Jeux Olympiques : Miroir, mon beau miroir olympique, dis-moi qui je suis ?

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Julien Aubert

Le projet olympique a longtemps symbolisé un rêve, celui d’un monde de paix. Lorsqu’un pays candidatait pour accueillir les jeux olympiques, c’était un honneur mondial et l’occasion pour lui de mettre en avant le meilleur de lui-même, qu’il s’agisse de ses sportifs mais aussi de son capital culturel, patrimonial ou gastronomique. Les Jeux Olympiques étaient un momentum, une parenthèse apolitique ; une rencontre entre un pays et le monde, avec des athlètes et spectateurs des quatre coins de la planète débarquant pour célébrer le genre humain, la paix entre les Nations et les valeurs du sport. 

La France, pays hôte 2024, vient de comprendre qu’ignorer les sous-jacents politiques de notre époque moderne est plus complexe qu’il n’y parait. La mondialisation, en ouvrant les frontières, en libérant les flux migratoires et en brouillant les identités locales, a créé un malaise d’enracinement palpable dans des sociétés qui ont été économiquement puis socialement déstabilisées. La question de l’identité nationale et du rapport à l’altérité est devenue un sujet de débat quotidien, mais aussi a fait l’objet d’une guerre académique avec l’irruption des questions de race et de genre à l’Université, qui ont accentué ce désarroi. 

Les Jeux Olympiques, parce qu’ils sont la rencontre entre une identité et le cosmopolitisme, exacerbent cette question de l’identité, qu’elle soit individuelle ou collective. C’est ce qui explique, en France, la succession de polémiques ayant agité l’Hexagone sur les choix d’organisation, qui en disent plus sur le malaise national que de longs discours. 

Tout a commencé avec les bouquinistes des bords de Seine : il s’agit d’une institution pluriséculaire avec des boites vertes de livres accrochées aux parapets qui surplombent la Seine et qui sont gérées par quelques centaines de petits libraires. Or, ces derniers ont appris courant 2023 qu’en prévision du défilé fluvial, ils seraient « enlevés » de leurs endroits fétiches, c’est à dire que les boîtes seraient déménagées ailleurs. Les arguments rationnels – la sécurité, la visibilité – se sont heurtés à la force du symbole, un élément constitutif de l’identité de Paris, à l’image des propos de ce représentant des libraires : « On est un symbole majeur de Paris, on est là depuis 450 ans, et on voudrait nous cacher, on fait honte pour la cérémonie. Cette décision n’a pas de sens. ». Le 13 février 2024, l’Élysée a fait machine arrière. 

Six jours plus tard, le 19 février, Emmanuel Macron recevait Aya Nakamura et a allumé une seconde polémique en laissant fuiter qu’il lui aurait demandé d’interpréter l’Hymne à l’Amour d’Edith Piaf lors de la cérémonie d’ouverture. Faire chanter un hymne universellement connu par une femme incarnant le succès, la nouvelle génération et le métissage francophone semblait une bonne idée. Née malienne, cette artiste est devenue française en 2021. Elle est l’artiste francophone la plus écoutée au monde (7 milliards de streams) et a écoulé des millions de disques.

Cependant, là encore ces arguments en apparence rationnels ont percuté la question de l’identité. 

Les adversaires les plus vocaux, venus de la droite identitaire, ont reproché à Aya Nakamura de ne pas être assez française – pas assez blanche vraisemblablement – pour représenter la France.  C’est proprement honteux. 

D’autres voix, plus intelligentes, ont pointé la vulgarité vestimentaire de la chanteuse, cadrant mal avec l’image que la France des arts et de l’élégance aime à se donner – ou la pauvreté linguistique de ses chansons, qui ne sont du reste pas écrites en Français. 

Enfin, certaines ont contesté – avec raison – qu’on prenne le critère « commercial » pour définir celui ou celle qui représente le mieux le pays. Sur les plateformes de streaming, le rap écrase tout mais est-ce la forme la plus élevée de Culture que nous entendons mettre en avant ? Et est-ce la forme musicale la plus partagée ? 

Sans rentrer dans le choix artistique, ce qui n’est pas mon rôle, cette seconde polémique a dévoilé une superposition de perceptions de l’évènement « JO ». Premièrement, la perception d’un pouvoir désespérément à la recherche de représentants d’une culture qu’il n’aime pas, et qu’il ne connait pas, mais dont il estime qu’elle est populaire et inclusive, car elle parle à la jeunesse, notamment issue de la diversité.  Deuxièmement, la perception d’un peuple de sa propre représentation. Pour certains, la France c’est une apparence physique (une couleur de peau, un style vestimentaire). Pour d’autre, la France c’est une idée (une culture de haut-niveau, une langue…). A la conjonction des deux, on notera le choix de faire apparaître la minorité (musicale, ethnique, vestimentaire, etc…) pour représenter une majorité. 

Une dernière polémique a pris le relais de la précédente début mars 2024 : l’affiche officielle de la compétition représente un Paris alternatif, où on reconnaît le dôme des Invalides – mais sans sa croix chrétienne sommitale – et où aucun drapeau français n’émerge. Une France sans sa culture judéo-chrétienne, sans son Histoire, sans la République… cela commence à faire beaucoup. 

L’artiste s’est retranché derrière un choix artistique, celui de vanter l’image d’un Paris imaginaire et festif. Son point de vue est qu’il ne s’agit pas de représenter tel ou tel monument à l’identique (bizarrement seule la croix manquait), mais de laisser la place à l’imaginaire. Le gouvernement, de son coté, a distribué des éléments de langage ridicules : le règlement olympique interdirait de représenter un drapeau ou une croix. Je dis ridicule car l’histoire fourmille d’affiches olympiques avec le drapeau du pays d’accueil et parce que le règlement interdit la propagande religieuse ou politique dans les enceintes olympiques, pas sur l’affiche de l’évènement. D’ailleurs qui serait assez fou pour dire que représenter la réalité telle qu’elle est, est assimilable à une propagande ? 

Peut-être les intentions des concepteurs étaient pures – l’affiche représente la vague de Tahiti au large de la marina de Marseille, la tour Eiffel en rose, un métro passe sous l’Arc de Triomphe – et les choix faits sans arrière-pensées politiques, mais c’est ignorer que l’époque a changé. 

Ici, c’est encore le sujet de l’identité qui rejaillit : accueillir l’autre doit-il se faire en uniformisant, en niant, en effaçant notre propre identité ?

Si ces questions identitaires sont aussi virulentes, c’est parce que malgré ses dénégations, le pouvoir macronien fait tout pour vanter une identité multiculturelle de la France. Le gouvernement agit comme s’il pensait pouvoir vendre au monde l’idée que la France est une société créolisée et détachée de tout substrat culturel. Le clip officiel des jeux olympiques en est un bon exemple. Il est très beau. Il n’a pas suscité de polémiques. Et pourtant, là-encore, le choix a été fait de représenter une population ethniquement très diverse (blancs, noirs, asiatiques, maghrébins), avec en accompagnement sonore une Marseillaise revisitée. 

Le fait que la réaction populaire a été forte sur les diverses polémiques montre cependant que les Français sont pleinement conscients de ce travail de sape et de déconstruction. La question de la représentation identitaire est loin d’être close. 


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