
Par Olivier d’Auzon
Le président Emmanuel Macron a entamé une visite d’État de 3 jours au Maroc, marquant une étape majeure dans la réconciliation entre les deux pays après des années de tensions diplomatiques. Mardi 29 octobre, devant le Parlement marocain, il a notamment réaffirmé le soutien de la France au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, adopté en juillet 2024. Ce soutien, aligné sur les positions des États-Unis, de l’Espagne et de l’Allemagne, consacre la reconnaissance par Paris de la souveraineté du Maroc sur ce territoire disputé.
Soutien de la France à la « souveraineté » marocaine
Lors de son discours, Emmanuel Macron a exprimé sa gratitude envers le roi Mohammed VI pour l’accueil chaleureux et a mis en avant les accords commerciaux signés entre les deux nations. « Le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine », a-t-il affirmé, ajoutant que cette position « n’est hostile à personne », en réponse aux critiques de l’Algérie, qui soutient le Front Polisario, mouvement indépendantiste sahraoui.
Pour mémoire, en juillet 2024, le président français a tenté de désamorcer les tensions en soutenant le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental, le qualifiant de « seule base » pour résoudre ce conflit. « Le présent et l’avenir du Sahara occidental font partie de la souveraineté marocaine », avait-il alors déclaré.
Le Maroc a salué ce soutien diplomatique, ayant déjà obtenu la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental en échange de la normalisation de ses relations avec Israël en 2020.
Malgré la position du Maroc, l’ONU considère toujours le Sahara occidental comme un « territoire non autonome » et maintient depuis 1991 une mission de maintien de la paix avec pour objectif d’organiser un référendum sur l’avenir de la région, une option que Rabat rejette systématiquement dès lors qu’elle inclut l’indépendance.
Opportunités économiques
La visite d’Emmanuel Macron devrait aussi ouvrir la voie à de futurs accords économiques. Le Maroc est l’une des principales destinations d’investissement français en Afrique, avec plus de 900 filiales françaises présentes dans le pays. Sur les 40 entreprises cotées au CAC 40, 33 sont actives au Maroc.
A ce titre, l’ingénierie française est bien représentée, avec notamment la société Egis qui prolongera la ligne de train à grande vitesse du Maroc de Kénitra jusqu’à Marrakech. De son côté, l’entreprise Engie, en partenariat avec la société marocaine Nareva, construit une usine de dessalement d’eau à Dakhla et développe un parc éolien dans la région.
Le Sahara marocain, doté d’importantes ressources en énergie solaire et éolienne, constitue une zone stratégique pour la croissance économique marocaine. Le pays s’oriente vers les énergies renouvelables et ambitionne de se positionner sur le marché de l’hydrogène vert.
L’Élysée a également annoncé de nouveaux investissements franco-marocains, estimés à dix milliards d’euros, dans des domaines clés, tels que le transport ferroviaire, les énergies renouvelables, l’eau et la transition énergétique.
La France et le Maroc ont conclu, à l’occasion de la visite d’État d’Emmanuel Macron à Rabat, des contrats et accords d’investissement dont le montant global atteindra « jusqu’à dix milliards d’euros », a annoncé la présidence française.
Plusieurs accords ont été signés dès le 28 octobre en présence du président français et du roi du Maroc. D’autres ont été signés le 29 octobre.
Ils concernent, on l’a dit, le secteur ferroviaire, les énergies renouvelables dont le Maroc entend devenir un champion, la transition énergétique ou encore la coopération en matière de connectivité énergétique.
Il est notamment prévu que le groupe français Egis participe à la réalisation du deuxième tronçon de la ligne de train à grande vitesse Tanger-Marrakech. Alstom va aussi y prendre part en négociant la fourniture de 12 à 18 rames de trains à grande vitesse, selon des sources concordantes. Le premier tronçon avait été inauguré par le roi et le président français en 2018.
Toujours sur le ferroviaire, le ministre français de l’Économie Antoine Armand a signé avec son homologue une déclaration d’intention portant sur des « facilités de financement » dans le secteur.
Par ailleurs, TotalEnergies a signé un accord pour le « développement de la filière hydrogène » vert au Maroc. Il a déjà conclu en mai un accord similaire avec la Tunisie en vue d’édifier un grand complexe de production et d’exportation d’hydrogène vert dans le sud du pays.
Engie et l’Office chérifien des phosphates ont, de leur côté, signé un accord de « partenariat dans la transition énergétique », dont les énergies renouvelables.
L’Agence Française de Développement va aussi aider la filière marocaine des phosphates à décarboner sa chaîne d’exploitation via un prêt de 350 millions d’euros.
Immigration et retour des migrants
La visite d’Emmanuel Macron pourrait également être l’occasion d’aborder les questions de politique migratoire et de visas. En 2021, la France avait réduit le nombre de visas accordés aux ressortissants de plusieurs pays du Maghreb, dont le Maroc, mais ces restrictions ont été levées en décembre 2022.
