
Par Olivier d’Auzon
Le 13 avril 2025, la crise entre Paris et Alger a brusquement repris de plus belle. En représailles à la mise en détention provisoire d’un agent consulaire algérien en France, accusé dans une affaire d’enlèvement et de séquestration d’un opposant algérien, Amir Boukhors, l’Algérie a exigé l’expulsion de douze fonctionnaires français en poste à Alger. Cette décision a été qualifiée par Paris d’« injustifiée et incompréhensible », portant un coup brutal aux relations déjà fragiles entre les deux pays.
En retour, le 15 avril 2025, Emmanuel Macron a ordonné l’expulsion symétrique de douze agents consulaires algériens en France, rappelant aussi pour consultations son ambassadeur à Alger.
Cette nouvelle escalade survient à peine une semaine après une tentative d’apaisement, marquée par la visite du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Alger, et un échange téléphonique entre les présidents Macron et Tebboune
Mais la crise, née en juillet 2024 du soutien français à l’autonomie marocaine du Sahara occidental, s’enlise dans un cycle de tensions répétées, d’accalmies éphémères et de nouvelles tempêtes, comme le soulignait déjà une analyse récente
Dans ce contexte, la figure de l’écrivain Boualem Sansal incarne tragiquement la dimension politique et humaine du conflit. Opposant au régime algérien, Sansal a été arrêté, symbole d’une répression interne qui alimente la défiance algérienne vis-à -vis de la France
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Son sort illustre la violence sourde qui irrigue cette crise, où politique, mémoire et diplomatie s’entremêlent.
L’ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, observe cette crise avec un regard acéré. Pour lui, les trois piliers annoncés par Barrot — coopération sécuritaire, judiciaire et migratoire — sont désormais « passés à la trappe »
Xavier Driencourt appelle à une riposte ferme, suggérant notamment la fermeture d’un ou plusieurs consulats algériens en France, comme celui de Strasbourg ou de Créteil, ce dernier étant lié à l’affaire Boukhors.
Cette proposition traduit la frustration d’une diplomatie française qui peine à contenir un régime algérien jugé « opaque » et « intransigeant »
Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, incarne la ligne dure française. Il insiste sur la souveraineté française et le respect des règles sur le sol national, tout en dénonçant l’ingérence algérienne, même si le lien direct n’est pas officiellement avéré.
Sa posture ferme est toutefois critiquée par Alger, qui fait porter sur lui la responsabilité de la crise, et verrait dans sa démission du Gouvernement français une « prise de guerre » bien symbolique.
Ce bras de fer politique illustre la tension entre fermeté et diplomatie dans la gestion française.
Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, est quant à lui la cible de critiques sévères. Sa gestion est qualifiée d’« incurie » et de « faiblesse », accusé de manquer de fermeté face à l’escalade algérienne.
Cette faiblesse perçue a laissé le champ libre à Alger pour imposer sa posture agressive, sans que Paris ne parvienne à imposer un cadre solide à cette relation complexe.
L’intellectuel et chroniqueur Mathieu Bock-Côté offre une lecture plus profonde, presque prophétique, de ce conflit. Il dénonce une « guerre diplomatique » où l’Algérie joue la carte du « revanchisme historique » et d’une mémoire conflictuelle qui « reprogramme la mémoire de la guerre d’Algérie dans la matrice de l’antifascisme »
Pour lui, la France est confrontée à un régime algérien qui « entend soumettre la France » et que la décolonisation « ne sera vraiment achevée que lorsque les Français deviendront étrangers chez eux ».
Bock-Côté voit dans cette crise un affrontement non seulement diplomatique, mais aussi symbolique, où la mémoire et l’identité nationale s’enchevêtrent douloureusement.
Ainsi, la crise franco-algérienne, loin d’être un simple différend diplomatique, se déploie comme un roman d’espions et de passions historiques, où chaque coup porté est chargé d’une mémoire lourde et d’enjeux géopolitiques majeurs.
Entre expulsions réciproques, arrestations politiques, et jeux d’influence, la relation entre Paris et Alger reste suspendue à un fil ténu, oscillant entre la volonté d’apaisement et la tentation du bras de fer.
Dans ce théâtre d’ombres, les figures de Sansal, Retailleau, Driencourt et Bock-Côté dessinent les contours d’un conflit qui dépasse largement la simple diplomatie pour toucher aux racines mêmes de l’histoire franco-algérienne.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

