
Par Imen Chaanbi
Le maréchal Haftar : l’homme qui tombe à pic
Le maréchal Haftar est un militaire avant d’être un homme politique. Il avait adhéré au mouvement libre des officiers qui avait organisé le coup d’état contre le Roi Idriss Ier. Bras droit du Colonel Mouammar Kadhafi, il a été décoré de la médaille du Sinaï pour avoir préparer la participation de l’armée libyenne à la guerre de Kippour. Il sera envoyé à Moscou pour suivre la formation de l’école de l’état-major soviétique.
En 1987, Il sera fait prisonnier au cours de la bataille de Ouadi Doum. Devenu un opposant politique à Kadhafi ; il sera exfiltré du Tchad par les États-Unis et bénéficiera du programme destiné aux réfugiés. Il ne retournera en Libye qu’en 2011, mais son séjour sera de courte durée en raison de l’opposition des islamistes qui le qualifient « d’espion des américains ». A son retour de l’étranger, il formera sa propre armée libyenne en 2014.
Durant la période 2017 et 2020, les deux camps parrainés par des puissances étrangères s’affrontent pour contrôler le territoire et les ressources pétrolières. Le maréchal Haftar soutenu par la Russie, les Émirats Arabes Unis et l’Égypte déclenchera l’opération dignité contre la coalition de l’aube (milices de Misurata) et les islamistes, soutenues quant à eux par la Turquie et le Qatar. Les forces armées de Haftar s’emparent de Derna, de Sebha et des champs pétroliers d’Al Sharara.
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Il faudra attendre le 23 octobre 2020 pour mettre fin à la 2eme guerre civile avec la signature d’un cessez-le-feu. Une transition politique est envisagée avec la mise en place d’élections. En mars 2011, Abdelhamid Dbeiba est nommé chef du gouvernement d’unité nationale grâce au forum de dialogue politique libyen parrainé par l’ONU[1].
L’élection présidentielle qui devait se tenir le 24 décembre 2021, puis le 24 janvier 2022 n’ont pas été organisées par Dbeiba. Le refus d’organiser les élections par le Premier ministre accentue les rivalités internes. Le maréchal Haftar souhaitait se présenter aux élections au même titre que Seif Al Islam et Fathi Bashgha. Pour certains experts libyens, sa candidature aurait été rejeté en raison d’une possible double nationalité (américaine) et d’une affaire en cours près du Tribunal militaire. L’absence d’unité politique et territoriale maintiendra un statut quo avec deux gouvernements libyens dont celui de Haftar non reconnu par la communauté internationale.
Le clan Haftar : la politique est une affaire de famille
Âgé de 81 ans, Haftar souhaite consolider son assise politique en plaçant chacun de ses fils à la tête de l’état mais ainsi que les autres membres de sa famille.
Le commandant militaire a étendu son influence sur la Cyrénaïque en s’appuyant sur ses trois fils : Saddam, Belqassem et Khalid. Bras armé et soutien indéfectible de leur père, ils conseillent et gèrent les affaires politiques, économiques et militaires du gouvernement de l’est. Chacun d’entre eux joue un rôle spécifique dans la gestion de cet empire.
Saddam, le plus jeune fils de Haftar, a été nommé à 33 ans commandant des forces terrestres, qui contrôlent près des deux tiers de la Libye[2]. En promouvant son fils au grade de général de division, Haftar a souhaité transférer les pouvoirs de l’armée à son fils. Les visites récentes de Saddam en Israël, au Tchad, en Turquie et au Burkina Faso ont lui donné une légitimité à l’échelle mondiale.
Son troisième fils, Khaled, a également été élevé au grade de général de division à la tête des unités de sécurité de l’armée en juillet 2023. Il dirige les forces militaires de la famille, qui constituent l’épine dorsale de leur contrôle sur l’Orient et les activités économiques.
Quant à Belkacem, le président du Parlement, Aguila Saleh, l’a nommé sans tenir de séance officielle des députés, par une décision exceptionnelle, directeur du Fonds pour la reconstruction de la Libye et avec des pouvoirs illimités. Tout en supervisant les projets de reconstruction et la ligne politique familiale ; ce dernier transforme les régions dévastées par la guerre en bases pour consolider le contrôle du clan Haftar.
