Réajustement stratégique : Le retrait des troupes américaines du Tchad marque un tournant au Sahel

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Des soldats de L’armée nationale tchadienne (ANT) en patrouille. Ils ont été formés par les Américains mais aussi les Français. Photo : U.S. Air Force / Staff Sgt. Jake Carter

Le retrait des troupes américaines du Tchad marque un tournant au Sahel. C’est acté, les troupes américaines quittent le Tchad, a annoncé le Pentagone le 25 avril 2024, soit quelques jours après que Washington ait finalement accepté de retirer ses forces du Niger voisin.

La décision de retrait du contingent américain du Tchad est assurément un tournant dans la politique étrangère américaine au Sahel. 

Selon le général de division et porte-parole du Pentagone, Pat Ryder, il s’agit une révision majeure de l’engagement des États-Unis dans la région, dans la mesure où le Sahel lutte contre le terrorisme et que l’extrémisme islamiste est une priorité constante.

Les troupes américaines sur la base militaire d’Adji Kossei entraînent des forces spéciales anti-terroristes et une unité d’élite de l’armée tchadienne pour combattre le groupe terroriste nigérian Boko Haram.

Le retrait d’environ 75 membres des Forces spéciales de l’armée américaine a débuté le 27 avril 2024 , a rapporté le New York Times, citant des responsables américains.

Le général Pat Ryder, a déclaré lors d’une conférence de presse du 25 avril 2024 que l’AFRICOM des États-Unis envisageait de repositionner certaines forces militaires américaines du Tchad, tandis qu’une partie du contingent américain avait déjà programmé son départ du Tchad.

“Nous reconsidérons nos engagements internationaux à la lumière de nos intérêts stratégiques”, a indiqué Pat Ryder, soulignant ainsi la nécessité pour les États-Unis de réévaluer leurs partenariats et leur présence militaire à l’étranger. 

Cette décision, qui survient après des mois de tensions et de divergences avec les autorités tchadiennes, met en lumière les défis auxquels sont confrontés les États-Unis dans la région.

Il s’agirait d’une mesure temporaire dans le cadre d’un examen en cours de leur coopération en matière de sécurité, qui reprendra après l’élection présidentielle du 6 mai 2024 au Tchad.

De fait, les États-Unis ont bel et bien l’intention de négocier avec le Tchad sur leur relation de sécurité – y compris le retour éventuel des troupes qui sont parties… mais est-ce un vœu pieu ?

Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une reconfiguration plus large et involontaire de la politique de sécurité de Washington dans une partie instable de l’Afrique. 

Ce retrait intervient après qu’un général tchadien a exprimé des préoccupations concernant la présence militaire américaine dans la capitale N’Djamena. Selon deux responsables américains, ces préoccupations ont été transmises par lettre, et non par les canaux diplomatiques traditionnels, ce qui a créé une certaine confusion quant à l’intention du Tchad. 

Dans ce contexte, le chef de l’armée de l’air du Tchad, Idriss Amine Ahmed, soutient avoir demandé à l’attaché américain à la défense de suspendre les activités américaines sur la base aérienne d’Adji Kossei, le 4 avril 2024.

Cette communication a été un “élément déclencheur”, selon des sources proches du dossier, révélant des divergences fondamentales entre les deux pays sur la nature et la justification de cette présence.

Les implications de ce retrait sont importantes, tant sur le plan politique que sécuritaire. Le Tchad, qui a longtemps été un allié clé des États-Unis dans la lutte contre le terrorisme, pourrait se retrouver affaibli en l’absence d’un soutien militaire américain. 

Cette décision soulève également des questions sur l’avenir de l’engagement américain en Afrique, dans un contexte de réalignement des alliances et des partenariats internationaux.

En attendant, les troupes américaines se préparent à quitter le Tchad, marquant ainsi la fin d’une présence militaire qui a duré des années. 

Pour les États-Unis, c’est un moment de transition qui nécessite une réévaluation approfondie de leurs priorités et de leurs objectifs en Afrique. 

Alors que la région continue de faire face à des défis sécuritaires et politiques, les États-Unis devront trouver un équilibre délicat entre leurs intérêts stratégiques et les aspirations des pays africains en matière de souveraineté et d’indépendance

Le dirigeant du Tchad, le général Mahamat Idriss Déby Itno, en fonction depuis 2021, n’a pas appelé au retrait des Français. Cependant, il a favorisé les liens avec les dirigeants du Sahel central et de la Russie. Dans ce contexte, un retrait des Français est-il inéluctable ? Rien n’est moins sûr. A ce titre, on soulignera volontiers que ces derniers n’ont certainement pas oublié avoir été trahis par Washington au Niger…

Plus tôt, le 25 janvier 2024, Mahamat Déby s’est rendu en Russie pour y rencontrer le président Vladimir Poutine, qui a déclaré que les deux pays avaient “de grandes opportunités de développer nos relations bilatérales”. A suivre…


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