
Par Olivier d’Auzon
Le 27 mars 2025, dans la chaleur étouffante de Port Soudan, un général s’exprime dans l’espoir de dissiper un nuage d’incertitudes. Abdel Fattah Al-Burhan, chef des armées, leader de facto d’un Soudan dévasté par la guerre, semble annoncer un tournant. « Nous préparons les conditions pour un gouvernement civil élu », déclare-t-il à l’envoyé spécial allemand pour la Corne de l’Afrique, Heiko Nietzschek. Dans son regard, un éclat de détermination, mais aussi l’ombre de la guerre, des milliers de vies effacées, des millions de réfugiés éparpillés à travers le pays. Un pays en ruines, où la promesse de paix semble aussi fragile que l’espoir qui l’accompagne.
Les mots du Général, l’écho de la Guerre
Ses paroles résonnent comme un cri de ralliement pour un peuple en souffrance, une promesse de changement. Mais derrière ces mots, une question reste suspendue : la transition vers un gouvernement civil est-elle réellement possible ? Al-Burhan affirme que l’armée, lasse des conflits politiques, se retire. « Nous ne cherchons pas le pouvoir politique », dit-il. Pourtant, l’histoire du Soudan pèse lourdement sur ces paroles. L’ombre des régimes militaires qui ont gouverné le pays pendant des décennies est bien présente. Qui pourrait croire en une promesse faite par un homme qui, hier encore, exerçait un pouvoir absolu sur la nation ? Qui pourrait ignorer la force de l’armée, qui a pendant trop d’années entretenu la guerre pour sa propre survie ?
Depuis avril 2023, la guerre fait rage entre l’armée régulière et les RSF, ces forces paramilitaires de plus en plus puissantes. Le pays, fracturé en mille morceaux, paye un prix lourd : plus de 20 000 morts selon l’ONU, peut-être plus de 130 000, selon certaines estimations indépendantes. Les rues de Khartoum, ces dernières années théâtre de manifestations populaires, résonnent désormais du bruit des armes. La capitale est dévastée, comme d’autres régions du pays. Dix-neuf mois de combat et la guerre n’a rien laissé d’intact. Mais aujourd’hui, dans les ardeurs de cette guerre fratricide, l’armée semble reprendre du terrain. Elle affirme avoir chassé les RSF de Khartoum, reconquis les bâtiments stratégiques, les ministères, mais aussi les symboles de l’autorité du régime. La victoire, si elle est réelle, porte en elle une question fatidique : pour quel prix ? Et surtout, quel avenir ?
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Le retour de la Guerre, l’appel à la reconstruction
Les ombres de cette guerre sont visibles dans chaque coin de la ville, mais les promesses de reconstruction résonnent comme une promesse de renaissance. Le soutien de l’Allemagne, dans la forme d’une aide pour la reconstruction du pays, représente une bouée de sauvetage pour un Soudan au bord du gouffre. Mais les bâtiments, les routes, les infrastructures ne se refont pas en un claquement de doigts. La reconstruction de l’État soudanais ne pourra pas se limiter à l’aide humanitaire. Elle nécessite un changement fondamental dans la gestion politique, la restauration de la paix, et surtout la mise en place de structures civiles robustes.
Pourtant, Al-Burhan, malgré ses déclarations de vouloir ouvrir la voie à un gouvernement civil, reste dans l’œil du cyclone. L’armée a repris les clés du pays, mais peut-elle les remettre à des civils ? Les peuples du Soudan, brisés par des années de dictature militaire et de répression, peuvent-ils croire à une vraie transition démocratique ? L’histoire est contre lui. Le pays a souvent été pris dans les rets du pouvoir militaire. Le général promet un gouvernement technocratique pour préparer les élections, mais le doute demeure. Un général qui cède-t-il vraiment le pouvoir ?
Le poids de l’Histoire, l’incertitude de l’avenir
Les mois à venir seront décisifs. Le peuple soudanais regarde, espère, mais se méfie. Comment ces promesses, aussi nobles soient-elles, peuvent-elles se concrétiser dans un pays où l’armée a toujours eu le dernier mot ? Pour que le Soudan puisse réellement emprunter le chemin de la paix, il faut d’abord qu’il arrête de combattre. Il faut reconstruire les institutions, restaurer les services essentiels et, surtout, tenir des élections libres et transparentes. Mais l’armée n’est-elle pas en train de renforcer son emprise sur le pays ?
La communauté internationale, de l’ONU à l’Union européenne, met une pression croissante sur le Soudan pour que cette transition devienne réalité. Mais la transition est-elle seulement possible ? Et si oui, combien de vies seront encore sacrifiées avant qu’elle ne devienne un fait accompli ? Le Soudan ne peut plus attendre. Il faut que la guerre cesse, qu’une paix sincère naisse des cendres de la destruction. Le général Al-Burhan, avec ses promesses, saura-t-il dépasser son rôle de militaire pour devenir l’artisan d’une transition réelle, crédible, et pour un avenir qui n’appartienne plus aux armes, mais aux civils ?
Dans cette course contre le temps, l’avenir du Soudan se joue sur un fil, et la route qui mène à la paix sera pavée d’incertitudes et de sacrifices. Mais une chose est sûre : le peuple soudanais, las des combats, rêve d’une liberté qu’il n’a jamais véritablement connue.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

