef des putschistes nigérien, le général Abdourahamane Tiani. Au menu des discussions : « la signature de documents dans le cadre du renforcement de la coopération militaire entre la République du Niger et la Fédération de Russie », ont indiqué les autorités nigériennes.

Il s’agit de la première visite officielle des autorités militaires russes , depuis le putsch du 26 juillet 2023. Son but ? Renforcer la coopération militaire entre le Niger et la Russie, alors que les autorités de Niamey tournent la page avec leurs anciens partenaires occidentaux.

Dans ce contexte, on ne saurait oublié la visite à Bamako au Mali du 3 décembre 2023, de ces mêmes autorités russes.

De fait, les échanges ont tout particulièrement concerné des « projets de développement pour le Mali, en matière d’énergie renouvelable et d’énergie nucléaire », ainsi que des « questions liées à l’approvisionnement du Mali en engrais, en blé et en produits pétroliers », avait déclaré M. Alousséni Sanou, le Ministre de l’économie et des finances des autorités Maliennes.

Il a par ailleurs été question de la réalisation d’un chemin de fer et d’un réseau de tramway, la création d’une compagnie aérienne régionale, ainsi que des projets de recherche et d’exploitation minière.

Or chacun sait que les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, pays sahéliens les plus touchés par les violences djihadistes et se sont rapprochés récemment pour former l’Alliance des États du Sahel. 

Et il y a plus, le 3 décembre 2023, Ouagadougou et Niamey ont annoncé, tout comme Bamako en 2022, leur départ de l’organisation anti-djihadiste G5 Sahel, privilégiée par leurs anciens partenaires occidentaux.

Dans le même temps, à Niamey, les médias d’État ont très largement exploité la cérémonie durant laquelle l’Américaine Kathleen FitzGibbon (futur ambassadeur des Etats-Unis au Niger) a remis ses lettres de créance au ministre des Affaires étrangères Bakary Yaou du Niger. Voilà somme toute, une démarche qui s’annonce assurément comme une victoire pour la junte !

De plus, le régime putschiste du général Abdourahamane Tiani a mis fin à deux missions de sécurité de l’Union européenne, le jour de la visite d’une délégation russe à Niamey. 

C’est ainsi que « Eucap Sahel Niger » est devenue caduque. Créée en 2012. Cette mission basée à Niamey compte 120 Européens et entendait soutenir « les forces de sécurité intérieure, les autorités nigériennes ainsi que les acteurs non gouvernementaux ». Mais ce n’est pas tout, le Général Tiani a aussi annoncé le retrait de la mission de partenariat militaire de l’Union, européenne au Niger nommée « EUMPM ». Cette mission avait été lancée en février 2023 à la demande des autorités nigériennes ante putschistes, avait pourtant pour objectif de soutenir le pays dans sa lutte contre les groupes armés terroristes. 

Il s’agit d’un acte de rupture supplémentaire en bonne et due forme des putschistes avec ses anciens partenaires occidentaux.

Quoi qu’il en soit, on notera que la diplomatie russe a le vent en poupe au Niger. Étant entendu que Paris, le premier des alliés du régime renversé, s’est très vite muté comme la meilleure cible des autorités putschistes. Ces dernières ont du reste annulé les accords de coopération militaire et ont contraint les 1500 militaires français au départ.

Dans ce contexte, on pourrait s’interroger si le Niger fera bel et bien appel au groupe Wagner ? Et si les avis divergeaient encore au sein de la junte, cette première visite d’un ministre russe à Niamey depuis le putsch de l’été 2023, renforce une nouvelle fois la présence de la Russie dans le Sahel. 

Pour l’heure, on pourrait s’interroger comment la Russie de Poutine et l’Amérique de Biden vont bien cohabiter au Niger et plus globalement au Sahel ? 

Et on pourrait même se demander si en amont, un terrain d’entente entre Washington et Moscou n’aurait pas été trouvé dans le dos de Paris et surtout de bouter la France hors du Sahel ? Le but pour les Russes ? Sûrement punir le président Emmanuel Macron qui a adopté délibérément une politique résolument atlantiste dans le cadre de la crise ukrainienne…

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