Anticipation : Quand la France entre en guerre contre la Russie !

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La frégate Russe “Marshal Shaposhnikov” de la flotte du Russe du Pacifique, Des soldats Russes face à des soldats Français ? (illustration Adobe Firefly 2)

Par André Boyer

Son blog : http://andreboyer.over-blog.com/ 

Ce billet est une pure fiction…

Le 14 juillet 2024, le Président réunit son Premier Ministre et son ministre des Affaires étrangères. Après cette longue journée de commémoration, ils sont fatigués. Le Président a lu le rapport de la DGSE qui lui indique que les troupes ukrainiennes n’en ont plus que pour quinze jours avant de devoir se retirer d’Odessa.

Les troupes russes poussent continûment, les bombardements sont incessants sur la ville, sa périphérie et ses accès. Si Odessa tombe, la mer Noire sera fermée à l’Ukraine. Il est temps de montrer que la détermination de la France à aider l’Ukraine reste intacte.

Une discussion presque violente s’engage entre les trois hommes qui savent que leur avenir politique, et pas seulement, se joue ce soir-là. Le Président et le ministre des Affaires Étrangères sont du même avis, il faut envoyer des troupes constituées et sans attendre.  Le Premier Ministre, plus politique, y est opposé. Il souligne notamment l’imminence des JO qui commencent dans 12 jours. Faire la guerre et les JO en même temps, ce serait une première !

Le Président sourit de cette objection secondaire : dès l’entrée de nos troupes en Ukraine, il fera un discours pour informer et rassurer les Français ; il annoncera en même temps le report sine die des Jeux.

Mais il veut se concentrer sur l’essentiel. Il ne croit absolument pas à une riposte stratégique, sous forme d’attaque nucléaire sur la France. Ce serait disproportionné et Poutine a toujours calculé ses réactions. Il croit en revanche que nos troupes devront faire face à de violents bombardements, mais ça c’est l’affaire du chef d’état-major des armées. Lui se concentre sur l’aspect politique. La France apparaitra comme l’acteur stratégique principal en Europe, devant les Anglais, les Allemands et même les Américains, sans même mentionner les Polonais, va-t’en-guerre mais prudents. 

Si les troupes françaises réussissent à retarder, voire à arrêter, l’avance russe sur Odessa, la France parviendra à mobiliser les Européens derrière elle. Elle sera en position de force pour proposer à la Russie de négocier. Le risque, bien sûr, réside dans des pertes humaines et matérielles trop élevées. Mais même si c’est le cas, on ne les rendra publiques que dans un délai raisonnable, ce qui nous laissera le temps d’exploiter l’avantage politique de l’initiative et cela rajoutera à notre autorité. Le prestige de Napoléon n’a pas souffert du million de soldats tués. 

Le Premier Ministre objecte, qu’en matière militaire, les risques d’échecs sont nombreux et non maitrisables, que ce risque non mesurable rend l’enjeu, à savoir la prédominance militaire française en Europe, trop sujet à caution. Il va réfléchir, mais il n’exclut pas de démissionner dès demain ; ses deux interlocuteurs se réécrient ; il se tait. 

Tous trois évoquent brièvement les conditions de l’intervention avant de se séparer. Les troupes françaises en Roumanie, dotées d’un nombre important de blindés ont déjà doublé. Plus de 1300 soldats français étaient déployés depuis deux ans à Cincu (Roumanie) avec des chars Leclerc, des canons Caesar, des LRU (lance-roquettes unitaires), des mortiers de 120 mm, des véhicules blindés, un détachement de défense sol-air MAMBA et un élément avancé de niveau brigade. Récemment, le 2e régiment étranger d’infanterie (2e REI) a rejoint Cincu et il dispose d’un nouveau véhicule blindé multi rôles Griffon. Il est prévu de leur adjoindre immédiatement des éléments supplémentaires, surtout logistiques, permettant au détachement de passer au niveau d’une brigade.

Le Président compte que ce sera effectif dans la semaine et une fois complétée, la brigade, composée de 6000 soldats environ, se mettra en route vers Odessa à plus de 600 kms de là, passant au travers de la Moldavie et effleurant la Transnistrie, cette longue bande de territoire ou stationnent 2000 ou 3000 soldats russes.  

Avant ce passage, qui débouche à 40 kilomètres d’Odessa, le Président se sera adressé à la nation, mais il sait que les Russes pourront suivre quasiment en direct le mouvement théoriquement secret des troupes depuis la France jusqu’à Cincu, puis vers Odessa.

Le 24 juillet, le Président annonce donc l’entrée des troupes françaises en Ukraine et la suspension des JO, les premières mesures de défense civiles et demande au gouvernement d’informer le Parlement de l’entrée des troupes françaises en Ukraine, selon l’article 35 de la Constitution. Aucun vote n’est prévu, mais s’il avait eu lieu, il sait qu’il aurait été clairement négatif.

Le 27 juillet, les troupes françaises se positionnent à 20 kms en arrière d’Odessa, sans avoir subi d’attaques russes contrairement à ce que les porte-paroles officieux du Kremlin avaient claironné. Première victoire ?

En France, des manifestations contre la guerre ont lieu depuis plusieurs jours dans divers points du territoire national et une grande manifestation nationale de protestation se prépare à Paris pour le dimanche 28 juillet. Il est question de l’interdire.

Le soir du 27 juillet, le Président, en tant que Chef des Armées, donne l’ordre au Chef d’état-major des Armées de faire avancer les troupes en direction d’Odessa, ce qui les mettra en contact direct avec les troupes russes. Ce dernier, invoquant l’article D. 4122-3 du Code de la défense, informe le Président, qu’en tant que subordonné, il refuse d’exécuter cet ordre* qui « prescrit d’accomplir un acte contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés », dans la mesure où il prend l’initiative d’un conflit contre des forces ni menaçantes, ni belligérantes contre la France.

En vertu du même article, il procède ensuite à la mise aux arrêts du Président et en informe le Premier Ministre. Aussitôt le Président du Sénat, saisi, fait une allocution pour informer le pays qu’il assure l’intérim de la Présidence de la République et qu’il donne l’ordre aux troupes françaises de se replier à Cincu, en attendant les ordres ultérieurs.

Le 28 juillet, le ministère de la défense russe annonce que ses troupes ont suspendu leur offensive vers Odessa. En France, le PM, maintenu dans ses fonctions, prévoit de faire commencer les JO avec une semaine de retard.   

Le Président a finalement réussi sa manœuvre sans casse, mais au prix de son mandat…

* Ronan Doaré, Ordre légal, ordre illégal, Inflexions, 2013/3 (N° 24), pages 153 à 162 Éditions Armée de terre.


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