TRIBUNE – Jeter l’argent par les fenêtres ou la diplomatie des largesses ! 

TRIBUNE – Jeter l’argent par les fenêtres ou la diplomatie des largesses ! 

Gâchis argents publiques
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Être riche, … ce n’est pas avoir de l’argent – c’est en dépenser » (Sacha Guitry). Telle est la qualité première que l’on doit reconnaître à notre plus jeune Président de la Cinquième République, notre Mozart de la finance ! L’homme qui dépense sans compter à coup de chèques en bois qu’il distribue aux quatre coins de la planète. L’homme n’est avare ni de ses mots ni de ses euros. Il a la générosité vissée au corps. Tel Saint-Martin de Tours, il est capable de partager avec les pauvres sa tunique qui s’apparente, malheureusement le plus souvent, à une tunique de Nessus. Nous avons, tous les jours que Dieu fait, des exemples tangibles de la générosité sans limite du Dieu Jupiter que le monde entier nous envie. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance régulièrement du précieux Journal Officiel de la République française (JORF), la bible de notre Douce France des farces et attrapes. On y fait toujours des découvertes étonnantes qui laissent pantois le lecteur attaché à la bonne tenue de nos finances publiques. Que peut-on conclure de cette lecture ludique ? Pendant qu’à l’Élysée on dépense sans compter, à Matignon, on radine sans compter.

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À l’Élysée, on dépense sans compter 

Voici ce que nous découvrons à la lecture du JORF daté du 29 janvier 2026 sous la rubrique « Décrets, arrêtés, circulaires », « Textes généraux », « Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères », texte n° 30 signé d’Anne-Marie Descôtes, secrétaire générale du Quai d’Orsay, en passe de prendre la tête de notre prestigieuse ambassade de France à Rome dans le somptueux locaux du Palais Farnèse[1] :

« Délégation est donnée à M. Julien BOUCHARD, administrateur de l’Etat du deuxième grade, secrétaire général de la conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises, pour signer, au nom du ministre des affaires étrangères, tous actes, arrêtés et décisions, à l’exclusion des décrets, dans la limite des attributions du secrétariat général de la conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises »[2].

Alors que la diplomatie française largo sensu ne joue plus le moindre rôle au pays du Cèdre et de la débandade de toutes sortes (sécuritaire, économique, financière, religieuse …), Paris se mêle de ce qui ne le regarde pas en allant organiser à grands frais et à bourse déployée une conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises. Un grand classique de la diplomatie de l’esbrouffe. De qui se moque-t-on au plus haut sommet de l’État ? D’une part, nous n’avons pas voix au chapitre au Liban mis en coupe réglée par le Hezbollah aux ordres des Mollahs iraniens. D’autre part, nous n’avons pas le moindre sou vaillant pour financer à fonds perdus pareille plaisanterie au coût faramineux. Qui plus est, qui peut nous expliquer dans quelle stratégie cohérente s’inscrit cette initiative baroque si ce n’est pour employer un diplomate sans affectation pérenne à court terme ? Pourquoi, dans ces conditions peu favorables, jouer les Don Quichotte alors que nous n’avons que des coups à prendre (de la part de l’Iran qui détient encore deux otages au chaud, d’Israël, qui n’a aucune confiance en Jupiter, des États-Unis de Donald Trump qui humilie notre Président aux lunettes d’aviateur[3] et sans le sou …) et aucun bénéfice concret à retirer de cette mascarade diplomatique ? La réponse est dans la question. Nous sommes confrontés au fait du prince dans ce qu’il a de plus irrationnel et de plus incompréhensible. Tout le monde le sait, la France éternelle sait toujours se montrer généreuses pour défendre les causes perdues alors que, du côté de Matignon, Sébastien Lecornu rappelle quotidiennement à l’ordre les ministères « dépensiers ».

