
Par David Saforcada
« La souveraineté n’est jamais acquise, elle se protège, se cultive, se réinvente ».
Cette formule, prononcée par François Lempereur lors de la troisième édition des colloques de Souveraine Tech à Saint-Malo, organisés de main de maître par son président-fondateur Bertrand LeBlanc-Barbedienne et ses équipes, le 12 septembre dernier, résume avec force un paradoxe contemporain : nous vivons dans des sociétés qui se croient libres mais dont les dépendances, souvent invisibles, fragilisent chaque jour l’avenir.
La souveraineté ne se décrète pas. Elle n’est pas un simple article constitutionnel, ni une idée abstraite que l’on brandit à chaque crise. Elle est une construction vivante, un effort constant, une vigilance de tous les instants. L’oublier, c’est s’exposer au risque de la perdre, parfois sans même s’en rendre compte.
Une souveraineté pluridimensionnelle
Pendant longtemps, la souveraineté a été pensée à travers le prisme militaire : protéger un territoire, garantir la sécurité de la population, défendre la nation face aux menaces extérieures. Cette dimension reste essentielle. Mais aujourd’hui, elle est loin de suffire.
Nos sociétés sont confrontées à une interdépendance inédite, où chaque domaine devient un champ de vulnérabilité potentiel. La souveraineté ne concerne plus seulement l’armée :
elle se joue dans notre indépendance énergétique, quand les tensions internationales nous rappellent la fragilité de nos approvisionnements ;
elle se joue dans la maîtrise de nos industries, alors que des pans entiers de notre production se sont délocalisés, au risque d’une dépendance structurelle ;
elle se joue dans la protection de nos données et de nos technologies, au moment où les géants numériques façonnent nos usages et nos imaginaires.
Celui qui maîtrise l’énergie, les flux financiers, les chaînes logistiques ou les algorithmes, exerce une domination bien plus décisive que celui qui aligne des divisions militaires. L’histoire de demain s’écrit déjà dans ces rapports de dépendance.
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Une souveraineté civique
Réduire la souveraineté à un enjeu d’État serait une erreur. La souveraineté ne vit pas seulement dans les institutions : elle s’incarne dans le lien qui unit la nation et ses citoyens.
C’est là une dimension trop souvent oubliée. Une société souveraine est une société où les citoyens se sentent coresponsables de leur avenir commun. La souveraineté n’a de sens que si elle est vécue comme un bien partagé, un horizon collectif.
Elle se mesure dans la capacité de chacun à s’engager : à protéger, à transmettre, à construire. Elle n’est pas seulement affaire de décideurs ou d’élites : elle exige la participation active du corps social tout entier. La souveraineté est un espace de citoyenneté.
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Une souveraineté indivisible
La souveraineté ne se fragmente pas. Elle est une et indivisible. On ne peut pas revendiquer une souveraineté économique tout en acceptant une dépendance numérique totale. On ne peut pas prôner l’indépendance énergétique tout en abandonnant sa production industrielle.
Chaque faille dans l’édifice affaiblit l’ensemble. Chaque renoncement partiel finit par menacer la totalité. La souveraineté impose une cohérence : elle exige de penser nos choix dans une vision d’ensemble, et non comme une addition de compromis sectoriels.
Mais cette indivisibilité va plus loin encore : elle engage aussi la responsabilité de chacun. La souveraineté ne peut pas être abandonnée aux seuls États, ni aux seules entreprises. Elle est l’affaire de tous. Elle appelle une mobilisation collective, une conscience partagée, une volonté commune.
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Une souveraineté tournée vers l’avenir
Défendre la souveraineté n’est pas un geste de repli. C’est une affirmation de liberté. C’est la volonté de choisir son destin plutôt que de le subir.
Trop souvent, le débat public associe souveraineté à nostalgie : revenir à un âge d’or mythifié, refermer les frontières, rejeter l’interdépendance. Mais la véritable souveraineté n’est pas un retour en arrière. Elle est un projet d’avenir.
Être souverain, c’est bâtir ensemble un futur commun. C’est faire le choix d’investir dans nos capacités, dans nos talents, dans nos industries, dans notre recherche. C’est refuser la facilité de la dépendance et affirmer que nous voulons être auteurs de notre propre histoire.
La souveraineté, ce n’est pas dresser des murs, c’est construire des fondations.
Une conscience à réveiller
Le colloque Souveraine Tech a rappelé combien il est urgent d’éveiller les consciences sur ces enjeux. Car le danger le plus grand n’est pas l’agression extérieure, mais l’indifférence intérieure.
Le général Marc Watin Augouard a souligné la métamorphose cybernétique que nous traversons. Emilie Bonnefoy a rappelé la réalité de la guerre hybride, où l’information, la perception et le numérique deviennent des champs de bataille. Bertrand Leblanc-Barbedienne a insisté sur la nécessité d’éveiller les consciences.
Ces voix rappellent une évidence : sans conscience collective, il n’y a pas de souveraineté possible. Car on ne défend que ce que l’on considère comme vital. Et l’on n’investit que dans ce que l’on croit digne d’avenir.
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Le choix d’un destin commun
Nous sommes à la croisée des chemins. Soit nous acceptons nos dépendances et nous nous habituons à vivre sous l’influence des autres. Soit nous faisons le choix de reconstruire une souveraineté pleine et entière.
Ce choix n’est pas seulement politique, il est civilisationnel. Il engage notre capacité à décider nous-mêmes de nos vies, de notre modèle social, de notre avenir.
Défendre la souveraineté, c’est refuser la résignation. C’est affirmer que l’avenir se construit, et qu’il se construit ensemble.
La souveraineté n’est pas un luxe. Elle n’est pas un slogan. Elle est la condition même de notre liberté. Et cette liberté, il nous appartient de la protéger, de la cultiver, de la réinventer.
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David Saforcada, est un ancien militaire des Troupes de Marine, formateur dans les métiers de la sécurité privée et membre de plusieurs associations souverainistes et patriotes. Il est actuellement Secrétaire général du Centre d’Études et de Recherches sur le Bonapartisme et Président du mouvement, L’Appel au Peuple.

