ANALYSE – La France n’a pas besoin de prophètes de l’apocalypse mais d’hommes d’État capables d’anticiper

Par Olivier d’Auzon ; Découvrez son nouvel ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Alors que certains responsables politiques multiplient les déclarations apocalyptiques à l’instar du CEMA Fabien Mandon qui annonçait la semaine dernière tout de go qu’il convient d’«accepter de perdre nos enfants à la guerre » et sur une prétendue « guerre dans trois à cinq ans », Pierre Lellouche oppose un diagnostic sans fard :
Non, la France n’est pas en guerre. Oui, le monde est instable. Mais le catastrophisme officiel relève plus de la panique communicante que de l’analyse stratégique.
Sur Cnews, le 20 novembre 2025, l’ancien ministre étrille ce discours anxiogène :« Ce n’est absolument pas la guerre. Dire qu’on va perdre nos fils dans trois ans, c’est aller un peu vite en besogne. »
À l’heure où la parole publique s’emballe, Pierre Lellouche ramène les débats à ce qu’ils devraient toujours être : le réel, rien que le réel.
Un monde dangereux, certes, mais pas en conflagration globale
Oui, les tensions s’accumulent :
- Chine contre Japon, Vietnam ou Philippines,
- Russie contre Ukraine,
- Iran et ses proxies contre Israël,
- Multiplication des conflits périphériques.
Lellouche le reconnaît clairement : « La Chine multiplie les actions agressives… souvent très violentes. » Mais il rappelle aussi l’essentiel : ces crises, aussi graves soient-elles, ne constituent pas une guerre mondiale, encore moins une mobilisation générale imminente pour la France.
Le problème, selon lui, est ailleurs : l’Occident subit un basculement géopolitique majeur, dont la guerre en Ukraine n’est qu’un accélérateur.
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Le catastrophisme politique : Un aveu de faiblesse stratégique
Le moment le plus incisif de la vidéo tient en un rappel de bon sens : « Dire qu’il faut se préparer à perdre ses enfants… c’est foutre la trouille aux Français. »
Pierre Lellouche accuse frontalement une partie de la classe politique de paniquer au lieu d’assumer.
La communication martiale devient un substitut à la stratégie. L’hyperbole remplace la préparation. Le choc verbal remplace la vision.
Le constat est clair : la France n’a pas besoin de prophètes de l’apocalypse mais d’hommes d’État capables d’anticiper.
Dissuasion française : La grande oubliée des discours alarmistes
Autre rappel cinglant :« On a la dissuasion nucléaire depuis De Gaulle. Il y a des conditions pour entrer en guerre. »
Pierre Lellouche pointe une contradiction flagrante : comment un pays doté d’un arsenal nucléaire crédible, conçu précisément pour éviter une guerre de haute intensité, peut-il affirmer qu’elle serait imminente ? Ce discours traduit selon lui une profonde confusion stratégique et doctrinale.
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Ukraine : La fin des illusions
Le passage sur l’Ukraine est, de loin, le plus cru — et le plus lucide :
« L’Ukraine ne peut plus regagner les territoires qu’elle a perdus. (NDLR La Crimée et Donbass) Il manque les hommes, il manque les armes. »
La suite est encore plus tranchante :
« Les Américains sont partis. Ils nous laissent la note. »
Voilà le cœur du problème : la France et l’Europe n’assument pas leur dépendance. Elles déclament de grands principes mais refusent d’en payer le prix.
Elles parlent de guerre, mais n’ont ni l’industrie, ni la volonté, ni la cohérence stratégique.
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Le vrai enjeu : Reconstruire une stratégie française
Ce que Lellouche appelle, en creux, c’est un retour au sérieux :
- réarmer industriellement,
- redéfinir les alliances,
- réaffirmer la souveraineté,
- et surtout retrouver une politique étrangère lisible et autonome.
Loin du théâtre politique, il rappelle qu’il faudra tôt ou tard renégocier et rebâtir un ordre de sécurité en Europe, incluant la Russie — car aucun continent ne peut vivre éternellement sur un front gelé.
Sortir de la panique, retrouver la puissance
À rebours des discours officiels qui excitent les peurs et masquent l’impuissance, Pierre Lellouche remet la France face à sa propre vérité :
- Non, la guerre n’est pas « dans trois ans ».
- Oui, le monde bascule.
- Et oui, la France doit cesser de parler comme une victime pour redevenir une puissance.
Cet appel à la lucidité, percutant, dérange — et c’est précisément pour cela qu’il est salutaire.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
