Afrique : le nouveau front de la Guerre froide entre les BRICS et l’Occident

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Photomontage LeLab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

L’Afrique, devient un champ de bataille stratégique entre les grandes puissances.

Dans le cadre de la Nouvelle Guerre froide, une confrontation entre l’entente sino-russe et l’Occident, dirigée par les États-Unis, se profile bel et bien sur le continent.

Alors que la population de l’Afrique subsaharienne devrait doubler d’ici 2050, selon les projections de l’ONU, le continent présente à la fois des opportunités économiques et des défis humanitaires majeurs, attirant l’attention des grandes puissances et des organisations internationales.

A ce titre, lors du dernier sommet des BRICS, la Déclaration de Kazan du 23 octobre 2024 a réaffirmé l’engagement du bloc à soutenir l’Afrique pendant cette période de transformation. Cependant, cette aide n’est pas exempte de concurrence, notamment avec les États-Unis, qui tentent de maintenir leur influence sur le continent. Cette analyse se penche sur les stratégies opposées des deux camps.

L’instrumentalisation de l’aide humanitaire

L’une des manifestations les plus visibles de la stratégie américaine en Afrique demeure l’aide humanitaire. Bien qu’elle apparaisse comme un acte de bienveillance, cette aide est souvent perçue comme un outil pour établir des relations de dépendance avec des élites corrompues. Cela permet aux États-Unis de renforcer leur influence et de faciliter des accords commerciaux inégaux avec les pays récipiendaires.

En réponse, les BRICS, en tant que club où des actions bilatérales, cherchent à promouvoir l’autosuffisance agricole en Afrique.

Il en va de la Russie, grand producteur de céréales qui pourrait offrir une aide alimentaire sans conditions, en attendant que les pays africains développent leur propre agriculture et réduisent leur dépendance envers l’aide américaine.

Le commerce : entre punition et libéralisation

Les États-Unis utilisent également des accords commerciaux pour renforcer leur contrôle. L’« African Growth and Opportunity Act » (AGOA), qui permet un commerce en franchise de droits, a été un levier de pression politique.

Des pays à l’instar de l’Éthiopie ou du Mali ont été exclus de ce programme pour avoir refusé de se conformer aux exigences américaines, soulignant ainsi les limites de cet accord.

Face à cette situation, les BRICS soutiennent la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) pour diversifier les partenariats commerciaux de l’Afrique.

La Chine, avec son économie plus développée, mène cette initiative, mais la Russie, l’Inde et les Émirats arabes unis progressent également dans cette direction, visant à réduire la vulnérabilité de l’Afrique face aux sanctions commerciales américaines.

La révolution numérique et la surveillance

En décembre 2022, les États-Unis ont lancé l’initiative « Digital Transformation with Africa » (DTA) pour accélérer la transition numérique du continent.

Pour autant, selon un rapport de la Carnegie Endowment de mars 2024, peu de progrès avaient été réalisés à ce jour. Si cette initiative aboutit, elle pourrait conduire à une surveillance numérique à grande échelle en Afrique, exacerbée par l’influence technologique américaine.

Les pays africains pourraient s’inspirer de la Russie et d’autres membres des BRICS en adoptant des lois sur la localisation des données, empêchant ainsi le transfert des données des utilisateurs vers l’étranger. En parallèle, les BRICS encouragent des investissements numériques sécurisés, avec la Chine comme partenaire privilégié.

Ressources naturelles : un enjeu stratégique

L’extraction des ressources naturelles est un autre élément central de la stratégie américaine. En septembre 2023, les États-Unis et l’UE ont dévoilé le Corridor de Lobito, visant à faciliter l’exportation de minéraux d’Afrique australe vers les marchés occidentaux. Cette région est riche en cuivre et en lithium, des matériaux cruciaux pour la quatrième révolution industrielle, où la concurrence entre les États-Unis et la Chine est féroce.

Pour éviter l’exploitation, certains pays africains, à l’instar de la Tanzanie avec sa loi de 2017 sur la souveraineté des ressources, interdisent l’exportation de matières premières non transformées. Cela vise à encourager le développement d’industries locales de transformation et à créer des emplois pour la population croissante du continent.

La guerre de l’information et les guerres par procuration

Les campagnes menées de mains de maître par les États-Unis en Afrique visent à discréditer leurs rivaux, notamment la Russie, et à attiser les tensions interétatiques, comme entre l’Éthiopie et l’Égypte, membres des BRICS.

Ces stratégies visent assurément à déstabiliser les pays fragiles qui refusent de se plier aux exigences américaines.

Dans ce contexte, la Russie joue un rôle clef en soutenant militairement des pays africains, comme on l’a vu au Mali, au Burkina Faso et au Niger, où les forces américaines et françaises ont été expulsées.

La Russie a du reste déployé des conseillers militaires et des sociétés privées pour aider ces nouveaux alliés à se défendre contre des attaques terroristes et séparatistes soutenues par des puissances étrangères.

L’Afrique devient bel et bien un théâtre de confrontation entre les États-Unis et les BRICS, chaque camp cherchant à maximiser son influence. La Chine et la Russie, avec leurs ressources économiques et militaires, jouent un rôle prépondérant dans cette rivalité. Toutefois, des opportunités émergent pour d’autres pays émanant du club des BRICS, à l’instar de l’Inde se positionne en tant qu’allié fiable pour les nations africaines dans un climat aux relents de nouvelle Guerre froide.


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