
Par Angélique Bouchard
MINNEAPOLIS — Un vent de gauche radical souffle sur la scène politique du Midwest, où Omar Fateh, sénateur du Minnesota et membre affiché des Democratic Socialists of America (DSA), vient de décrocher un appui crucial dans la course à la mairie de Minneapolis.
À l’image de Zohran Mamdani, le candidat progressiste qui a récemment remporté la Primaire démocrate pour devenir maire de New York, Fateh présente un programme résolument socialiste et revendique une rupture totale avec la politique de l’establishment.
« De New York à Minneapolis — le changement arrive ! », a proclamé la section locale des DSA sur X (anciennement Twitter), saluant l’appui de la puissante section de Minneapolis du Democratic-Farmer-Labor Party (DFL), l’équivalent du Parti démocrate dans le Minnesota.
Un tournant pour Minneapolis ?
Fateh, né de parents immigrés somaliens, est devenu en 2020 le premier Somalo-Américain élu au Sénat du Minnesota. Il espère désormais incarner un tournant pour Minneapolis :
« Ce soutien est un message clair : les habitants de Minneapolis en ont assez des promesses non tenues et de la politique de statu quo. Il est temps de construire une ville pour nous tous », a déclaré Fateh après l’annonce de son appui officiel par le DFL.
Minneapolis, comme New York, utilise le vote par classement (ranked choice voting), ce qui pourrait créer une dynamique favorable à Fateh si une majorité d’électeurs souhaitent un changement.
Le quotidien Star Tribune du Minnesota met en lumière la décision controversée du Democratic Farmer-Labor Party (DFL) d’appuyer le sénateur d’État Omar Fateh pour la mairie de Minneapolis, au détriment du maire sortant modéré Jacob Frey. Le journal va même jusqu’à se demander si Fateh pourrait devenir “le Mamdani de Minneapolis”.
Dans un article titré « Le Mamdani de Minneapolis ? Omar Fateh et l’insurrection de la gauche dans la course à la mairie », la journaliste Deena Winter, spécialiste de la mairie de Minneapolis, revient sur l’ascension fulgurante de Fateh.
Samedi 26 juillet 2025, il triomphait en décrochant l’appui officiel des Démocrates de Minneapolis contre le maire sortant Jacob Frey. »
Jacob Frey dénonce un processus « irrégulier »
Un tournant historique dans la politique municipale de Minneapolis : le Democratic Farmer-Labor Party (DFL) du Minnesota, branche locale du Parti démocrate, a annoncé samedi son soutien officiel à Omar Fateh, sénateur de l’État connu pour ses positions socialistes, dans la course à la mairie.
Fateh, 35 ans, a confirmé l’annonce via les réseaux sociaux, en publiant un message sur X (anciennement Twitter) :
« Je suis extrêmement honoré d’être le candidat soutenu par le DFL pour la mairie de Minneapolis. Ce soutien est un message clair : les habitants en ont assez des promesses non tenues, des vétos, et de la politique comme d’habitude. C’est un mandat pour bâtir une ville qui fonctionne pour nous tous. »
Le maire sortant Jacob Frey, un démocrate modéré en poste depuis deux mandats, a rapidement réagi, remettant en question la légitimité de la convention du DFL qui a conduit à cette nomination.
Son porte-parole de campagne, Sam Schulenberg, a déclaré :
« Cette élection doit être décidée par l’ensemble de la ville, et non par un petit groupe de délégués. Cela est d’autant plus vrai compte tenu de la conduite extrêmement irrégulière de cette convention. »
« Les électeurs auront désormais un choix clair entre les bilans et les styles de leadership du sénateur Fateh et du maire Frey. Nous sommes impatients de présenter notre vision aux citoyens en novembre. »
Fateh affrontera en novembre le maire sortant Jacob Frey, un démocrate modéré qui brigue un troisième mandat et qui a déjà été en conflit avec un conseil municipal très à gauche.
Frey a réagi à la nomination en soulignant que « cette élection devrait être décidée par l’ensemble de la ville, pas seulement par une poignée de délégués ».
Le « Mamdani du Midwest » ?
La montée en puissance d’Omar Fateh fait écho à celle de Zohran Mamdani, le candidat socialiste de New York City qui a récemment remporté la primaire démocrate, devançant notamment l’ex-gouverneur Andrew Cuomo.
Fateh, tout comme Mamdani, est musulman, se réclame du courant démocratique socialiste, est issu de la génération Y et porte une vision résolument anti-establishment.
Ce soutien du DFL place Fateh en position de force dans une élection municipale marquée par une forte polarisation politique. Comme à New York, l’élection à Minneapolis se déroulera selon le système de vote par classement (ranked choice voting).
Alors que les conservateurs critiquent de plus en plus ouvertement cette nouvelle génération de candidats socialistes, le débat est désormais lancé sur la direction future que prendra la métropole du Minnesota.
Un programme de rupture
Comme Mamdani à New York, Fateh propose un programme considéré par plusieurs comme radicalement progressiste : augmentation du salaire minimum à Minneapolis, création massive de logements abordables, réduction des pouvoirs de la police municipale et transfert de certaines fonctions vers des initiatives communautaires et délivrance de cartes d’identité municipales aux sans-papiers.
Il s’agit d’un agenda qui fait écho à celui de Mamdani, qui promet la gratuité des bus, des universités publiques et de la garde d’enfants, ainsi que la création d’épiceries publiques à New York.
