
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Une révolution silencieuse mais décisive
Dans une annonce aussi soudaine que stratégique, la Banque populaire de Chine a révélé que son système de règlement transfrontalier fondé sur le yuan numérique est désormais pleinement opérationnel avec dix pays de l’ASEAN et six du Moyen-Orient. Ce qui pourrait sembler un simple progrès technologique marque en réalité une étape majeure dans la transformation de l’ordre financier mondial : près de 38 % du commerce mondial peut désormais être réglé directement en monnaie chinoise, sans passer par le système SWIFT dominé par le dollar américain. Comme l’a résumé The Economist, il s’agit d’« une bataille préliminaire pour le système de Bretton Woods 2.0 ».
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Du dollar au yuan : La nouvelle architecture du pouvoir financier
Grâce à la technologie de la blockchain, les paiements internationaux effectués en yuan numérique sont finalisés en seulement sept secondes, contre un à trois jours pour les circuits traditionnels. Lors d’un test entre Hong Kong et Abou Dhabi, un paiement vers un fournisseur du Moyen-Orient a été réalisé en temps quasi réel, réduisant les frais de 98 %. Derrière cette efficacité se cache une rupture stratégique : la remise en cause du monopole occidental sur les infrastructures financières mondiales.
Le yuan numérique ne se contente pas d’être un outil de paiement plus rapide. Il offre aussi une traçabilité complète des transactions et une application automatisée des règles anti-blanchiment. Ce degré de transparence, que Pékin présente comme un gage de sécurité, inquiète les puissances occidentales : il réduit leur capacité à surveiller, bloquer ou sanctionner les flux financiers internationaux. En d’autres termes, la Chine n’installe pas simplement un nouveau réseau de paiement, elle construit un espace de souveraineté monétaire autonome.
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L’Asie, laboratoire du nouvel ordre monétaire
L’expérimentation conjointe entre la Chine et l’Indonésie, où le premier paiement transfrontalier en yuan numérique a été effectué en huit secondes, illustre la portée du projet. Vingt-trois banques centrales participent déjà aux tests du « pont monétaire numérique », et dans plusieurs pays producteurs d’énergie du Golfe, les coûts de règlement ont chuté de 75 %. L’ASEAN, en particulier, devient le centre d’une économie régionale post-occidentale, où les échanges sont financés, réglés et enregistrés à travers des plateformes conçues à Pékin.
L’innovation ne se limite pas à la technique. Le yuan numérique permet à la Chine de tisser un écosystème fermé, interconnecté et sécurisé, où les flux financiers échappent aux contrôles extérieurs. Pékin exporte ainsi non seulement une monnaie, mais aussi un modèle de gouvernance : une finance pilotée par l’État, fondée sur la supervision algorithmique et la transparence totale des transactions.
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Souveraineté et sécurité : La revanche monétaire de la Chine
L’enjeu de cette transformation est immense. Pendant des décennies, l’hégémonie du dollar s’est appuyée sur le monopole du système SWIFT et sur la nécessité pour tout pays d’utiliser des banques américaines pour le commerce international. En créant un réseau parallèle, la Chine permet désormais à l’Asie et au Moyen-Orient de régler leurs échanges énergétiques, technologiques ou industriels sans passer par la monnaie américaine. C’est un coup direct porté à la capacité des États-Unis d’utiliser les sanctions financières comme instrument politique, comme ils l’ont fait contre l’Iran ou la Russie.
Aujourd’hui, 87 % des pays du monde sont techniquement compatibles avec le système du yuan numérique, et le volume des transactions a dépassé 1,2 trillion de dollars américains. En Europe, certaines entreprises qui ont adopté cette infrastructure — notamment sur la « route arctique » — constatent déjà une hausse de productivité pouvant atteindre 400 %. Ces signaux indiquent que le réseau chinois est en train de passer du stade expérimental à une alternative mondiale crédible.
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La monnaie comme arme géopolitique
Tandis que Washington débat encore des risques liés aux monnaies numériques et que la Réserve fédérale hésite à lancer son propre dollar digital, Pékin avance méthodiquement. Le yuan numérique n’est pas une simple innovation technologique : c’est le cœur d’une stratégie géoéconomique visant à réduire la dépendance aux infrastructures occidentales et à instaurer un ordre monétaire multipolaire, fondé sur la souveraineté des données et des flux financiers.
La Chine a compris que, dans le XXIᵉ siècle, contrôler l’infrastructure vaut plus que posséder la monnaie. Si le dollar a dominé le monde parce qu’il était le langage du commerce global, le yuan numérique aspire à en devenir l’algorithme.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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