ANALYSE – La Chine est éveillée et l’Occident peut commencer à trembler 

Parade de l'armée chinoise de septembre 2025 - Image médias d’État chinois
Parade de l’armée chinoise de septembre 2025 – Image médias d’État chinois

Par Olivier Dujardin

Le défilé militaire organisé par la Chine à l’occasion du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique a impressionné le monde entier. Au-delà des messages politiques, largement commentés en Occident, ce défilé – et surtout ce qui y a été montré – envoie un autre signal.

Il ne s’agit pas ici de détailler chaque équipement militaire présenté ni de s’extasier devant les nombreuses nouveautés dévoilées. L’intérêt réside plutôt dans la vision d’ensemble offerte par ce défilé, et dans ce qu’elle nous révèle non seulement sur la Chine, mais également sur nous-mêmes.

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Un arsenal complet

C’est le premier constat qui s’impose à la vue de ce défilé : il ne manque presque aucune capacité à l’armée chinoise. Elle dispose d’un arsenal offensif et défensif particulièrement vaste et diversifié : une gamme complète de systèmes sol-air et antimissiles, allant du plus bas niveau jusqu’à l’interception extra-atmosphérique ; une panoplie de blindés, du char lourd au char léger ; des drones de toutes catégories ; ainsi qu’une large palette de missiles.

On a également pu observer des systèmes encore rares, comme le laser LY-1, dont la taille et le diamètre laissent supposer une puissance de plusieurs centaines de kilowatts, ou encore l’arme à impulsion électromagnétique Hurricane-3000, dont l’antenne suggère une émission dans la bande L (1 à 2 GHz), offrant le meilleur rendement de couplage électromagnétique – c’est-à-dire la capacité à convertir l’énergie électromagnétique en champ électrique dans les circuits des équipements visés. Ces deux systèmes compteraient parmi les armes à énergie dirigée opérationnelles les plus puissantes au monde.

De fait, l’armée chinoise apparaît aujourd’hui comme la plus complète au monde, dépassant même l’armée américaine, qui n’aligne pas un éventail de capacités aussi large. Washington peut tout au plus se prévaloir d’être encore la seule puissance à disposer d’un bombardier furtif opérationnel.

Certes, tous les équipements présentés ne sont peut-être pas encore en service et beaucoup étaient de simples maquettes notamment au niveau des drones. Toutefois, tout indique que, si ce n’est pas le cas, cela ne saurait tarder. La Chine a depuis longtemps démontré sa capacité à concevoir, produire et mettre en service des équipements de très haute technologie. Même si tous ne se révèlent pas forcément pertinents à l’usage, leur mise en œuvre permet aux forces chinoises de se familiariser progressivement avec ces technologies dans le cadre d’exercices. Le retour d’expérience qui en résulte contribue à améliorer les systèmes existants, à en maîtriser les limites et à identifier ce qui est véritablement pertinent.

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Le volume

Jusqu’à récemment, le volume était souvent présenté comme la principale caractéristique de l’armée chinoise. Mais au-delà du nombre de soldats, Pékin met désormais en service une proportion croissante de matériels modernes, ce qui accroît – au moins théoriquement – ses capacités de combat.

L’élément essentiel qui se dégage de cette évolution est la dissuasion qu’elle génère. Plus personne ne peut aujourd’hui raisonnablement sous-estimer l’armée chinoise, et aucune puissance ne peut la considérer comme une proie facile. C’est d’ailleurs la fonction première d’une armée : par sa seule existence, prévenir l’agression.

L’armée chinoise dispose ainsi d’une dissuasion complète, à la fois conventionnelle et nucléaire, ce qui la place de facto au rang des grandes puissances militaires pour ceux qui en doutaient encore.

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Des retours d’expérience bien intégrés

C’est un autre élément marquant de ce défilé : le développement des nouveaux équipements de l’armée chinoise intègre de manière évidente les leçons tirées de la guerre en Ukraine, mais aussi de l’affrontement à distance entre l’Iran et Israël. Cela se traduit au moins par quatre évolutions notables :

  • Une grande diversité de systèmes anti-drones, adaptés aux différentes catégories de menaces (drones FPV, drones de reconnaissance ou drones de frappe à longue portée).
  • Une vaste gamme de drones de toutes tailles et de toutes catégories, allant du petit quadricoptère de reconnaissance intégré aux blindés jusqu’aux drones de combat furtifs à réaction, en passant par des drones terrestres et maritimes.
  • Une montée en puissance des équipements de guerre électronique, plus modernes et manifestement plus nombreux.
  • Un renforcement des moyens de défense sol-air et antimissiles, capables de traiter un large spectre de menaces, du missile de croisière au missile balistique hypersonique.

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La modernité

Si l’Armée populaire de libération conserve encore des volumes importants de matériels plus ou moins anciens, la proportion d’équipements modernes augmente rapidement. La marine chinoise est aujourd’hui l’une des plus jeunes du monde en termes d’âge moyen de ses navires. L’aviation a connu une transformation comparable : en quelques années seulement, elle est passée de copies modernisées de MiG-21 à des chasseurs de cinquième génération comme les J-20, J-35 ou encore le mystérieux J-36.

Jusqu’à récemment, de nombreux analystes occidentaux relativisaient cette modernisation en mettant en doute le véritable niveau technologique chinois. Cette position devient cependant difficile à tenir face aux progrès spectaculaires observés. Ceux qui continuent à percevoir un retard technologique chinois le font surtout pour se rassurer. La réalité est que les pays occidentaux ont largement perdu l’avantage technologique qu’ils détenaient. S’il subsiste dans certains domaines, il n’est de toute façon plus suffisamment significatif pour compenser la montée en puissance rapide de l’armée chinoise.

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Ce défilé est un avertissement pour les pays occidentaux : l’armée chinoise ne se contente plus de courir derrière ses concurrents géopolitiques. Elle les a rattrapés et, dans certains domaines, les a même dépassés.

Le dernier refuge des commentateurs pour relativiser cette puissance reste son manque d’expérience récente de la guerre depuis la guerre de Corée. Mais cette réserve mérite d’être nuancée : quelle expérience réelle avons-nous nous-mêmes des conflits conventionnels, autres que des guerres asymétriques ? Quand avons-nous, pour la dernière fois, déployé des forces combinées contre un adversaire équipé d’armements modernes et diversifiés ? Serions-nous encore aujourd’hui capables de conduire une opération de type SERVAL face à des ennemis dotés de drones FPV ? Ces questions sont légitimes et la réponse pourrait être inconfortable.

Même la guerre du Golfe de 1991, souvent citée comme exemple de supériorité opérationnelle occidentale, reposait sur des conditions très favorables : supériorité numérique et capacitaire écrasante, qui ne reflètent pas le type de conflits modernes que nous pourrions être amenés à mener. L’expérience opérationnelle récente, centrée sur des affrontements asymétriques, ne garantit donc pas un avantage décisif face à une armée moderne et complète comme celle de la Chine.

Aujourd’hui, l’armée chinoise, de par ses effectifs, rivalise avec l’armée américaine et les forces européennes réunies. Elle surpasse ces dernières en capacité de production industrielle, en polyvalence opérationnelle et en modernité de ses équipements. Cette réalité impose une réévaluation stratégique pour les pays occidentaux : ne pas sous-estimer la Chine, comprendre ses avancées et anticiper un environnement géopolitique et militaire radicalement transformé, qui pourrait marquer le crépuscule de l’Occident.

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