Moscou s’obstine à voir la responsabilité de l’Ukraine et de l’Occident derrière l’Attentat de l’État islamique 

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L’Etat Islamique menace depuis peu de s’en prendre au Parc des Princes notamment dans une communication récente sur les réseaux, après l’attentat de Moscou (DR).

Note d’actualité du CF2R N°636 / avril 2024

Moscou hystérise sa désinformation. Ainsi, les suspects qui ont commis les attentats du Crocus City Hall le 22 mars auraient « avoué » lors des interrogatoires qu’après l’attentat, ils devaient rejoindre Kiev pour toucher la rémunération qui leur avait été promise. Comme les photos des suspects visiblement torturés l’ont démontré, ce sont des aveux « spontanés ». Sous la torture, on avoue tout et son contraire…

Bien sûr, aucune preuve concrète n’est présentée.

Moscou va plus loin et accuse tour à tour les services américains, britanniques, israéliens et même français, en tant que « mentors » de Kiev, d’être « vraisemblablement » pour quelque-chose dans cette affaire.

Si la situation n’était pas aussi tragique, ce serait risible tant c’est ridicule. Mais il faut se rappeler que ce là sont des discours à usage interne. Le problème est qu’ils trouvent un écho au sein des sphères complotistes en Occident ;

D’ailleurs, l’État islamique (EI) a bien compris ce qui se passait et a déclaré : « en blâmant les pays occidentaux pour l’attaque terroriste, la Russie a reconnu son échec face à l’État islamique. (…) Après sa défaite retentissante, la Russie n’a eu d’autre choix que de lancer des accusations de collusion contre ses adversaires du camp occidental pour éviter d’admettre son échec majeur face aux moudjahidines ».

Le porte-parole du groupe terroriste, Abou Hudhayfah al-Ansari, a appelé le 28 mars, dans un message audio, les « noyés dans le complotisme à préparer plus de théories défaitistes ».

Retour sur les faits

Il a beaucoup été écrit sur les faits mais quelques éléments sont à retenir.

Abou Hudhayfah al-Ansari a déclaré dans son message du 28 mars : « aux dix ans de la déclaration du califat, ses soldats frappent au cœur de la Russie dans une grande attaque (…) qui a répandu la terreur dans les capitales des croisés ». Pour mémoire, le « califat » a été fondé le 29 juin 2014 sur les territoires tenus par l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), une branche dissidente d’Al-Qaïda.

Ce mouvement dirigé par une choura (conseil) qui désigne un « calife », le premier ayant été Abou Bakr al-Baghdadi (tué en 2019). Trois de ses successeurs ont été également éliminé et l’identité réelle du quatrième, dénommé Abou Hafs al-Hachimi, n’est pas connue.

En ce qui concerne l’attentat de Moscou, les principales revendications ont été faites par l’État islamique et non par l’État islamique au Khorasan (EI-K) qui est la wilaya (province) à laquelle appartiendraient les activistes qui ont effectué l’attaque. L’émir de l’EI-K, Sanaula Ghafari – alias Shahab al-Muhajir – a été donné pour mort à plusieurs reprises. La choura de cette wilaya se déplacerait en permanence entre l’Afghanistan, le Pakistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan

Selon les diverses revendications, la Russie aurait été attaquée pour ce qu’elle fait comme pour ce qu’elle est : un État chrétien, comme le sont les pays.

Par ailleurs, un journal de l’EI donne les détails suivants : « certaines des armes [des activistes] se sont enrayées (…). Ils avaient beaucoup de munitions pour faire un maximum de morts (…). Une course poursuite a eu lieu jusqu’à la forêt où ils ont été encerclés. »

L’État islamique rappelle également l’attentat qu’il a effectué au Sinaï en octobre 2015 contre l’avion de la compagnie aérienne russe Metrojet, ainsi que « plusieurs attentats revendiqués ou pas en Russie. » Cet attentat avait été mené en réponse à l’intervention russe en Syrie ayant débuté fin septembre 2015.

De leur côté, les enquêteurs russes ont découvert que les activistes avaient effectué des reconnaissances préalables du Crocus City Hall les 7, 10 et 14 mars. Avant ces dates, les États-Unis avaient alerté, via leur ambassade à Moscou, sur le risque anormalement élevé d’attentat pour le week-end électoral des 16 et 17 mars. Ils avaient demandé à leurs expatriés d’éviter les rassemblements sur le territoire russe. Moscou a confirmé cette mise en garde mais a dit qu’elle était trop vague et imprécise pour être exploitée.

Il a par ailleurs été dévoilé le 28 mars par les enquêteurs que les analyses de sang prélevées sur les assaillants révèleraient qu’ils auraient été sous l’emprise de drogue – peut-être du captagon – au moment de l’attaque.

La menace actuelle

Abou Hudhayfah al-Ansari, le porte-parole de l’EI, a prévenu que des attaques seront menées à l’échelle mondiale. Les « loups solitaires » sont encouragés à viser spécifiquement chrétiens et juifs, surtout en Europe, aux États-Unis, à Jérusalem et en Palestine, et ce même durant le mois saint du ramadan.  Il a aussi évoqué de nouvelles attaques contre les troupes américaines en Irak et appelle ses cellules au Mozambique et aux Philippines à poursuivre leurs activités. Enfin, l’EI via un média anglophone Hallummu (non officiel) appelle ses partisans à commettre des attentats dans les stades.

Par ailleurs, Al-Qaïda, ne voulant pas être en reste ; a annoncé la sortie d’un nouveau numéro en ligne de sa revue Inspire en anglais et en arabe. C’est sa branche yéménite, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), chargée des opérations extérieures de la nébuleuse, qui publie cette revue sur Internet depuis 2010. Le dernier numéro en date (17) est sorti en août 2017.

Ces éléments sont extrêmement inquiétants pour tous les grands évènements à venir. Trois types de menaces sont à distinguer :

– le terrorisme endogène : un ou plusieurs radicalisés vivant sur place décidant au dernier moment de passer à l’action ;

– -un commando venant de l’extérieur, profitant des grands mouvements de foules ;

– un commando déjà infiltré s’apprêtant à mener des opérations dûment préparées.

Bien sûr, toutes les autorités des pays menacés font tout pour prévenir en amont d’éventuelles actions. En France, le niveau d’alerte est à son maximum. Les forces de sécurité seront à effectifs complets durant l’été.

La Turquie, pays par lequel ont transité deux des terroristes tadjiks impliqués dans l’attentat de Moscou, a effectué des centaines d’arrestations dans la mouvance islamique radicale. Le terrorisme n’ayant pas de frontières, la coopération internationale en matière de renseignement doit fonctionner à plein régime.

En résumé, la situation sécuritaire est bien meilleure qu’en 2015, mais il peut toujours avoir des « trous dans la raquette » car le terrorisme est un phénomène très fluide.

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