Le Maroc a récemment exprimé sa disposition à accepter le retour de ses citoyens entrés illégalement en Europe, bien qu’il ait critiqué les pays d’accueil pour les lenteurs dans les procédures de rapatriement. Certains députés français plaident pour une politique migratoire plus stricte après qu’un migrant marocain en situation irrégulière a été arrêté, suspecté du meurtre d’une jeune étudiante française de 19 ans le mois dernier.
Le suspect, qui avait déjà été condamné pour viol, avait fait l’objet d’un ordre d’expulsion, mais son renvoi a été retardé en raison de problèmes administratifs. Rabat a ensuite affirmé que la demande d’expulsion n’avait pas été correctement émise.
« Le Maroc est prêt, mais est-ce que l’autre partie l’est ? » a déclaré le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, lors d’une conférence de presse le 8 octobre 2024, ajoutant que Rabat n’avait « pas besoin de recevoir de leçons » sur la lutte contre l’immigration irrégulière.
Cette visite du Président français marque assurément une volonté de la France de renforcer ses liens avec le Maroc, un allié stratégique sur le continent africain dans un contexte de révision géopolitique et de rivalité accrue avec l’Algérie.
Face à la montée en puissance des banques marocaines en Afrique subsaharienne, les institutions françaises perdent progressivement leur influence dans une région où le Maroc s’affirme comme un acteur économique et diplomatique de premier plan.
Dans ce contexte, le rapprochement entre la France et le Maroc apparaît comme une réponse aux défis géopolitiques actuels, alors que Paris revoit sa stratégie en Afrique, notamment en raison de la guerre en Ukraine et de la montée des forces anti-occidentales. Avec sa stabilité, le Maroc joue un rôle de pilier dans une région maghrébine fragmentée.
Ce renforcement des relations franco-marocaines pourrait marquer un tournant pour la France en Afrique, en positionnant le Maroc comme un partenaire incontournable dans une région stratégique en pleine recomposition.
Le Maroc, avec le soutien de plusieurs puissances comme les États-Unis, l’Espagne et l’Allemagne, se positionne non seulement comme un acteur clé dans la géopolitique du Maghreb, mais aussi comme une force économique croissante en Afrique.
En effet, la montée en puissance des banques marocaines comme Attijariwafa Bank, BMCE Bank of Africa et Banque Centrale Populaire en Afrique subsaharienne met en lumière une restructuration du secteur bancaire africain, où les banques françaises, historiquement dominantes, sont de plus en plus remplacées par leurs homologues marocaines.
Cela reflète la volonté du Maroc de renforcer son rôle de pivot financier et diplomatique dans la région, exacerbant ainsi la rivalité avec l’Algérie, dont les ambitions sont limitées par sa dépendance aux hydrocarbures.
Le changement stratégique de la France
Le soutien renforcé de la France au Maroc s’inscrit dans le cadre d’une réévaluation stratégique à la lumière de la guerre en Ukraine.
L’ordre mondial multipolaire montre ainsi ses faiblesses, et la nécessité de solidifier les alliances devient cruciale pour contrer les nouvelles menaces globales.
Dans ce contexte, le Maroc s’impose comme un allié de premier plan, notamment en Afrique, où la France observe une réorientation de ses intérêts. Le retrait progressif des banques françaises d’Afrique et la montée en puissance des banques marocaines montrent également comment Rabat, en tant qu’acteur financier, gagne en influence sur le continent.
Le Maroc : un partenaire clef dans une région fragmentée
Dans ce paysage géopolitique transformé, le Maroc joue un rôle de stabilisateur. Seul pays stable du Maghreb, il occupe une position critique au milieu des crises régionales et des alliances mondiales changeantes.
Avec l’affaiblissement progressif de l’influence française dans certaines parties de l’Afrique, notamment à travers le secteur bancaire, le soft power marocain émerge comme un levier stratégique puissant. Cette influence se traduit par l’expansion des entreprises marocaines et de leurs investissements dans divers secteurs en Afrique, renforçant ainsi la place du royaume en tant que pivot économique.
Par conséquent, la décision de la France de renforcer son partenariat avec le Maroc est un élément clef d’une stratégie plus large pour contrecarrer les forces anti-occidentales dans la région et au-delà.
En somme, bien que les tensions régionales persistent, le Maroc apparaît de plus en plus comme un partenaire incontournable pour la France et d’autres puissances occidentales, non seulement pour sa stabilité politique
#Maroc, #FranceMaroc, #SaharaOccidental, #géopolitique, #EmmanuelMacron, #relationsinternationales, #diplomatie, #coopération, #investissements, #Afrique, #partenariat, #softpower, #hydrogènevert, #énergiesrenouvelables, #transitionénergétique, #CAC40, #Alstom, #Egis, #TotalEnergies, #Engie, #subsaharienne, #rivalitéalgérienne, #Maghreb, #stabilitépolitique, #économieafricaine, #bancassurance, #Attijariwafa, #influenceéconomique, #transitionénergétique, #multipolarité, #souveraineté

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
