HISTOIRE – 1979, Crise en Centrafrique : Bokassa doit quitter le pouvoir !

Giscard et Bokassa
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe GaglianoPrésident du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

En 1979, la République centrafricaine est devenue un casse-tête pour la France. Jean-Bedel Bokassa, l’autoproclamé empereur de ce pays africain, est au cœur d’une tempête politique et diplomatique. 

Son régime, marqué par une mégalomanie extravagante et des violations des droits humains, est devenu intenable pour Paris, qui voit en lui un allié encombrant. Alexandre de Marenches, chef du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), est chargé de trouver une solution radicale pour mettre fin à cette situation explosive, tout en préservant les intérêts français en Afrique.

Depuis son accession au pouvoir par un coup d’État en 1966, Bokassa a entretenu des relations ambiguës avec la France. D’un côté, il se présente comme un partenaire fidèle, garantissant l’accès de Paris aux ressources centrafricaines, notamment l’uranium, crucial pour le programme nucléaire français. De l’autre, son comportement erratique – couronnement fastueux en 1977, inspiré de Napoléon, et accusations de massacres, y compris contre des écoliers protestant contre son régime – ternit l’image de la France, accusée de soutenir un despote. À cela s’ajoute un rapprochement inquiétant de Bokassa avec l’URSS et la Libye de Kadhafi, une menace directe pour l’influence française dans la région.

Pour Marenches, fin stratège de l’ombre, la situation est claire : Bokassa doit partir. La France ne peut plus se permettre de cautionner un régime qui discrédite son rôle de puissance tutélaire en Afrique francophone. Mais comment agir sans provoquer un chaos qui risquerait de profiter aux rivaux géopolitiques, notamment les Soviétiques ? La réponse vient sous la forme d’une opération secrète, baptisée « Barracuda », orchestrée avec une précision chirurgicale par le SDECE.

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En septembre 1979, profitant d’un voyage de Bokassa à l’étranger, les forces françaises soutiennent un coup d’État discret pour installer David Dacko, ancien président et figure modérée, au pouvoir. L’opération, menée avec l’appui de troupes françaises et de mercenaires, se déroule sans heurts majeurs. Bokassa est renversé, exilé, et la France peut revendiquer une transition « ordonnée » en Centrafrique. Marenches, dans l’ombre, veille à ce que l’opération reste discrète, évitant de donner l’impression d’une ingérence trop flagrante.

Mais cette intervention n’est pas sans ambiguïtés. Si elle permet à la France de se débarrasser d’un allié devenu toxique, elle soulève des questions sur la légitimité de telles actions et sur leur coût à long terme. La Centrafrique, loin de trouver la stabilité, s’enfonce dans une spirale d’instabilité chronique, marquée par des coups d’État à répétition. De plus, l’opération renforce l’image d’une France prête à manipuler les destins africains pour préserver ses intérêts, alimentant les critiques de néocolonialisme.

Marenches, fidèle à sa vision pragmatique, voit dans l’opération « Barracuda » une nécessité géopolitique. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de sauver la face de la France, mais de protéger un bastion stratégique face aux appétits soviétiques et libyens. Pourtant, cette intervention illustre aussi les limites de la politique française en Afrique : une dépendance excessive envers des régimes autoritaires, souvent instables, et une difficulté à promouvoir une gouvernance durable.

L’éviction de Bokassa reste un épisode emblématique des jeux d’influence de la guerre froide en Afrique. Derrière la façade d’une opération réussie, elle révèle les tensions d’une France tiraillée entre ses ambitions de puissance et les réalités complexes d’un continent en pleine mutation. Marenches, en maître des ombres, a su trancher le nœud gordien, mais les cicatrices de cette décision continuent de marquer la Centrafrique, bien au-delà de 1979.

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