Pour certains, il s’agit d’un leitmotiv politique de la stratégie kadhafiste qui avait placé à la tête de chaque secteur économique et ministère ses fils. Pour d’autres, « Équiper et promouvoir les fils de Haftar n’est pas une coïncidence, il s’agit d’un projet stratégique pour le général afin de préparer sa famille à la domination militaire et économique de la Libye »[3]
Enfin selon l’ancienne envoyée par intérim du secrétaire général de l’ONU en Libye, Stéphanie Williams a déclaré que « les fils de Haftar se disputent des postes pour lui succéder », alors qu’il se prépare à se « retirer » de la vie publique[4].
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L’attribution des pouvoirs et privilèges aux membres du clan Haftar constituent un déni démocratique : « les fils de Haftar et le système sécuritaire et militaire du père imposent des restrictions et bloquent toute voix critique, par la liquidation et la répression, parce qu’ils veulent une arène libre d’opposition »[5]. Les opposants et militants anti-Haftar sont arrêtés ou enlevés par le pouvoir en place[6]. Ali Abu Sbeiha, l’un des cheikhs influents du sud proche de Saif al-Islam Kadhafi a aussi été arrêté.
L’accélération des opérations militaires sur le terrain ne font que confirmer la volonté pour Haftar actuellement malade, de se retirer. Ce retrait ne se fera qu’après avoir conquis la Tripolitaine.
Le contrôle des ressources énergétiques libyennes : une arme de guerre
Le maréchal Haftar a su tisser un réseau d’influence interne tout en conservant des liens économiques avec les autres pays. La reprise de la Cyrénaïque, notamment des champs pétroliers de Sharara et El feel a permis de sécuriser les opérations des sociétés pétrolières étrangères ainsi que la reprise des exportations d’hydrocarbures.
En juillet 2022, le Premier ministre Abdelhamid Dbeiba a conclu un accord avec Saddam Haftar dans le cadre de la nomination de Farhat Ben Kadara au sein de la NOC. Cet accord a permis de lever le blocus sur la production pétrolière. Le gouvernement de l’ouest quant à lui a pu récupérer une partie des revenus issus de l’exportation pétrolière. Le clan Haftar a bénéficié dans le même temps bénéficier d’un afflux de fonds plongeant le gouvernement de l’ouest dans une crise économique et financière.
L’asphyxie financière : une stratégie d’étouffement du gouvernement de l’ouest
En effet, en raison des dépenses liées aux opérations militaires et de l’inaccessibilité des ressources financières de la Banque centrale libyenne, le Maréchal Haftar a demandé à l’imprimerie russe Goznak d’imprimer des nouveaux billets de banque libyenne[7]. A noter qu’en juin 2024, les États-Unis avaient sanctionné la société russe Goznak en raison de « l’impression de monnaie libyenne sans l’approbation du gouvernement central de Tripoli »[8].
Malgré les sanctions américaines et les efforts déployés par la Banque centrale libyenne pour contrôler la situation économique ; les billets continuent à circuler au sein de l’économie libyenne. L’asphyxie financière et la détérioration économique de l’ouest ont permis à Haftar de retourner une partie de la population libyenne contre le gouvernement de Dbeiba. Les salaires des fonctionnaires et les avantages sociaux alloués aux familles n’ont pu être versés. Les milices soutenant le Premier ministre ont tenté de s’emparer par la force de la Banque centrale en raison du non-paiement de leurs « salaires ». Avant son licenciement, le gouverneur de la Banque centrale Siddiq-Al Kabir avait proposé l’adoption d’un budget unifié entre les deux gouvernements. Celui-ci fut rejeté en bloc par le gouvernement de l’est.
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Le Maréchal Haftar souhaite tirer avantage des divisions internes et du mécontentement de la population de l’ouest pour assoir sa légitimité.
Développement économique et philanthropie : vers une stratégie électoraliste ?
Tandis que le gouvernement de l’ouest n’a plus la capacité de financer des projets économiques et sociaux, le clan Haftar a relancé plusieurs projets dans la Cyrénaïque et le Fezzan. Le gouvernement de l’est a favorisé les investissements des sociétés étrangères. Des représentations diplomatiques et économiques européennes, chinoises ou émiratis se sont installés à l’est. Les projets d’infrastructures, d’agriculture ou d’énergie renouvelable voient le jour. Le clan Haftar « s’enrichit mais enrichit son peuple ». Le développement de la région a décrédibilisé le gouvernement de Dbeiba qui ne peut assurer la construction de projets viables en raison notamment de l’insécurité et du manque de fonds.
