ÉCONOMIE – La Chute Organisée : Trump, Biden et le Nouveau Choc Économique Américain

ÉCONOMIE – La Chute Organisée : Trump, Biden et le Nouveau Choc Économique Américain

lediplomate.media — imprimé le 22/04/2025
Donald Trump
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Alexandre RAOULT

Une nouvelle bataille autour du PIB

Le Produit Intérieur Brut (PIB) est souvent présenté comme la boussole de nos économies modernes. Il reflète la somme de la consommation des ménages, des investissements privés, des dépenses publiques et du solde commercial. Mais cette définition, à laquelle nous étions habitués depuis des décennies, pourrait bien voler en éclats.

À peine réinstallé à la Maison Blanche, Donald Trump prépare une réforme aussi spectaculaire que controversée : exclure les dépenses publiques du calcul du PIB. Du jamais-vu dans l’histoire économique contemporaine. Et cette initiative ne tombe pas par hasard : elle intervient au moment précis où les marchés, secoués par sa réélection, vacillent dangereusement.

Sous Biden : Une croissance sous perfusion publique

En apparence, l’économie américaine semblait robuste sous Joe Biden. En 2023, la croissance atteignait 3,1 %, prenant de court la plupart des analystes. Mais cette performance était largement sous-tendue par une injection massive de capitaux publics. En tout, près de 1 900 milliards de dollars ont été déversés dans l’économie via une série de plans fédéraux ambitieux :

  • L’Infrastructure Investment and Jobs Act (2021) a débloqué 1 200 milliards de dollars pour moderniser routes, ponts, réseaux électriques, systèmes d’eau, et généraliser l’accès au haut débit.
  • L’Inflation Reduction Act (2022) a mobilisé 430 milliards, dont 370 milliards consacrés à la transition énergétique : énergies propres, véhicules électriques, décarbonation de l’industrie.
  • Le « CHIPS and Science Act (2022) a prévu 280 milliards, avec 52 milliards de subventions pour relocaliser la production de semi-conducteurs aux États-Unis.
  • À cela s’ajoutent près de 100 milliards d’aides sectorielles (santé publique, logement, agriculture, éducation).

Résultat : une économie sous assistance respiratoire publique. Début 2025, la dette fédérale dépasse 34 600 milliards de dollars, soit 124 % du PIB. À certains trimestres, les dépenses de l’État ont représenté jusqu’à un quart de la croissance.

L’ombre du COVID-19 : Un fardeau qui s’alourdit

À cette mécanique s’ajoute un héritage explosif : la dette contractée lors de la pandémie.

Entre 2020 et 2021, les États-Unis ont emprunté plus de 5 000 milliards de dollars pour financer les plans d’urgence (CARES Act, American Rescue Plan), à des taux d’intérêt proches de zéro. Le but ? Relancer la consommation par des transferts directs : chèques aux ménages, aides aux entreprises, soutien au chômage.

Mais cette dette doit désormais être refinancée dans un contexte radicalement différent :

  • Les taux directeurs de la FED dépassent 5,25 %, un sommet depuis 2001.
  • Le service de la dette fédérale atteint 1 000 milliards de dollars annuels en 2024.
  • Selon le « Committee for a Responsible Federal Budget », chaque point de hausse des taux ajoute 2 300 milliards de dollars à la dette sur dix ans.

Donald Trump en est pleinement conscient. En forçant une contraction brutale de l’économie, il cherche à provoquer une baisse des taux par la Fed, soulageant ainsi non seulement les entreprises, mais aussi un État asphyxié par les intérêts de sa propre dette.

À lire aussi : Le monde qui vient n’appartiendra plus à personne… en tout cas plus à l’Occident !

Trump, le choc assumé

Pour Trump, la croissance obtenue sous Biden n’est qu’un mirage bâti sur l’endettement. Son objectif : provoquer un électrochoc. Une purge volontaire, orchestrée par un nouvel organe, le « Department of Government Efficiency » (DOGE).

Sa stratégie repose sur trois axes majeurs :

  • Réduction massive des dépenses publiques : énergie verte, éducation fédérale, aides sociales sont les premières visées.
  • Fin progressive des subventions qui faussent, selon lui, la libre concurrence.
  • Redéfinition du PIB, en y excluant les dépenses publiques : selon des estimations internes, cela retrancherait 2 à 3 points de croissance.

Les effets sont immédiats. En quelques semaines, le S&P 500 perd 18 %, et près de 7 000 milliards de dollars s’évaporent de la capitalisation boursière américaine.

