
© Photo NR, Jean-André Boutier
Par la rédaction – Le Diplomate média
Sur le papier, la journée du 10 septembre devait ressembler à un vaste et beau mouvement populaire, un nouveau moment Gilets jaunes des premiers jours, la France des ronds-points : une colère calme, digne, diffuse, transpartisane, la majorité silencieuse, celle des oubliés, qui sort de l’ombre pour dire stop au mépris et à la condescendance des politiques. Dans la rue, ce fut tout autre chose : un « grand soir » d’affichage pour neuneu où l’ultra-gauche, ultra-minoritaire, a mis son logo et son drapeau palestinien sur la douleur sociale française — et l’a, ce faisant, rendue illisible. Résultat : blocages clairsemés, heurts sporadiques, beaucoup de fracas médiatique… et une occasion perdue.
Une mobilisation partielle… corsetée par le bruit minoritaire
Les chiffres donnent le tempo : plusieurs centaines de rassemblements et de blocages, des dizaines de départs de feu recensés, quelques interpellations, et un pays plus ralenti qu’arrêté. « Bloquons tout » n’a pas bloqué la France ; il a surtout bloqué le récit d’une souffrance sociale qui cherchait sa voix. Les images de Paris, Nantes, Lyon ou Marseille ont montré un mélange familier et clairsemé : quelques syndicalistes communistes, élus et militants LFI, des lycéens et étudiants bobos des grandes villes surexcités et « bêtes à manger du foin », punks à chien dégueulasses, « antifas » débiles et black-blocs venus pour l’after. Dans ce vacarme, la majorité silencieuse, elle, est restée chez elle ou au travail… dépitée, écœurée et silencieuse.
La phrase qui résume tout. Dans le cortège à Toulouse, Nina, 47 ans, salariée du secteur privé : « Je suis dégoûtée par la reprise du mouvement par La France Insoumise. Ce sont des idiots utiles du pouvoir : ils détruisent le message du peuple, ils divisent. Ce n’est pas la manifestation de Mélenchon, c’est celle du peuple français. À cause d’eux, je me sens en danger avec mon drapeau français, parce qu’aujourd’hui, brandir le drapeau français, c’est être considéré comme un facho », confie-t-elle dans Marianne.
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Comment un malaise majoritaire devient un spectacle clownesque minoritaire
Ce 10 septembre, l’ultra-gauche a donc transformé la rue en terrain de bordélisation. Les mouvements les #Ggueux et #NicolasQuiPaie ont été phagocytés, comme le rappelle si justement, désabusée, l’essayiste Naïma M’Faddel.
Cette journée aura confirmé un paradoxe français : la colère sociale la plus ample est capturée par les moins nombreux mais les plus organisés — et les plus bruyants. LFI a surfé, la galaxie ultra-gauche a occupé, et la France des fins de mois a regardé sa propre colère passer à la télévision, affublée d’un vernis idéologique qui n’est pas le sien.
On notera au passage que dans les cortèges, les quelques courageux qui brandissaient un drapeau tricolore se sont fait arracher leur étendard, conspués comme des « fachos ». Ironie amère : on a vu plus de drapeaux palestiniens que de drapeaux français dans une manifestation censée parler… de la souffrance des Français.
D’où cette impression d’un « mouvement populaire » devenu meeting ambulant, avec service d’ordre improvisé et codes vestimentaires en noir.
Les chaînes d’info, ravies, ont eu leur dramaturgie ; la France périphérique, elle, a perdu son porte-voix.
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La journée des symboles manqués
Politiquement, le timing était pourtant en or : cinquième Premier ministre en deux ans, promesse d’un « changement de méthode », et un pays lessivé par l’inflation et la fiscalité, les services publics en panne, un État qui ne maîtrise plus rien, une insécurité qui explose, les normes qui s’empilent, des politiques évanescents, incompétents, discrédités et un président plus impopulaire que jamais.