L’affairisme du clan Haftar ne limite pas aux projets économiques mais s’est étendu aux œuvres caritatives. Le modèle semble se calquer sur la stratégie de Seif El Islam Kadhafi avant 2011. Il avait mis en place le Libyan Investment Fund ainsi que plusieurs projets caritatifs destinés à aider et soutenir le peuple libyen.
La tragédie de Derna a marqué un tournant majeur au sein de la population libyenne[9]. Le gouvernement de l’ouest allouera 2 milliards de dinars dans le cadre de l’intervention d’urgence. Il ne pourra avoir accès à l’est pour aider les familles démunies. Belqassem Haftar prendra la tête du Comité de reconstruction de Derna. Des sociétés égyptiennes et turques ont actuellement la charge de reconstruire les infrastructures des villes touchés par les inondations. La supervision directe des travaux permet au clan Haftar d’étendre leur pouvoir et influence au sein du pays.
La stratégie militaire de Haftar : extension de l’influence russe sur le terrain ?
L’annonce récente de Haftar par l’intermédiaire de son porte-parole de la présidence de l’état-major de l’armée de terre a confirmé la mise en œuvre « d’une mission militaire spécifique » dans le cadre « d’un plan global visant à sécuriser les frontières sud et à renforcer la sécurité nationale ».
Depuis quelques mois, les forces de Haftar avancent avec discrétion dans le Fezzan. L’Armée Nationale Libyenne (l’ALN) est composée de plusieurs bataillons dont la 128ème brigade renforcée, le bataillon des voies vers la paix, de dizaines de bataillons et de brigades situés entre l’est et le sud de la Libye[10].
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Plusieurs groupes militaires se sont déployés dans la zone. Appuyé par l’Afrika Corps, ces derniers se sont dirigés vers Sebha en passant par Ghat, Abari, Mourzouq, Qatroun, Brak, Shati et Adrii. Leur passage dans la ville de Shwerif situé à 400 kilomètres au sud de Tripoli a permis aux forces de Haftar d’achever un long corridor du golfe de Syrte à la frontière occidentale, et ce tout en coupant les moyens d’accès de Tripoli au Fezzan du sud.
Cette avancée permettra aux forces de Haftar de s’approcher de Tripoli et de la ville de Zintan. À noter que depuis 2019, les frontières du sud de la Libye restent divisés entre les deux gouvernements. Dans certaines zones du sud libyen il n’y avait pas de présence politique et militaire. Le gouvernement de l’est a donc déployé sa présence avec l’appui des Russes.
La Russie allié de Haftar, a profité de cette situation pour s’étendre à partir de ses zones d’influence pour sécuriser la frontière reliant la Libye, le Niger et le Soudan. Il existe 18 corridors dans cette zone que les membres de l’Afrika Corps peuvent utiliser pour sécuriser les approvisionnements militaires. La présence de la Russie se justifie par les accords économiques et militaires signés avec le gouvernement de l’est. La Russie a fourni un appui militaire et logistique durant la seconde guerre civile notamment par l’envoi de 2000 « soldats » du groupe paramilitaire Wagner. Les accords se sont étendus aux formations de pilote, à la fourniture d’armes, de munitions et de systèmes de défense antiaérienne ; et ce en échange de la concession de bases aériennes et navales en Libye[11]. La base de Tobrouk et de Benghazi permettrait un accès à la mer Méditerranée tout en facilitant la coordination des différents bataillons russes déployés au Niger, en Libye, en Centrafrique et au Mali.
À noter que depuis le début du conflit de la guerre au Soudan, la Russie et Haftar enverraient des armes et des munitions aux FSR au Darfour, à travers le Tchad, le sud libyen et la Centrafrique[12]. La Russie justifie sa présence par le contexte sécuritaire dans la zone sahélo-saharienne. Son alliance militaire lui permet de resserrer le contrôle sur les zones dites vitales tout en ouvrant « une nouvelle fenêtre frontalière sur le continent africain »[13]. Depuis quelques mois, les autorités russes transfèrent des troupes et des équipements vers des zones de l’est libyen. La Russie à travers le maréchal Haftar a étendu son influence jusqu’à parvenir aux frontières libyennes et tunisiennes.