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À Matignon, on radine sans compter 

Alors que nos vaillantes Armées sont à l’os, en dépit des promesses qui n’engagent que ceux qui les reçoivent, Jupiter leur confie une nouvelle mission impossible, le soutien aux forces armées libanaises. Vaste programme, aurait dit le facétieux Général de Gaulle ! Une question iconoclaste est dès lors posée. Comment faire face à toutes ces missions dont est surchargée la Grande muette qui n’en peut mais de jouer le rôle du couteau suisse ? Depuis quatre ans, c’est l’aide en toute sorte – qui commence à chiffrer et à peser sur le contribuable français – à l’armée ukrainienne pour plaire au comique de Kiev. Plus récemment, c’est l’engagement de nos troupes au Groenland pour tenir tête au malappris à la crinière jaune, engagement dont on ignore la durée et le coût du contrat. Et, aujourd’hui, c’est un orteil dans la pétaudière libanaise qui peut rapporter gros en ennuis à nos militaires (ils gardent en mémoire le nombre des leurs qui ont péri dans l’attentat du Drakkar le 23 octobre 1986) qui ont mieux à faire ailleurs et, pourquoi pas, sur le sol français si le besoin s’en faisait sentir. Nos forces de sécurité sont débordés sur le territoire national et nous nous payons le luxe de nous occuper des autres. Ne ferions-nous pas mieux de nous en tenir à l’adage populaire bien connu : chacun chez soi et les vaches seront bien gardées » ? Et, répétons-le dans un contexte d’importantes contraintes financières que le récent débat budgétaire a amplement démontré.

Pour la petite histoire qui rejoint souvent la grande, nous apprenons à la lecture du même JORF qu’une de nos sémillantes diplomates (elle est jeune, 48 ans, brillante, intrigante, experte des questions européennes, ayant déjà eu sa première ambassade – à Djibouti-, sa légion d’Honneur et tous les autres honneurs qui vont avec au titre de la bonne « diplomatie féministe ») vient de se faire confier le poste suivant après avoir exercé avec brio le secrétariat général de la dernière conférence des ambassadrices et des ambassadeurs du début de l’année 2026 :

« Mme Dana PURCARESCU, administratrice de l’Etat du deuxième grade, est nommée ambassadrice chargée de l’Indopacifique »[4].

Quelle va être son rôle concret, son utilité marginale alors qu’elle sera basée à Paris dans le couloir des ambassadeurs/drices dit thématiques inutiles (souvent hommes et femmes politiques recasées faute de mieux) qu’on occupe comme on le peut en inventant des missions aussi baroques qu’inutiles pour justifier le paiement de primes ? N’est-ce pas une fonction qui devrait être confiée à un officier général comte tenu de la dimension militaire de l’Indopacifique ? Combien coûte au contribuable français toutes ces facéties au moment où on lui demande de se serrer encore plus la ceinture pour boucler les fins de mois difficiles ? Bien évidemment, le peuple censé être souverain n’a surtout pas le droit de savoir. Il pourrait se rebeller. Qui sait ?

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Au diable l’avarice !

« Chez l’homme en particulier, il existe une autre cause d’avarice, l’orgueil, qui le porte à surpasser ses égaux en opulence et à les éblouir par l’étalage d’un riche superflu » (Thomas More, Utopia, 1516)N’est-ce pas ce mal, parmi tant d’autres, dont notre Mozart de la diplomatie serait frappé à l’insu de son plein gré et qui irait croissant avec le temps qui passe ? Nous avons la faiblesse de le penser à découvrir, jour après jour, ses inconséquences, ses incohérences, ses fanfaronnades … Avec cette diplomatique de gribouille du en même temps, on frise le ridicule si ce n’est le pathétique. Nous vivons au Royaume de l’invisible (pour les Candide) ultravisible (pour les Réalistes). Plus l’échéance de la fin du mandat présidentiel se rapproche, plus Emmanuel Macron semble désinhibé pour faire à sa guise ce que bon lui plait sans se soucier le moins du monde de l’intérêt bien compris de la France, en général et de sa situation financière catastrophique, en particulier. Telle est la morale de la fable jupitérienne qui pourrait s’intituler : jeter l’argent par les fenêtres ou la diplomatie des largesses !

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] Bella Ciao !, Le Canard enchaîné, 28 janvier 2026, p. 2.

[2] Décision du 26 janvier 2026 portant délégation de signature (secrétariat général de la conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises), JORF n° 0024 du 29 janvier 2026, texte n° 30.

[3] Jany Leroy, Macron à Davos : l’affaire des lunettes fumeuses rebonditwww.bvoltaire.fr , 29 janvier 2026.

[4] Décret du 28 janvier 2026 portant nomination d’une ambassadrice chargée de l’Indopacifique – Mme PURCARESCU (Dana), JORF n° 0024 du 29 janvier 2026, texte n° 65.


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