De plus, Fateh a dénoncé un raid fédéral antidrogue à Minneapolis en juin, qualifiant l’opération de « fascisme flagrant ». Il a accusé le MPD (Minneapolis Police Department) de collaborer avec ICE, l’agence fédérale de l’immigration, et a déclaré qu’il serait « inconcevable » pour la police de participer au maintien de l’ordre pendant une descente liée à l’immigration.
Il soutient l’interdiction pour la police locale d’interagir avec ICE, une position alignée avec l’aile la plus militante du parti.
Un climat politique tendu
La course à la mairie de 2025 reflète une fracture grandissante au sein du Parti démocrate : d’un côté un maire modéré, de l’autre un jeune progressiste membre de l’aile montante Democratic Socialists of America (DSA).
L’élection risque de bouleverser l’équilibre politique à l’Hôtel de Ville et devrait attirer l’attention — et les financements — à l’échelle nationale.
Selon Larry Jacobs, professeur de politique publique à l’Université du Minnesota,
« On observe un clivage profond au sein du Parti démocrate, entre une aile socialiste, jeune et militante, et une frange plus modérée, proche du monde économique. »
Il prévient néanmoins que Frey part avec un net avantage :
« À la différence de New York, Minneapolis a un maire sortant de deux mandats qui reste favori. »
Les conservateurs montent au créneau
Du côté républicain, la montée de figures comme Mamdani et Fateh inquiète.
Charlie Kirk, figure du mouvement MAGA et fondateur de Turning Point USA, a vivement critiqué Fateh, l’attaquant non seulement sur ses idées mais aussi sur son identité religieuse, selon plusieurs sources.
Les conservateurs tentent de faire de ces candidats les nouveaux visages de la gauche démocrate, espérant qu’ils deviennent un fardeau pour les candidats plus modérés lors des prochaines élections de mi-mandat.
Ainsi, les Républicains utilisent la victoire du socialiste Mamdani à New York pour attaquer les Démocrates sur leur virage à gauche. Et pour cause : le président du Comité national républicain (RNC), Michael Whatley, affirme que Mamdani représente à lui seul le nouveau visage du Parti démocrate.
« Absolument. C’est exactement ça », a déclaré Whatley à Fox News Digital lorsqu’on lui a demandé si Mamdani servait désormais de munitions politiques pour les Républicains.
« C’est le visage du nouveau Parti démocrate. »
“Ils s’éloignent du peuple américain”
Dans une interview exclusive réalisée au siège du RNC à Washington, Whatley a accusé la direction démocrate de céder aux forces les plus radicales de leur base électorale :
« Tous ceux qui veulent prendre la tête du Parti démocrate cherchent à le pousser toujours plus à gauche… Ils s’éloignent du peuple américain à une vitesse folle. »
« Il va s’inscrire sans problème dans le cercle restreint des leaders de ce parti qui n’ont aucune gêne à afficher leur radicalisme woke, » a affirmé Whatley.
Les stratèges du GOP utilisent déjà Mamdani comme arme d’attaque contre les Démocrates dans les États clés et les circonscriptions disputées, y compris dans la course très surveillée pour succéder à la sénatrice sortante Jeanne Shaheen dans le New Hampshire.
La semaine dernière, Scott Brown, ancien sénateur républicain et candidat au Sénat, a diffusé une publicité numérique où l’on voit une photo du représentant Chris Pappas (candidat démocrate) placée aux côtés de Zohran Mamdani et de Rep. Alexandria Ocasio-Cortez, fervente soutien de Mamdani.
Les Démocrates minimisent l’impact
Face aux attaques, Chris Pappas a dénoncé une campagne de désinformation :
« Les Républicains ont déjà dépensé des dizaines de millions de dollars pour tenter de faire croire que je suis quelqu’un que je ne suis pas. Les électeurs me connaissent. Ils savent que je travaille pour résoudre les problèmes et que je suis l’un des membres les plus bipartisans du Congrès. »
Il a été rejoint sur le terrain par la sénatrice Amy Klobuchar, qui a estimé que cette stratégie d’association est détachée des réalités locales :
« Ils font ça dans toutes les campagnes. Ils essayent de coller des figures nationales aux candidats locaux. Beaucoup n’ont même jamais rencontré ces gens. »
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Un test électoral majeur pour 2026
Whatley conclut que les élections de 2026 seront l’occasion de rejeter l’agenda progressiste incarné par Mamdani et maintenant Fateh.
« Chaque candidat démocrate adhère au même programme raté que celui avec lequel ils ont perdu en 2024. Nous avons gagné la Maison Blanche et le Sénat grâce à cela. »
Des mairies aux sièges législatifs, les Democratic Socialists of America (DSA) — longtemps en marge de la politique américaine — s’infiltrent désormais dans les arènes du pouvoir local et national. Les Democratic Socialists of America ne sont plus une curiosité politique. Ils sont désormais une force avec laquelle il faut compter — pour le meilleur ou pour le pire, selon de quel côté de l’échiquier on se trouve.
La normalisation de figures comme Mamdani et Fateh, qualifiés à plusieurs reprises de « socialistes radicaux » voire « communistes » et la poussée de la gauche identitaire et « woke » pourraient accélérer la montée du mouvement MAGA, renforçant ainsi la coalition conservatrice pour les élections de mi-mandat en 2026.
« C’est un moment décisif. Soit le Parti démocrate revient à ses racines modérées, soit il continue sur cette voie suicidaire qui va lui coûter des sièges et la confiance des électeurs ».
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Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia – Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA – Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.

