TRIBUNE – La souveraineté européenne n’existe pas !

Drapeau Européen en lambeau
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Julien Aubert

Longtemps honni, le mot « souveraineté » a été réhabilité par les proto-fédéralistes européens, au prix d’un oxymore : celui de la « souveraineté européenne ». 

Emmanuel Macron l’a popularisé dans son discours d’Athènes en 2017 : « Face à tous ces risques, je crois, avec vous, dans une souveraineté européenne qui nous permettra de nous défendre et d’exister, de nous affirmer dans ce monde bouleversé. » Autrement dit, à l’échelle du continent, la souveraineté retrouverait un sens qu’elle aurait perdu au niveau national. Une belle formule, mais une illusion. Trois exemples suffisent à démontrer que cette souveraineté européenne n’existe pas en pratique.

1/ Varsovie a tranché : pour sa première centrale nucléaire, elle a choisi… les États-Unis. L’accord a été signé en marge du 10e sommet de l’Initiative des Trois Mers, réunissant treize États d’Europe centrale et orientale. Une claque pour la France, principal constructeur de centrales en Europe. Plus ironique encore, ce choix découle d’un grief. Varsovie estime que le Pacte vert européen profite avant tout aux pays d’Europe de l’Ouest, déjà en avance dans les renouvelables et le nucléaire. La France, qui s’est battue pendant une décennie contre ce même Pacte pour préserver son industrie nucléaire, se retrouve doublement sanctionnée : marginalisée par Bruxelles, puis écartée par ses voisins. Côté militaire, même logique. La Pologne a déclaré en avril être prête à accueillir des missiles étrangers sous un « parapluie »… américain, ou à défaut, français. La France est ici un plan B — utile, mais secondaire — dans un contexte où Varsovie doute de la fiabilité de Washington.

À lire aussi : Tribune – Europe : Pour une nouvelle alliance d’États pleinement souverains !

2/ Un black-out massif a récemment frappé la péninsule ibérique. En cause : une surproduction d’énergies renouvelables, trop sensibles aux aléas climatiques. Ce sont les interconnexions électriques avec la France qui ont permis de stabiliser le réseau. Certains y verront un bel exemple de solidarité européenne. Ce serait oublier que ces interconnexions ont été initiées… en 1972, bien avant que l’Union européenne ne s’en mêle. L’UE n’est intervenue que tardivement, avec la mise en service en 2015 de l’interconnexion Baixas–Santa Llogaia, partiellement financée par ses soins. Dans le même temps, le Pacte Vert (Green Deal) européen — censé garantir une résilience énergétique — a fragilisé l’Espagne. Il repose sur une hypothèse irréaliste : le « foisonnement », soit l’idée que les énergies renouvelables se compensent à l’échelle du continent. En réalité, quand il n’y a ni vent ni soleil, il n’y a pas d’électricité. Heureusement que la France — malgré les assauts bruxellois contre son parc nucléaire — a pu prêter main-forte.

3/ Berlin a annoncé, en 2022, un plan de réarmement historique de 100 milliards d’euros. À quoi a-t-il servi ? À acheter américain. 10 milliards pour des F-35. 5,4 milliards pour des Eurofighters (produits à 33 % en Allemagne). Des hélicoptères lourds Chinook (Boeing) au lieu d’une solution européenne. Et pas un centime pour le Rafale. L’Allemagne est européenne… quand elle achète allemand. Le programme Eurofighter est présenté comme un symbole d’intégration européenne, mais il est surtout une coproduction industrielle où Berlin tient une position centrale (33 % du programme).

Ce tropisme américain n’épargne pas les institutions. 

L’Agence spatiale européenne (ESA) a dû confier à SpaceX le lancement de deux missions scientifiques, suite aux retards d’Ariane 6. Faute de lanceur européen, c’est la Falcon 9 américaine qui s’envole. 

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a confié à Microsoft Azure l’hébergement des données sensibles du projet DARWIN EU, malgré les inquiétudes liées au CLOUD Act, qui autorise théoriquement les États-Unis à accéder à ces données, même stockées en Europe. Ces décisions illustrent une dépendance technologique croissante vis-à-vis des géants américains, dans des secteurs aussi stratégiques que la santé ou le spatial.

Ces exemples convergent vers deux constats cruels : quand la solidarité européenne fonctionne, c’est souvent malgré Bruxelles. Quand elle échoue, les capitales européennes, comme des tournesols, se tournent vers Washington. L’« autonomie stratégique » européenne reste donc un slogan. Ce qui prime encore aujourd’hui, ce sont les réflexes nationaux… et l’ombre portée de l’Amérique.

À lire aussi : ENTRETIEN avec Olivier Crone – Des tentatives de reset russo-américain au risque de lâchage de l’OTAN et de l’UE par l’Administration Trump


#souverainete, #souveraineteeuropeenne, #autonomiestrategique, #ue, #europe, #macron, #pactevert, #energie, #defense, #varsovie, #pologne, #france, #allemagne, #nucleaire, #greenwashing, #centralesnucleaires, #espace, #esa, #spaceX, #cloudact, #microsoftazure, #europepuissance, #f35, #eurofighter, #rafale, #interconnexion, #blackout, #energiesrenouvelables, #bruxelles, #unionnationale, #technologiestrategique, #medicament, #darwineu, #santepublique, #geopolitique, #atlantisme, #defenseeuropeenne, #dependanceamericaine, #failleseuropeennes, #strategiepolitique

Retour en haut