Quelle était la mission de Victoria Nuland à Kiev ?

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Photo de Freddie Everett / Department of State / Public Doma

La fin janvier 2024 a été marquée par des spéculations quant à l’avenir de Valery Zaluzhny, le commandant en chef des armées de l’Ukraine. Étant entendu que d’après des sources ukrainiennes, Volodymyr Zelensky aurait exigé sa démission. Pour autant Valery Zaluzhny aurait refusé de le lui présenter. 

Des sources occidentales prétendent qu’il serait renvoyé dans un avenir proche.

Les médias allemands ont même précisé que les principaux généraux refusaient d’accepter le renvoi de Valery Zaluzhny, forçant ainsi Volodymyr Zelensky à faire marche arrière et à réévaluer ses options.

Dans le même temps, la Secrétaire d’État adjointe par intérim, Victoria Nuland, s’est rendue à Kiev. Dès lors, certains pourraient s’interroger sur l’objet de sa visite surprise à Kiev…

C’est ainsi que certains experts estiment que Washington fournirait bientôt à l’Ukraine des GLSDB…des Bombes à Petit Diamètre Lancée au Sol (GLSDB). Il s’agit d’une arme développée par Boeing et le groupe Saab pour permettre à la Bombe à Petit Diamètre (SDB) GBU-39 de Boeing, initialement conçue pour être utilisée par des avions, d’être lancée au sol à partir de divers lanceurs et configurations. Elle associe la SDB avec la fusée M26, ce qui lui permet d’être lancée à partir de systèmes de missiles terrestres tels que le système de lancement multiple de roquettes M270 et le système M142 HIMARS. Elle peut également être tirée depuis son propre conteneur de lancement, lui permettant d’être utilisée depuis la mer.

Les caractéristiques de cette fameuse bombe justifient d’ailleurs pourquoi Victoria Nuland aurait déclaré que “Poutine aura de belles frayeurs sur le champ de bataille“, tandis que d’autres pensent que sa visite serait liée au psychodrame de la demande de démission refusée. 

Quoi qu’il en soit, elle est très probablement venue principalement pour la première raison, mais a également discuté du deuxième problème pendant son séjour.

Les médias occidentaux se retournent contre Volodymyr Zelensky ?

Bien qu’on ne puisse pas le savoir avec certitude, il est possible de deviner la véritable attitude des États-Unis à l’égard des plans rapportés de Volodymyr Zelensky de renvoyer Valery Zaluzhny en lisant entre les colonnes du New York Times.

De fait, l’ article: « With Fate of Ukraine’s Top General in Question, All Eyes Turn to Zelensky » qui décrit par le menu comment son renvoi éventuel serait purement politique et très impopulaire. 

Chemin faisant, The New York Times énonce tout de go que :  « l’Occident pourrait soutenir le succès rapide d’une mutinerie dirigée par Valery Zaluzhny pour le ‘bien supérieur’ »

Le remplacement de Vodymyr Zelensky par Valery Zaluzhny « pourrait conduire à la reprise des pourparlers de paix, à une campagne anti-corruption sincère et à des élections mettant en œuvre le changement d’élites que l’Occident aurait soi-disant souhaité », comme l’a déclaré le président Poutine quelques jours plus tôt. 

Enfin, précise The New York Times , il y avait aussi « un soupçon de mutinerie dans le récit du New York Times sur la débâcle de Krynki » à la mi-décembre 2023, l’observation de laquelle a été étayée dans les colonnes du “Kyiev Post“.

Un soupçon de mutinerie dans l’air

L’intitulé était « Les troupes ukrainiennes affirment que l’armée soutient totalement Valery Zaluzhny, les politiciens de Kiev doivent se retirer ».  Il abreuvait de critiques sévères de Volodymyr Zelensky et concluait de manière des plus surprenantes en citant un espion qui affirmait : « je pense que de tels changements importants (la démission de Valery Zaluzhny) pourraient déclencher une explosion dans l’armée et la société »

Dans ce contexte, les forces armées n’accusent nullement leur commandant en chef des revers des deux dernières années, souligne volontiers le quotidien des Etats-Unis.

Cela inclut la contre-offensive ratée, dont The New York Times était une fois de plus l’un des premiers grands médias à rapporter cet aspect peu enviable du conflit, ainsi que la conscription des plus impopulaire de Volodymyr Zelensky. 

À ce titre, « Volodymyr Zelensky ne peut pas esquiver la responsabilité de la montée de la colère publique face à la crise de la conscription en Ukraine”, “Le commandant en chef sait pertinemment et mieux que quiconque en Ukraine que la victoire maximale envisagée de son camp sur la Russie est impossible, mais elle est toujours recherchée malgré cela, étant entendu que c’est finalement la décision du président de poursuivre ou non le conflit » analyse the New York Times

Du reste, l’ordre de Volodymyr Zelensky tenant à renforcer l’ensemble du front au lieu de reprendre les pourparlers de paix avec la Russie, selon les pressions occidentales signalées, et de se contonner unilatéralement à ses considérations de sécurité demandées en défiance de ses parrains, militerait pour l’idée selon laquelle une conscription supplémentaire serait nécessaire.

En réponse à ces tâches militaires imposées contre sa volonté implicite, Valery Zaluzhny aurait probablement informé Volodymyr Zelensky qu’elles ne peuvent être accomplies qu’avec un demi-million de soldats supplémentaires, mais Volodymyr Zelensky aurait malhonnêtement fait croire que son principal rival avait fait cette demande de son propre chef. 

