Tchad : L’ascension des partenariats avec les pays du Golfe et les défis pour la France

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Mahamat Deby, Président de la République du Tchad, en audience avec le Secrétaire d’Etat émirati aux Affaires Etrangères, chargé des questions africaines, son Altesse Cheikh Shakhboot Bin Nahyan Al Nahyan, et la délégation. Photo Présidence.td

Par Olivier d’Auzon

Le 9 mai 2024, l’Agence nationale de gestion des élections a annoncé la victoire du président de la transition en cours, Mahamat Deby, avec un pourcentage de 61,03% des votes lors du premier tour de l’élection présidentielle. Le Premier ministre actuel, Succès Masra, dirigeant du parti Les Transformateurs, a obtenu la deuxième place avec 18,53% des voix, suivi de près par un ancien Premier ministre, Albert Pahimi Padacké, avec 16,91%. Les représentants du parti Les Transformateurs ont vivement critiqué cette élection, la qualifiant de « mascarade ».

Mahamat Déby, fraîchement élu, a pris la parole dans la nuit du 9 au 10 mai 2024 en déclarant : « Je suis désormais le président élu de tous les Tchadiens ». L’ancien président de la transition a assuré qu’il mettrait en œuvre ses « engagements » auprès de la population. Peu de temps auparavant, l’Agence nationale de gestion des élections (Ange), considérée comme partisane par l’opposition, avait officiellement annoncé sa victoire à l’élection présidentielle.

Dans le même temps, Paris perd peu à peu son emprise au Tchad, un pays qui a longtemps été un allié stratégique dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby a récemment renforcé ses liens avec d’autres acteurs régionaux et internationaux, éloignant ainsi le pays de son ancienne alliance avec la France. Cette évolution, enracinée dans des dynamiques géopolitiques complexes, est en train de remodeler le paysage politique du Tchad et de remettre en question l’influence traditionnelle de la France dans la région.

Les relations entre la France et le Tchad ont longtemps été étroites, Paris apportant un soutien militaire et politique crucial au régime tchadien. Cependant, l’arrivée au pouvoir de Mahamat Idriss Déby a marqué un tournant dans cette relation. Contrairement à père et prédécesseur, le président Déby, le jeune président a déjà cherché à diversifier les partenariats internationaux du Tchad, se rapprochant notamment des Émirats arabes unis, du Qatar et même d’Israël.

Ce rapprochement avec les Émirats arabes unis et le Qatar est particulièrement significatif. En juin 2023, un accord de coopération militaire a été signé entre le Tchad et les Émirats arabes unis, marquant ainsi un changement majeur dans les alliances sécuritaires du pays. Cette évolution a été accompagnée d’une autonomisation accrue de la politique de sécurité tchadienne vis-à-vis de la France, illustrée par la construction d’un hub sécuritaire à Ndjamena.

De même, le Qatar a joué un rôle essentiel dans la médiation des conflits internes au Tchad, facilitant notamment le dialogue entre le gouvernement et les groupes armés. Cependant, malgré ces efforts, les responsables qataris expriment parfois leur frustration face à la proximité croissante du Tchad avec d’autres acteurs régionaux, tels que les Émirats arabes unis, et même avec Israël[1].

Cette évolution a posé plusieurs défis à la diplomatie française. En plus de perdre de l’influence au Tchad, les Français doivent désormais composer avec une opposition grandissante de la population tchadienne à sa présence militaire dans le pays. De plus, l’absence du Tchad dans la CEDEAO limite l’influence régionale de la France et renforce les nouvelles alliances régionales du Tchad.

Face à ces défis, Paris doit réévaluer sa politique étrangère envers le Tchad. Alors que la France cherche à maintenir une relation constructive avec le Tchad, elle doit également respecter les aspirations démocratiques de la population tchadienne, un équilibre délicat dans un contexte de contestation politique croissante.

Quoi qu’il en soit, la France sous la présidence d’Emmanuel Macron est confrontée à de nouveaux défis au Tchad, où les dynamiques géopolitiques en évolution redéfinissent les relations régionales et internationales du pays. La perte d’influence de la France au Tchad reflète un changement plus large dans l’équilibre des pouvoirs au Sahel, mettant en lumière la nécessité pour les Français de s’adapter à ces nouvelles réalités pour maintenir leur position dans la région…


[1] https://mondafrique.com/international/lalliance-renforcee-entre-le-tchad-et-les-emirats-arabes-unis/amp/

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