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En Effet, les forces de ANL se rapprochent de Ghadamès. La ville représente un intérêt stratégique majeur. Le passage de Ghadamès fermé depuis 2011, n’a pas été réouvert[14]. Le bassin de Ghadamès en plus d’être riche en hydrocarbure présente un intérêt géographique et logistique pour les forces libyennes et russes. La prise de l’aéroport actuellement sous le contrôle du gouvernement de l’ouest serait considérée comme un acte de provocation qui mettrait fin au cessez le feu. Mais pour l’Algérie la présence des troupes de Haftar appuyé par les Russes constituerait une menace réelle à la sécurité et aux intérêts économiques de l’Algérie en Libye.
L’Algérie et Haftar : l’heure des règlements de compte ?
Le contentieux politique entre l’Algérie et le gouvernement de l’est ne date pas d’hier. En effet, durant la révolution libyenne, l’Algérie a été accusé de soutenir le clan Kadhafi[15] et d’avoir acheminé des armes à l’armée libyenne. En 2018, Khalifa Haftar avait accusé le gouvernement algérien d’avoir porter atteinte à l’intégrité du territoire nationale libyen. Durant la deuxième guerre civile libyenne, Haftar avait déployé ses troupes jusqu’à Ghât. Cette action lui a permis d’obtenir l’allégeance des Touaregs et des ethnies de la région du Fezzan[16].
Ghât incarne l’Algérie grâce à son histoire et à la présence de la confédération targuie des Kell Ajjer. Symbole de la lutte contre la colonisation française et bastion du Front de Libération Nationale (FLN), la présence de l’ANL à proximité de la frontière algérienne révèle la perte de l’influence algérienne dans la région. L’Algérie tentera de diviser les Touaregs avec le soutien du Qatar en établissant notamment une alliance avec les Frères musulmans, ennemis de Haftar. Le gouvernement de l’est soutenu par les Émirats Arabes Unis mettra en échec cette « stratégie d’alliance opportuniste ».
Au-delà de la perte d’influence du gouvernement algérien dans la région du Fezzan, le Kremlin souhaite rappeler au gouvernement algérien l’importance d’avoir une bonne entente avec les pays du « sud global ». Le gouvernement algérien a refusé de déployer les forces de Wagner à ses frontières. La récente défaite de Wagner avec l’armée malienne contre l’Azawad a provoqué une crise majeure entre le Kremlin et le gouvernement algérien. L’absence de volonté de la part du gouvernement algérien d’appuyer les Russes dans la sécurisation de la zone n’a fait que renforcer l’isolement de l’Algérie dans la zone sahélo-saharienne. Le maréchal Haftar a quant à lui appuyé les Russes en encerclant les factions armées de l’Azawad.
La défaite de l’Algérie sur le plan diplomatique risque d’avoir une incidence sur ses intérêts économiques en Libye[17]. En effet, le groupe pétrolier de la Sonatrach qui a repris ses activités en novembre 2023[18], a découvert un champ pétrolier et gaz dans le bassin de Ghadamès.
Les réserves des bassins de Ghadamès, Syrte et Murzuq ont été évaluées à 942 trillions de pieds cubes de gaz et à 613 milliards de barils de pétrole[19]. Convoité par les groupes pétroliers tels ENI ou Total, le bassin de Ghadamès présente un intérêt stratégique pour la société russe Tafnet. Celle-ci a récemment découvert un puits de pétrole avec une capacité de production de 1 870 barils de pétrole par jour[20].
La présence algérienne à Ghadamès revêt une importance stratégique en raison de la création des zones franches avec ses voisins du Sahel. Si un conflit ouvert venait à s’ouvrir avec l’ANL, la sécurité économique de l’Algérie serait menacée. La zone en plus d’être un point de passage des narcotrafiquants est aussi une base arrière pour le terrorisme. Les évènements d’In Amenas en janvier 2013 ont révélé les failles du système sécuritaire algérien[21]. Le gouvernement algérien suit de près l’évolution de la situation en appelant les parties libyennes à trouver une solution pacifique à la crise actuelle[22] . Malgré les appels de la communauté internationale, l’ANL poursuit son offensive terrestre avec un objectif : marcher sur Tripoli.
La conquête de la Tripolitaine : vers un changement de la carte politique et
militaire libyenne ?
