Guerre en Ukraine – Pour Caroline Galactéros : « La Russie joue l’usure et l’attrition »

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Caroline Galactéros est géopolitologue. Docteur en sciences politiques, colonel dans la réserve opérationnelle des Armées et ancienne directrice de séminaire à l’École de guerre (Paris), elle a créé et dirige le think tank GEOPRAGMA – Pôle français de géopolitique réaliste (Paris). Elle anime également une chaîne YouTube Paix et Guerre

Caroline Galactéros a livré pour la chaîne du Dialogue une analyse sur la guerre en Ukraine, l’état des forces en présence les perspectives à l’aune des prochaines élections européennes en juin 2024. Décryptage…

Contre-offensive ukrainienne, résilience russe, état des forces en présence… Pour Caroline Galactéros, c’est un bilan plutôt négatif pour Kiev après plusieurs mois de contre-offensive. Pour l’experte, c’est la conséquence d’un « certain nombre de mauvais calculs : des mauvais calculs initiaux, des calculs intellectuels ». L’analyste pointe également les erreurs stratégiques du bloc occidental, des « britanniques et américains, qui ont une idée bien précise de la victoire » et qui n’ont pas su appréhender, ni anticiper les « options tactiques » de la Russie, puisqu’il s’agit d’une « guerre offensive » dictée davantage par des « gains territoriaux » en Ukraine.

Or la Russie est rentrée dans une autre phase selon la géopolitologue : celle d’une « guerre d’usure et d’attrition ». Pour atteindre l’objectif de la victoire, les russes ont bien compris qu’il fallait conserver leurs forces, préserver et sécuriser son « potentiel humain ». De plus, la « supériorité russe en matière d’artillerie » est indéniable et leur a permis de récupérer des villages et territoires ; un argument qui vient contrebalancer la propagande totalement délirante des médias occidentaux qui ont pointé que l’armée russe perdait des « centaines de milliers d’hommes », ce qui est totalement faux sur le terrain.

Un diktat de la doxa majoritaire communément admise en Europe et aux Etats-Unis selon la spécialiste des relations internationales : « On a décollé de la réalité…. Quand on décolle de la réalité du terrain, parce qu’on est mu par des objectifs idéologiques, par la rage, par la fureur de voir que ça ne marche pas comme on le souhaite, on est en contradiction avec la réalité du rapport de force ». 

Les Russes sont en position de force à présent. Leur stratégie de défense active est de plus en plus « agressive ». En deux ans, ils ont détruit une partie importante de la défense anti-aérienne ukrainienne, qui était pourtant « importante et solide ». A cela, ils ont anéanti les principaux axes d’approvisionnement en armes occidentales (chars Bradley et Léopard) et de soutien logistique. 

Caroline Galactéros interroge donc la soutenabilité de l’effort de guerre et son acceptation par la population ukrainienne. L’Ukraine est de toute façon un pays sous « perfusion de fonds financiers européens et américains ».

Les prochaines élections européennes sont dans ce contexte, un élément majeur à prendre en compte. A l’heure où l’on parle de l’adhésion de l’Ukraine, process qu’elle juge « très long », qui nécessite un accord à l’unanimité, les élections de juin 2024 peuvent générer des « surprises » et « un nouvel équilibre ». Pour la géopolitologue, l’Ukraine est déjà un « pays en ruine » qui a besoin « d’être totalement pris en charge ». On le voit déjà sur « les questions agricoles ». L’aventurisme d’une Europe « déjà en crise », en raison de son « suivisme des Etats-Unis », conduit davantage à affaiblir le Vieux continent, avec un coût estimé à plusieurs « milliards d’euros ». 

Si les relations entre l’Europe et la Russie sont sévèrement mises à mal à cause de la politique des Etats-Unis en Ukraine, la conclusion est sans appel pour l’experte française : « la Russie ne pliera pas » et il est plus qu’urgent de « refonder la sécurité de l’espace européen », qui passe selon elle, par une « inévitable neutralisation de l’Ukraine ».

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