
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Le terrorisme du XXIe siècle ne se mesure plus seulement en coups de feu tirés ou en territoires occupés. Il se mesure désormais en vues, en partages et en capacité de pénétrer l’espace numérique. Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) l’ont compris mieux que quiconque : le champ de bataille ne se limite pas au désert du Borno ou aux rives du lac Tchad, il s’étend aussi aux écrans des smartphones.
Propagande 2.0
Les deux mouvements ont fait des réseaux sociaux – TikTok en particulier – une arme stratégique. Là où les gouvernements ne parviennent pas à fournir écoles, hôpitaux ou infrastructures, les jihadistes imposent leur communication : rapide, directe, calibrée pour séduire une jeunesse abandonnée. Les vidéos allient images de violence, chants religieux et récits épiques. Rien d’improvisé : tout est formaté pour maximiser l’impact émotionnel et viral.
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Quand la violence devient contenue
Chaque raid, chaque attaque, chaque exécution devient un message médiatique. L’objectif n’est pas seulement militaire mais narratif : construire un imaginaire qui compense la faiblesse logistique par la force symbolique. Dans ce sens, Boko Haram et ISWAP apparaissent plus modernes que leurs adversaires, capables d’utiliser la guerre comme spectacle et instrument de recrutement.
Le recrutement numérique
La pauvreté, le chômage massif et l’absence de perspectives politiques offrent un vivier immense. Sur TikTok, WhatsApp ou Telegram, les recruteurs promettent nourriture, protection, appartenance. Souvent, il ne s’agit pas d’argent, mais de dignité et de reconnaissance. Ainsi, villages et communautés entières finissent par soutenir logistiquement ou humainement les groupes armés, qui deviennent une alternative crédible à l’État.
La guerre de l’imaginaire
Cette guerre numérique a des effets géopolitiques considérables. Le jihad au Sahel n’est plus cantonné aux zones rurales : il touche désormais les grandes villes et même les diasporas africaines en Europe ou au Moyen-Orient. La « réseau cellulaire » jihadiste efface les frontières et redessine la carte du pouvoir.
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Le dilemme occidental
Face à ce défi, l’Occident hésite. Faut-il soutenir les gouvernements africains au risque de renforcer des régimes autoritaires ? Faut-il limiter les contenus extrémistes sans porter atteinte à la liberté d’expression ? Les plateformes oscillent, les messages jihadistes prolifèrent.
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Gouvernance jihadiste
Boko Haram et ISWAP ne sont pas seulement des milices : dans plusieurs zones, ils collectent des taxes, administrent la justice et distribuent des ressources. Leur propagande numérique montre qu’ils se présentent comme plus efficaces que des États faillis, fragiles ou absents.
Une guerre hybride
La « réseau cellulaire » n’est pas qu’une affaire de téléphonie. C’est le tissu social, économique et politique manipulé par les jihadistes, transformé en une arme hybride où les armes et la communication se renforcent mutuellement. Tant que cette toile ne sera pas rompue, le Sahel restera le théâtre d’une guerre sans fin, armée et symbolique, où Boko Haram et ISWAP ont prouvé une inquiétante capacité d’adaptation.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Ouvrages en italien
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