La conquête de la Tripolitaine a toujours été dans l’agenda de Haftar. La mise en échec de son avancée militaire durant la deuxième guerre civile fut perçue comme une défaite personnelle. Durant des années, le clan Haftar a œuvré dans l’ombre par l’établissement d’alliances en internes. Les négociations en 2020 ont permis de placer dans le gouvernement d’unité nationale des ministres et conseillers originaires de la Cyrénaïque. En 2021, Haftar avait entamé des négociations avec Seif El Islam dans de le cadre de l’organisation des élections présidentielles. Par ailleurs, une visite officielle à Sebha lui a permis de rencontrer les représentants des Touaregs et Toubous dont Mabrouka Cherif. Celle-ci devait assurer le soutien d’une partie du Fezzan à Haftar. Lors de sa visite officielle au Niger, elle avait obtenu l’allégeance de certaines tribus Touaregs en plus du soutien du gouvernement de Mohamed Bazoum.
Dans le même temps, la stratégie d’unir les Touaregs et les Toubous permettraient de briser toute tentative de créer une région autonome voir un état indépendant. À noter que le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) œuvre depuis 1960 pour la reconnaissance d’un état. Cette situation explique en partie le rapprochement récent de Haftar avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger
Au niveau international, le clan Haftar a créé « des canaux diplomatiques » avec l’ensemble des pays y compris Israël et le Qatar. Malgré le refus de normaliser les relations avec Israël, les parties libyennes entretiennent des relations diplomatiques et économiques. Les instructeurs israéliens forment les forces de Haftar à travers des sociétés de sécurité basées aux Émirats ou en Europe, ce qui permet au gouvernement de l’Est de profiter des avancées technologiques militaires les plus récentes. En ayant Israël comme « allié et soutien », le clan Haftar pourrait bénéficier du soutien des États-Unis.
La Turquie allié naturel du gouvernement de Dbeiba a récemment reçu Saddam à Ankara. La récente alliance égypto- turque et l’accueil de d’Oussama Hammad au Caire constituent une nouvelle donne au sein de la sphère politique libyenne[23].
Le Parlement a d’ores et déjà annulé toutes les décisions prises par l’ONU. Au sein même du gouvernement de Dbeiba, des voix s’élèvent pour contester l’absence d’élections démocratiques ainsi que la gestion désastreuse du pays. Le renvoi du Président de la banque centrale libyenne accusé d’être responsable de la crise des liquidités n’a pas calmé la population.
Fatigués de treize ans de conflits, les Libyens souhaitent retrouver la Libye d’antan soit une nation souveraine débarrassée de toute ingérence étrangère et de groupes armés. Selon certains, Haftar est perçu comme une alternative à la situation actuelle, tandis que d’autres redoutent l’instauration d’un régime militaire.
La marche programmée de l’ANL sur Tripoli pourrait relancer une troisième guerre civile. Mais en coulisse, les représentants et « envoyés spéciaux » travaillent pour parvenir à un compromis.
Afin de prévenir la naissance d’une nouvelle guerre, le gouvernement de l’Est devra présenter une stratégie politique en accord avec les recommandations des Nations Unies. Pour préparer les élections présidentielles, il devra former un gouvernement d’Union de transition et une Constitution provisoire. Le gouvernement de Dbeiba serait donc obligé de capituler, ce qui permettrait d’éviter une guerre civile.
L’union du pays, l’affirmation d’une souveraineté nationale, le départ des troupes étrangères et des mercenaires, le désarmement des milices, la lutte contre l’immigration illégale, la sécurisation des frontières et la lutte contre les différents trafics[24] seront les principaux défis à relever par ce gouvernement d’Union nationale libyen[25].
Reste une inconnue dans cette nouvelle équation politique à savoir la réaction des milices, des islamistes dont Abdelhakim Belhadj ainsi que les kadhafistes qui suivent de près l’évolution de la situation.
[1] Comprendre le conflit libyen- Imen chaanbi https://www.youtube.com/watch?v=fJFWoVFRpFs
[2] Selon la loi militaire cette promotion est en violation de la loi n° (40) de 1974 sur le service dans les forces armées, en particulier de l’article (17) sur la promotion des officiers, qui fixe les conditions d’accès à un poste d’équipe.
