TRIBUNE – La démocratie peut-elle se réinventer ?

Par Julien Aubert
Paradoxe. Lorsqu’en 2017 Emmanuel Macron accède à la présidence, il incarne un immense espoir démocratique. Une génération nouvelle arrive à l’Assemblée et au gouvernement, portée par l’énergie conquérante de ceux qui croient balayer l’« ancien monde ». Huit ans plus tard, la France se morfond dans un sentiment d’épuisement démocratique. Le président, tombé à 11 % dans les sondages, est jugé illégitime, au point qu’un ancien Premier ministre – celui-là même qu’il avait nommé – l’appelle à quitter le pouvoir pour mettre fin à la crise.
Le Premier ministre, sans majorité, partage cette illégitimité. Quant au Parlement, fragmenté, il ne parvient plus à faire entendre la voix d’un pays las… qui en vient à regretter ce même « ancien monde » qu’il avait voulu dépasser.
Au-delà du macronisme, c’est la démocratie elle-même qui vacille dans le monde entier. Aux États-Unis, Donald Trump a réveillé une ferveur populaire, mais au prix d’une fracture sociale et morale. Il a restauré le clivage que Macron prétendait abolir, sans pour autant faire renaître l’esprit civique.
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Le jeune essayiste Raphaël Doan l’a souligné : la France n’est plus, à proprement parler, une démocratie. Le peuple ne vote pas ses lois, les juges qui les interprètent ne sont pas élus, et le référendum est tombé en désuétude. J’ajouterais qu’en déplaçant à Bruxelles l’initiative d’une part croissante des textes, on ne sait plus très bien au nom de quel peuple l’on gouverne.
Or la démocratie repose sur un double principe : la soumission temporaire de la minorité à la majorité et, symétriquement, la protection des droits de cette minorité. Quand ni l’un ni l’autre ne sont respectés, le contrat civique se défait.
Deux fractures menacent aujourd’hui ce contrat : La démographie et l’économie
Sur le plan démographique, l’Occident est confronté à une immigration durable qui a implanté des minorités culturelles au cœur de l’Europe. Faut-il envisager qu’une minorité actuelle devienne demain majoritaire par le jeu électoral ? L’élection du nouveau maire de New York, qui a choisi de communiquer en partie en arabe pour s’adresser à ses électeurs, illustre cette évolution. À l’inverse, si ces minorités ont vocation à demeurer structurellement minoritaires, comment éviter que le débat démocratique sur les droits ne se transforme en compétition de revendications communautaires ? La question n’est plus théorique.
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Sur le plan économique, la mondialisation a dévitalisé la souveraineté. Le peuple habite un territoire, mais les décisions qui le concernent échappent à ses institutions : qu’il s’agisse de taxer les géants du numérique, de lutter contre la prédation en ligne ou de répartir la richesse, l’État démocratique agit sans prise réelle. De quoi débat un peuple privé de moyens d’action ? De symboles, de gestes, d’écume.
Aux États-Unis, la dynamique trumpienne a reposé sur la reconquête d’un pouvoir économique et industriel. Mais la France, affaiblie et désindustrialisée, en a-t-elle encore les moyens ?
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La réponse passe par la restauration de la souveraineté populaire : redonner au peuple la capacité d’agir et de décider. Cela suppose d’abord de rétablir une unité culturelle et civique, non par l’illusion d’une homogénéité ethnique, mais par la réactivation d’un projet commun – et la maîtrise de l’immigration. Cela suppose ensuite de recouvrer nos attributs de puissance : car c’est en retrouvant une assise économique solide que nous pourrons, à nouveau, peser sur le cours des choses.
La démocratie ne se réinvente pas en changeant de visage ou de procédure. Elle renaît quand une nation reprend conscience d’elle-même et retrouve, ensemble, le sens du bien commun.
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Julien Aubert est ancien député de Vaucluse, vice-président des Républicains et président d’Oser la France, mouvement d’inspiration gaulliste.
