DÉCRYPTAGE – Syrie : Un tournant politique, mais pas encore économique

Un représentant politique s’exprime lors d’une session internationale, évoquant les réformes économiques et les enjeux diplomatiques autour de la reconstruction syrienne.
Capture d’écran

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

L’annonce du président américain Donald Trump de lever par décret exécutif les sanctions imposées à la Syrie, suivie de la décision de l’Union européenne d’accorder 175 millions d’euros d’aide à la reconstruction institutionnelle et économique du pays, a ravivé les espoirs d’un redressement.

Pour Baihas Baghdadi, homme d’affaires et expert bancaire international, fondateur et président exécutif de Baghdadi Capital, ce moment représente « une lune de miel économique » : une fenêtre d’attention internationale mêlant intérêt et prudence. Mais, prévient-il, le retour des capitaux ne dépendra pas des annonces politiques ; il exige réformes structurelles, crédibilité institutionnelle et vision stratégique.

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L’investissement obéit à des conditions, non à des décrets

Baghdadi rappelle que les marchés ne répondent pas aux discours, mais aux signaux cohérents : sécurité juridique, droits de propriété clairs, fiscalité attractive et tribunaux fiables pour arbitrer les litiges.

Il cite le modèle de Dubaï comme exemple d’écosystème fiscal capable d’attirer les investisseurs au démarrage ; toutefois, insiste-t-il, la Syrie ne doit ni ne peut se transformer en paradis fiscal, au risque de miner sa réputation et sa stabilité à long terme. L’enjeu est de bâtir un système fiscal équilibré, pro-croissance et durable, capable de soutenir les investisseurs sans assécher les ressources publiques.

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Un chantier géo-économique colossal

Pour rivaliser avec ses voisins – Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Turquie – qui peaufinent depuis des années des cadres d’accueil du capital, la Syrie doit créer un écosystème de confiance : préservation du capital, fiabilité institutionnelle, faible volatilité politique et politique fiscale calibrée.

Selon Baghdadi, il faut cibler en priorité les secteurs à double rendement : économique et sociétal :

Infrastructures énergétiques, indispensables à toute reprise industrielle ;

Réforme du système bancaire et ouverture à des financements non bancaires plus agiles ;

Relance de l’agriculture grâce à la technicité et au crédit ;

Tourisme et services, potentiels moteurs d’emplois et de devises s’ils sont professionnalisés et planifiés.

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La confiance institutionnelle, clef de voûte

« Les marchés réagissent à la cohérence, non aux annonces », insiste le banquier. La crédibilité du système légal, la stabilité des politiques publiques et la capacité des autorités à exécuter des stratégies économiques claires seront déterminantes. Sans cette assise, aucun fonds international, banque régionale ou investisseur privé ne prendra de risques significatifs.

Baghdadi souligne également le rôle de la diaspora syrienne, riche de capitaux, de compétences et de réseaux ; elle ne reviendra qu’à condition d’observer des signaux tangibles de sécurité et de prévisibilité.

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De la rhétorique aux actes

Cette analyse souligne les conditions indispensables au redémarrage durable : lever des sanctions ne suffit pas à bâtir un climat d’affaires. La Syrie doit passer « de l’annonce politique à l’action institutionnelle », privilégier la prévisibilité aux coups d’éclat, et articuler une vision nationale à long terme pour transformer une opportunité fragile en croissance réelle.

Au-delà de l’angle syrien, l’expérience met en lumière un dilemme universel : le capital recherche moins le rendement maximal que la stabilité prévisible. Sans réformes tangibles et gouvernance crédible, la « lune de miel » économique que connaît aujourd’hui la Syrie pourrait se refermer avant d’avoir porté ses fruits.

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