Cet arrangement avec la vérité visait à rediriger, semble-t-il, la colère publique contre Valery Zaluzhny, même si c’est Volodymyr Zelensky qui serai entièrement responsable de la tentative de perpétuer le conflit pour des raisons politiques égoïstes alors qu’il commence enfin à prendre fin.

La Russie se prépare à une autre offensive

« La guerre par procuration de l’OTAN contre la Russie à travers l’Ukraine semble toucher à sa fin » commente la presse internationale.

« L’Ukraine se prépare à une possible offensive russe en renforçant l’ensemble du front » après avoir été replacée en position défensive à la suite de ce fiasco, ce qui pourrait entraîner davantage de pertes sur le terrain plus tard cette année si le conflit n’est pas bientôt gelé, risquant ainsi un embarras majeur pour l’Occident. C’est pourquoi le scénario prévisionnel de Sergueï Naryshkin sur l’Occident remplaçant Volodymyr Zelensky ne devrait pas être rejeté » après que le chef du renseignement étranger de la Russie a prédit début décembre 2023 pourraient bel et bien le remplacer par Valery Zaluzhny.

“Les jeux de pouvoir de l’État profond en Ukraine”

La destruction de l’IL-76 par un missile Patriot américain pourrait conduire au remplacement de Zaluzhny par Budanov”, cependant, après avoir évalué dans cettedernière analyse que la faction des décideurs politiques « libéraux-globalistes » américains qui envisage une “guerre (par procuration) éternelle” avec la Russie aurait pu faire cela pour cette raison. 

En bref, on pensait que tuer ces prisonniers de guerre ukrainiens “par accident” (comme cela pourrait éventuellement être interprété) pourrait créer le prétexte pour que Volodymyr Zelensky de le remplace par une personnalité politiquement plus fiable et opposant moins de résistance publique.

Cela préviendrait à son tour les efforts de leurs rivaux relativement plus pragmatiques qui envisagent de geler ce conflit plus tôt que tard, peut-être en remplaçant Volodymyr Zelensky par Valery Zaluzhny afin de rompre le dilemme sur la reprise des pourparlers de paix, afin de “se réorienter (retourner) vers l’Asie”. 

Étant entendu que l’impulsion derrière ces plans est de contenir plus vigoureusement la Chine dès que possible après l’avoir jugée beaucoup plus grande menace pour les intérêts stratégiques des États-Unis que la Russie, qui serait contenue en Europe par l’Allemagne.

Même si Volodymyr Zelensky n’est pas remplacé rapidement, il pourrait toujours quitter progressivement la scène politique en créant un “gouvernement d’unité nationale” pour gérer les tensions politiques croissantes, comme le demandait fin décembre 2023 un expert du puissant groupe de réflexion de l’Atlantic Council

De fait, éliminer Volodymyr Zaluzhny risquerait d’exacerber les tensions qui viennent d’être décrites d’une manière incontrôlable et entraînerait donc un potentiel de répercussions considérable qui pourrait même avoir effrayé certains des libéraux-globalistes les plus fanatiques à l’instar de Victoria Nuland.

Le dilemme de Victoria Nuland

Il ne fait aucun doute qu’elle est l’icône de cette faction politique et se sent personnellement investie dans la “guerre par procuration qui se veut éternelle” que veut mener sa faction à travers l’Ukraine après son rôle dans “EuroMaidan“, mais c’est peut-être précisément pourquoi elle ne veut pas risquer que ce projet échoue soudainement. 

Se débarrasser de Valery Zaluzhny affaiblirait ses rivaux relativement plus pragmatiques de la faction conservatrice-nationaliste.

Mais pour autant, non seulement une mutinerie militaire pourrait éclore, mais sa montée au pouvoir potentielle pourrait le voir accepter les demandes de garantie de sécurité de la Russie quant à la démilitarisation, la dénazification et la restauration de la neutralité constitutionnelle de l’Ukraine que Moscou exige pour la paix, et avec le soutien public…

Les forces armées et la société civile lui faisant bel et bien confiance, il pourrait donc mettre rapidement fin à ce conflit. C’est assurément ce que les conservateurs-nationalistes entendent voir aboutir, afin par la suite de parvenir à une sorte de « containement » de la Chine.

Réévaluer la véritable raison derrière son dernier voyage

Avec cette perspective à l’esprit, le dernier voyage surprise de Victoria Nuland à Kiev commence à dévoiler non pas ses secrets mais tout au moins ses objectifs. 

Bien que le calendrier soit probablement lié aux GLSDB , Victoria Nuland, en tant que diplomate américaine de premier rang, aurait probablement également abordé les spéculations qui circulent à Kiev sur le renvoi imminent de Valery Zaluzhny .

Dans ce contexte, elle aurait pu conseiller à Valery Zelensky de retarder sa décision pendant un temps pour laisser passer l’orage, voire même bâtir le faux récit selon lequel Valery Zaluzhny serait responsable de la destruction de l’IL-76 en janvier 2024. Pour autant, elle aurait pu lui suggérer de continuer après lui avoir promis le soutien de sa puissante faction « libérale-globaliste » si les choses se compliquaient et qu’une mutinerie se concrétisait.

On l’aura bien compris, l’avenir de la nouvelle guerre froide se jouera à l’aune de la rivalité “Zelensky-Zaluzhny“.

Soit les États-Unis resteront embourbés en Ukraine en tentant de contenir la Russie, soit ils “se réorienteront (retourneront) vers l’Asie” afin de contenir plus vigoureusement la Chine“. Et dans ce contexte la deuxième option est plus probable.

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