DÉCRYPTAGE – FDS et Damas : Les Kurdes à la table de la sécurité du nouvel État syrien

Drapeau de la révolution syrienne flottant au vent, symbole de la résistance et de l’espoir d’un nouvel État syrien post-Assad, entre unité nationale et quête de liberté.,
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Un équilibre délicat dans la Syrie post-Assad

Près d’un an après la chute de Bachar el-Assad, la Syrie se trouve à un carrefour politique et stratégique décisif : définir une nouvelle architecture de sécurité nationale. Dans ce contexte, les Forces démocratiques syriennes (FDS), force militaire à majorité kurde soutenue par les États-Unis, jouent un rôle central. Contrôlant environ un tiers du territoire syrien et une partie importante des ressources pétrolières du Nord-Est, les FDS sont devenues un acteur incontournable.

Une délégation dirigée par le commandant Mazloum Abdi est arrivée à Damas pour négocier l’intégration des Kurdes dans le nouvel appareil de sécurité syrien. Les discussions se déroulent avec Hussein al-Salama, chef du Service général de renseignement (GIS), et Murhaf Abu Qasra, ministre de la Défense.

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Une transition complexe et sous tension

Depuis la chute du régime, la Syrie est gouvernée par un exécutif transitoire dirigé par Ahmad al-Sharaa, ancien dirigeant de Hayat Tahrir al-Sham. L’objectif officiel est de bâtir un État plus inclusif, mais la réalité reste fragmentée : de nombreuses milices contrôlent encore des portions de territoire, et les négociations pour unifier les forces armées progressent lentement.

Un premier accord, signé le 10 mars 2025 entre les FDS et le gouvernement transitoire, prévoyait une fusion progressive des unités kurdes avec l’armée nationale. Toutefois, les détails pratiques et les garanties politiques restent flous. Les FDS exigent de conserver une chaîne de commandement autonome, des postes de direction pour leurs officiers et une autonomie administrative dans le Rojava.

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Al-Salama, médiateur entre factions et intérêts

La figure clé de ce processus est Hussein al-Salama. Ancien gouverneur de Deir ez-Zor, ayant une longue expérience dans les réseaux armés et étatiques, il a été nommé chef des services de renseignement en mai 2025. Il a cherché à se présenter comme un garant de stabilité, multipliant les contacts diplomatiques de Ankara au Caire et participant à des conférences internationales. Son profil reste néanmoins controversé en raison de ses liens passés avec des milices islamistes.

Sa mission est complexe : concéder aux Kurdes une marge d’autonomie tout en préservant l’autorité centrale. Les FDS défendent une intégration « sur un pied d’égalité », tandis que Damas privilégie une structure strictement centralisée.

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Un jeu d’acteurs extérieurs

Les États-Unis continuent à soutenir les Kurdes malgré le changement politique. Le Sénat américain a approuvé une aide de 130 millions de dollars pour 2026 et proposé la création d’une force conjointe anti-État islamique. La France et la Russie jouent également un rôle actif : Paris a accueilli des discussions préliminaires, tandis que Moscou, avec ses bases à Qamishli, soutient des patrouilles conjointes.

Mais c’est la Turquie qui reste le facteur le plus sensible. Ankara considère les FDS comme une émanation du PKK et craint que leur intégration dans la nouvelle armée syrienne ne renforce le mouvement kurde. Le gouvernement turc a dénoncé les négociations tout en maintenant des canaux de communication ouverts. Conscient de la situation, Mazloum Abdi a appelé Ankara à soutenir l’accord si elle souhaite réellement la stabilité régionale.

Un équilibre fragile et stratégique

Le cessez-le-feu du 7 octobre a déjà été fragilisé par des affrontements entre combattants FDS et troupes gouvernementales, révélant une méfiance mutuelle persistante. Damas accuse les Kurdes de retarder l’intégration ; les FDS dénoncent, eux, un manque de réponses claires et de garanties politiques. Pendant ce temps, des protestations internes et des tensions dans le Sud — amplifiées par les menaces israéliennes — affaiblissent la position du gouvernement.

Avec près de 100 000 combattants et une expérience de dix ans dans la lutte contre l’État islamique, les FDS représentent une ressource militaire et politique cruciale, capable de consolider la stabilité ou de replonger le pays dans la guerre.

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Le carrefour du nouvel État syrien

Ces négociations dépassent le simple cadre technique : elles détermineront l’avenir de l’État syrien. En cas de réussite, la Syrie pourrait bâtir un appareil de sécurité national inclusif et légitime. En cas d’échec, les tensions entre Kurdes, pouvoir central et puissances étrangères pourraient rallumer un conflit déjà dévastateur.

Comme l’a déclaré Mazloum Abdi : « Les FDS deviendront une composante forte de la nouvelle armée syrienne. » Pour que cette vision devienne réalité, il faudra des compromis difficiles, des garanties politiques solides et une stratégie claire. Les prochains jours à Damas seront décisifs pour déterminer la voie que prendra la Syrie post-Assad.

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