Mais Trump ne s’en cache pas : cette chute est voulue et organisée. Elle constitue, à ses yeux, le passage obligé pour sevrer une économie devenue dépendante des béquilles publiques.

Provoquer la Fed pour faire plier les taux

Au cœur de cette manœuvre : la Fed. Trump parie qu’un effondrement des marchés forcera la Réserve fédérale à revoir sa politique monétaire.

Ses objectifs :

  • Baisse rapide des taux directeurs pour relancer l’investissement privé.
    • Dévaluation contrôlée du dollar afin de stimuler les exportations.

En parallèle, des mesures offensives visent à reconfigurer le socle de l’investissement :

  • Accélération de la délivrance de green cards “premium”(Gold Card) pour investisseurs étrangers, avec un objectif de 300 milliards de capitaux entrants sur trois ans.
  • Baisse de l’impôt sur les sociétés, de 21 % à une fourchette de 15 à 17 %, soit 600 milliards de dollars de marges fiscales restituées aux entreprises.

Trump entend remettre l’investissement privé au centre du jeu économique. À ses yeux, c’est la seule voie vers une croissance durable, débarrassée de l’illusion budgétaire.

Mais en face, la Réserve fédérale résiste encore. À ce jour, elle refuse d’engager une baisse des taux directeurs, craignant un redémarrage trop brutal de l’investissement… et une remontée de l’inflation. Une baisse des taux faciliterait en effet l’accès au crédit, augmentant mécaniquement la masse monétaire en circulation, ce qui exercerait une pression à la hausse sur les prix. Or depuis la crise du COVID-19, la Fed s’est fixée comme priorité de maintenir l’inflation sous contrôle, même au prix d’un ralentissement économique prolongé. Comme le rappelait récemment Jerome Powell, “ramener l’inflation à 2 % reste notre objectif central” ([source : Federal Reserve Board, 2024]).

Un retour assumé aux doctrines libérales

La vision de Trump ne s’inscrit pas dans le vide : elle revendique l’héritage des réformateurs libéraux du XXe siècle.

  • Ronald Reagan, au début des années 1980, avait redonné souffle à l’économie américaine par de fortes baisses d’impôts et une réduction drastique de la dépense fédérale, malgré une récession initiale douloureuse.
  • Margaret Thatcher, au Royaume-Uni, avait mené une bataille frontale contre l’État-providence, au prix de tensions sociales extrêmes.

Trump reprend le flambeau : il veut, selon ses mots, “briser les béquilles” de l’économie américaine pour rendre à l’initiative privée toute sa force. Mais ce pari est risqué. Il suppose un ralentissement brutal, une montée du chômage public, et une instabilité financière marquée à court terme.

Une stratégie du chaos créateur

La tempête financière qui secoue actuellement les États-Unis n’est ni un accident, ni une mauvaise surprise. C’est le cœur même de la stratégie Trump.

En provoquant une rupture nette avec le modèle de croissance par l’endettement public, Trump entend forcer l’Amérique à renouer avec les fondamentaux du capitalisme : responsabilité, prise de risque, réindustrialisation et innovation.

Il est rare, dans l’histoire contemporaine, qu’un dirigeant mise ouvertement sur un effondrement partiel de son propre système pour le reconstruire sur de nouvelles bases. En assumant ce pari radical, Donald Trump s’inscrit dans la lignée des réformateurs de rupture, prêts à semer le chaos pour refonder un ordre qu’ils jugent perverti.

Mais ce pari, aussi audacieux soit-il, pourrait bien plonger les États-Unis dans l’une des plus grandes secousses économiques de leur histoire récente.

À lire aussi : ÉCONOMIE – Dépense publique, décrochage industriel et retard d’innovation de la France et de l’Europe


#DonaldTrump, #PIB, #RéformeÉconomique, #CroissanceÉconomique, #CriseÉconomique, #ÉtatsUnis, #USA2025, #DetteFédérale, #TauxDintérêt, #FederalReserve, #Trump2025, #Biden, #Reaganomics, #Capitalisme, #LibéralismeÉconomique, #DOGE, #Déflation, #S&P500, #WallStreet, #InvestissementPrivé, #RéductionDesDépenses, #MarchésFinanciers, #ÉconomieAméricaine, #Inflation, #CriseDesMarchés, #Récession, #RelancePrivée, #GreenCardInvestisseur, #TrumpVsBiden, #FED, #DetteCOVID, #SubventionsFédérales, #GoldCard, #PIBManipulé, #PIB2025, #ChaosCréateur, #ChocÉconomique, #IndicateursÉconomiques, #FiscalitéTrump, #NouvelleÉconomie

Retour en haut