ANALYSE – Comores : Moroni résiste aux avances de Moscou

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Par-delà les eaux turquoise de l’océan Indien, une bataille diplomatique silencieuse se joue à Moroni.
Les Comores ne pèsent guère sur la carte mondiale. trois îles dispersées, moins d’un million d’habitants, une économie fragile, une vie politique marquée par les soubresauts. Et pourtant, dans les chancelleries, l’archipel suscite un intérêt croissant. Car à l’heure où Moscou cherche à reprendre pied sur le continent africain, chaque port, chaque vote à l’ONU, chaque relais d’influence compte.
Depuis plusieurs mois, la Russie avance ses pions avec méthode. L’ambassade russe à Antananarivo, compétente pour les Comores, multiplie les contacts, sollicite les autorités de Moroni, et pousse une demande apparemment anodine : l’accréditation d’un consul honoraire russe dans l’archipel. Derrière cette requête administrative se profile une stratégie bien plus vaste : installer un point d’ancrage diplomatique permanent, prélude à l’ouverture d’une ambassade, puis d’une « Maison russe » — ces centres culturels qui servent souvent de vitrines d’influence du Kremlin.
Le schéma est désormais connu. De Bamako à Bangui, de Ouagadougou à Niamey, Moscou combine diplomatie classique, coopération sécuritaire, offres de formation, bourses universitaires, relais médiatiques et opérations informationnelles. L’objectif est moins idéologique que stratégique : bâtir un réseau d’États partenaires, parfois fragiles, souvent courtisés, capables d’offrir à la Russie un accès politique, économique ou logistique.
Mais aux Comores, le scénario se grippe.
Azali Assoumani, vieux routier de la politique comorienne, n’entend pas transformer Moroni en nouvelle tête de pont russe dans l’océan Indien. Le président, qui cultive depuis des années une diplomatie d’équilibre, observe avec prudence les mouvements du Kremlin. Derrière les promesses d’investissement ou de coopération, Moroni perçoit aussi le coût politique d’un rapprochement trop visible avec Moscou.
Car les Comores évoluent dans un environnement diplomatique délicat. Le pays entretient des liens étroits avec la France — malgré l’éternelle question mahoraise —, dépend largement des partenaires du Golfe, et veille à préserver ses relations avec les bailleurs internationaux. Une ouverture trop franche à la Russie pourrait être perçue comme un signal de basculement stratégique, à rebours des équilibres recherchés par Moroni.
Il y a aussi la géographie, implacable. Situé au nord du canal du Mozambique, à proximité des routes maritimes reliant l’Asie, l’Afrique australe et le Moyen-Orient, l’archipel n’est pas un simple point sur la carte. Dans une région déjà marquée par les rivalités entre puissances — France à Mayotte et à La Réunion, Inde dans l’océan Indien, Chine sur les infrastructures portuaires africaines, États-Unis sur les routes énergétiques — l’arrivée d’une implantation russe serait scrutée avec attention.
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Moroni le sait. Et temporise.
Ni refus frontal, ni feu vert. Les autorités comoriennes semblent appliquer une tactique classique des petits États confrontés aux appétits des grandes puissances : gagner du temps, écouter, négocier, mais retarder toute décision irréversible. Une diplomatie du flou, qui permet de préserver des marges de manœuvre sans provoquer de rupture.
Pour Moscou, ce contretemps illustre une réalité souvent occultée derrière le récit d’une percée russe irrésistible en Afrique. Le Kremlin progresse, certes, mais il ne conquiert pas mécaniquement tous les espaces qu’il convoite. Nombre de dirigeants africains ont appris à jouer des rivalités internationales sans se laisser enfermer dans une logique d’alignement.
Les Comores offrent ainsi un cas d’école : un micro-État, économiquement vulnérable mais politiquement lucide, qui comprend que sa faiblesse apparente peut devenir un levier. Plus les puissances se disputent son attention, plus sa valeur diplomatique augmente.
Dans les bureaux feutrés de Moroni, on reçoit donc les messages russes avec courtoisie, mais sans empressement.
L’archipel n’a ni les moyens ni l’intérêt de devenir un nouveau front symbolique de la confrontation entre l’Occident et Moscou. Azali Assoumani, pragmatique jusqu’au cynisme, préfère maintenir la Russie à distance respectable : suffisamment proche pour rappeler aux partenaires traditionnels que d’autres options existent, suffisamment éloignée pour éviter toute bascule incontrôlée.
Dans cette partie d’échecs à l’échelle de l’océan Indien, les Comores jouent petit bras, mais avec une certaine habileté.
Et Moscou, pour une fois, devra patienter.
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