Sur ce terreau, « Bloquons tout ! » pouvait fédérer. Au lieu de quoi, la séquence s’est écrite autour des frictions avec les forces de l’ordre, des vitrines brisées et des petites phrases.
Et, pour couronner le tout, ces nervis d’extrême gauche et de LFI ne sont même pas parvenus à mobiliser leurs « idoles et héros » : les vrais voyous et la racaille de banlieue. Ces derniers avaient, il est vrai, d’autres priorités — « charbonner » et assurer le trafic, tâche bien plus rentable qu’un happening politique pour leurs principaux clients et fans en mal de testostérone ! Bref, le désordre militant sans les troupes de choc.
À l’arrivée, près de 300 interpellations, quelques perturbations notables, mais surtout le sentiment d’une opportunité gâchée pour construire un rapport de force social crédible.
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« Perverti par l’extrême gauche » : Un récit qui s’impose
Une partie de la presse d’opinion a immédiatement cadré la journée comme « pervertie » par l’ultra-gauche. On peut contester le vocabulaire, difficilement le constat : dans les images qui tournent en boucle, on voit surtout les mêmes minorités militantes s’approprier l’événement et réduire la revendication à un duel pavlovien contre « le système », dont leur inculture et leur bêtise crasse leur empêche de comprendre qu’ils en sont pourtant les « idiots utiles ».
En attendant, la conséquence est fatale : le vrai peuple, qui a souvent du nez, a senti l’arnaque et s’est abstenu, les hésitants ont décroché, tandis que les gouvernants eux respirent et ricanent sous cape de satisfaction. Et la cause sociale, elle, se dilue dans la fumée de quelques fumigènes…
Au final, on peut parler au nom du peuple en décourageant… le peuple.
La France qui travaille, a besoin de lisibilité, pas de happenings. Et la colère légitime n’a pas vocation à servir de décor à des agendas partisans.
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Ce qu’il faudra retenir (et corriger)
D’abord, la méthode : une mobilisation réussie commence par un message clair, un leadership incontestable, des objectifs mesurables et surtout une incarnation. Le 10 septembre a manqué les quatre.
Ensuite, la coalition : si la majorité silencieuse ne se reconnaît pas dans l’emballage idéologique, elle ne viendra pas. Or, sans elle, pas de bascule.
Enfin, le récit : laisser l’extrême gauche scénariser la journée, c’était offrir aux pouvoirs publics la contre-narration parfaite : « marginalité, désordre, peur, réflexe sécuritaire ».
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Le 10 septembre restera comme une répétition ratée d’un possible sursaut civique. Le pays réel existe, il souffre, il cherche une traduction politique adulte. Le problème pour lui c’est qu’il n’y a pas d’incarnation sérieuse et charismatique à cette colère, pas de Trump à la française par exemple. Aucune véritable opposition politique – malgré une puissance électorale notable – digne de ce nom, aspirant vraiment à la prise du pouvoir et à une lutte acharnée, vraie (et non de façade) contre une caste progressiste dirigeante, technocratique, incompétente et déconnectée du réel qui pousse le pays chaque jour un peu plus vers le précipice…
Le 10 septembre, le pays réel esseulé n’a donc trouvé qu’un porte-voix saturé par une ultra- minorité qui confond démonstration de force et démonstration d’utilité.
« Au grand dam des Français surtaxés, cette date du 10 septembre restera donc celle d’un mouvement récupéré, puis retourné contre ceux qui l’avaient lancé. Un cas d’école » (Jean Kast).
Bref, « Bloquons tout ! » n’a bloqué que l’espérance d’un front véritablement populaire. La prochaine fois – s’il y en a une, mais c’est peu probable – il faudra commencer par libérer la parole majoritaire, empêcher que d’autres ne parlent encore à sa place… et veiller aussi à ce que le drapeau français ne soit plus un motif d’insulte mais, enfin, le symbole d’une révolte légitime.
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