[3] Khaled al-Montaser, professeur de relations internationales à l’Université de Tripoli
[4] Article publié début février par le groupe de réflexion Brookings
[5] Imad Jalloul, chercheur libyen en affaires politiques
[6] L’assassinat de Siraj Dagman, un défenseur des droits de l’homme à Benghazi, et l’arrestation en 2023 du politicien Fathi al-Baaja et de ses compagnons, pour s’être opposés à l’autorité de facto ou avoir montré une affiliation politique contre Haftar
[7] En février 2024, de grandes quantités de nouveaux billets de 50 dinars commencent à circuler dans l’est de la Libye
[8] https://libyaobserver.ly/inbrief/us-sanctions-russian-printer-goznak-libyan-currency-forgery
[9] En septembre 2023, des inondations dévastatrices ont frappé la ville de Derna après l’effondrement de deux barrages à la suite de fortes pluies. La catastrophe a fait plus de 10 000 morts et des milliers de disparus.
[10] Les forces de l’ouest de la Libye s’appuient également sur plusieurs bataillons, dont la brigade de la ville de Misrata, la 444e brigade de combat, la 555e brigade et la 111e brigade, en plus de la force militaire Zawiya, et directement sur des formations armées.
[11] Les russes demandent l’aménagement d’un port en eaux profondes à Benghazi ou à Tobrouk pour leurs navires militaires, et des facilités pour leurs troupes sur les aéroports de l’Est et du Sud libyens, escales sur la route des alliés de la Russie en Afrique subsaharienne”.
[12] Le Fezzan : un terrain de jeu pour les grandes puissances étrangères- https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7191472645740150784/
[13] Experts libyens
[14] Malgré la signature d’un accord entre l’Algérie et Tripoli, le passage reste fermé
[15] Un corridor avait été mis en place pour permettre l’exfiltration de l’épouse et les trois enfants de Kadhafi
[16] Mabrouka Sherif ex-chef amazone de Kadhafi et en charge des relations extérieurs pour le Conseil des Touaregs
[17] L’Algérie n’a pas été un acteur actif dans le dossier libyen
[18] La Sonatrach avait quitté en 2011, puis revenu en 2012 pour ensuite repartir en 2014. Elle avait mis ses activités en veille durant les deux guerres civiles libyennes
[19] Les premières études sur le terrain ont révélé que le champ pouvait produire 8200 barils de pétrole brut et 1700 mètres cubes de gaz naturel par jour
[20] Une profondeur de 8 500 pieds
[21] Une quarantaine de terroristes avaient pris d’assaut le complexe gazier de Tiguentourine. Ces actions avaient été menées par le terroriste Mokhtar Belmokhtar
[22] Communiqué du gouvernement algérien « « toutes les parties libyennes à faire preuve de sagesse, de retenue et de clairvoyance pour épargner à leur pays et à leur peuple les répercussions tragiques de la reprise des affrontements, dont les premières victimes seront tous les objectifs qu’elles recherchent et cherchent avec eux : trouver une solution pacifique à la crise, parvenir à la réconciliation entre les Libyens, réunifier les institutions, en particulier les institutions de sécurité, mettre fin aux ingérences étrangères, ainsi que l’ouverture d’une nouvelle ère de sécurité, de stabilité et de prospérité dans ce pays frère », selon le communiqué»
[23] Le chef du gouvernement en charge de la Chambre des représentant
[24] Les trafics de narcotrafiquant, humains, armes et contrebande
[25] Le programme DDR (démobilisation, désarmement et réintégration)
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Mrs Imen Chaanbi est consultante internationale en géopolitique et veille stratégique auprès des cabinets 5WE Consulting et Strategik IA. Cette experte passionnée par l’Afrique a contribué à la réalisation de projets dans plusieurs pays : Libye, Tchad, Niger, Cameroun, Maroc, Algérie, Tunisie, Togo, Bahreïn ou Arabie Saoudite.
Diplômée de la Sorbonne en droit des pays arabes et en droit des affaires internationales, elle est capable d’identifier, d’analyser les phénomènes géopolitiques et de maîtriser l’ensemble des enjeux politiques et diplomatiques liés aux phénomènes de la mondialisation.
Membre du collège académique au sein de l’Observatoire Géostratégique de Genève, cette conférencière intervient régulièrement auprès d’Instituts académiques et de Think Thank pour évoquer les enjeux géopolitiques, géoéconomiques et sécuritaires du continent africain. Considérée comme l’une des spécialistes des questions libyennes, elle a été la première française à intégrer l’Académie Internationale de Janzour. Elle par ailleurs rédigé les premiers ouvrages relatifs au marché libyen.
Secrétaire exécutive au sein de l’Organisation non gouvernementale Médiateurs Internationaux Multilingues, Imen Chaanbi est aussi auditrice à l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale.

