
Par Olivier d’Auzon
Goma, capitale régionale de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), est à nouveau le théâtre de violences meurtrières. Depuis le 26 janvier 2025, les bruits sourds de l’artillerie et les éclats des tirs d’armes automatiques déchirent le ciel de cette ville de deux millions d’habitants, prise en étau entre l’avancée des rebelles du M23 et l’impuissance de l’État congolais.
Une offensive fulgurante
À l’aube du 27 janvier 2025, des colonnes de miliciens lourdement armés du Mouvement du 23 mars (M23) ont déferlé sur les rues désertées du quartier Keshero. En moins de vingt-quatre heures, appuyés par des renforts rwandais, les rebelles ont consolidé leur emprise sur Goma. Leur progression, inéluctable, a réduit les forces armées congolaises (FARDC) à une retraite désorganisée. Dans un communiqué triomphal, le M23 s’est félicité de la “libération de Goma“, promettant d’assurer “la paix et la sécurité” à la population.
Pour les habitants, ces déclarations sonnent comme une sinistre ironie. Goma, déjà marquée par une décennie de conflits intermittents, bascule à nouveau dans le chaos. Dans les quartiers les plus touchés, des familles terrorisées fuient, emportant quelques effets personnels. Sur les routes menant vers Sake ou Rutshuru, le flot de déplacés grossit à mesure que les combats se rapprochent, indique Tanguy Berthemet du Figaro.
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Un conflit au-delà des frontières
Derrière cette avancée militaire se dessine un conflit d’une complexité redoutable. Le M23, groupe armé officiellement démobilisé en 2013, a ressurgi en 2021, profitant des failles de l’État congolais et du soutien logistique de Kigali. Officiellement, le Rwanda nie toute implication, mais des rapports accablants, y compris des experts de l’ONU, révèlent un approvisionnement direct en armes et en munitions.
Cette guerre dépasse les rivalités ethniques et les promesses de stabilité clamées par les rebelles. Elle est avant tout économique. Le Nord-Kivu, riche en coltan, or et autres minerais stratégiques, attise toutes les convoitises. Ces ressources, essentielles pour les industries électroniques mondiales, nourrissent des réseaux illégaux transnationaux où milices armées, trafiquants et entreprises étrangères se croisent.
La communauté internationale spectatrice
Face à cette escalade, la communauté internationale semble paralysée. Depuis des années, la mission de l’ONU en RDC, la MONUSCO, est déployée pour maintenir la paix. Pourtant, son incapacité à protéger les civils et à contenir les factions armées suscite colère et désillusion. “La MONUSCO est une force d’observation, pas d’action“, déplore Jean-Bosco, militant des droits de l’Homme à Goma.
Les chancelleries occidentales, quant à elles, se bornent à multiplier les condamnations. À Paris, comme à Washington, on déplore “une crise régionale aux répercussions globales”. Pourtant, aucune initiative forte ne semble se profiler.
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La crise humanitaire : un drame dans le drame
Sur le terrain, les conséquences sont catastrophiques. Les camps de déplacés débordent déjà, avec des milliers de nouveaux arrivants chaque jour. L’accès aux besoins essentiels – eau potable, nourriture, soins médicaux – est dramatique. “Les infrastructures humanitaires sont au bord de l’effondrement”, alerte un responsable de Médecins Sans Frontières.
Dans Goma elle-même, la situation se dégrade. Le pillage des commerces, les affrontements sporadiques entre civils et miliciens, et la peur omniprésente créent un climat d’anarchie totale.
Une paix impossible ?
Le président congolais Félix Tshisekedi appelle désespérément à une solution politique. “Le dialogue est la seule voie pour sortir de cette impasse”, a-t-il déclaré lors d’un discours à la nation. Mais les négociations orchestrées par la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC) peinent à aboutir, paralysées par des divergences profondes entre Kinshasa et Kigali.
En l’absence de solutions concrètes, l’avenir reste sombre pour Goma. La ville, autrefois symbole de résilience face aux violences, est aujourd’hui une poudrière, reflet tragique des fractures historiques de l’Est congolais. Pour ses habitants, l’horizon est bouché par l’ombre des miliciens, les répercussions d’intérêts géopolitiques divergents et le spectre d’une guerre sans fin.
Goma est tombée. Mais la bataille pour le Nord-Kivu, elle, ne fait que commencer.
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Une escalade inquiétante et des implications internationales
Les tentatives de médiation pour résoudre ce conflit ont jusqu’ici échoué. L’intensification des violences a poussé plusieurs pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, à exhorter leurs ressortissants à quitter Goma en urgence. L’implication supposée de 3 000 soldats rwandais aux côtés du M23 a alarmé la communauté internationale.
Kinshasa, confrontée à une armée affaiblie, a dû compter sur des milices locales et des mercenaires, possiblement affiliés au groupe russe Wagner. Les pertes humaines s’accumulent, incluant des officiers de haut rang comme le général Peter Cirimwami, gouverneur du Nord-Kivu, tué le 23 janvier 2025.
Malgré l’autorisation de déploiement de troupes par des pays voisins (Kenya, Tanzanie, Ouganda, Burundi), ces efforts peinent à endiguer la progression des rebelles. L’ONU, par la voix de son secrétaire général Antonio Guterres, a exprimé sa préoccupation mais n’a émis qu’un communiqué dénonçant les violations de la souveraineté congolaise, sans mentionner explicitement le Rwanda.
Réactions internationales contrastées
La France, par l’intermédiaire du président Emmanuel Macron, a appelé à la cessation immédiate des hostilités et au retrait des forces rwandaises, mais son influence reste limitée. En revanche, la Turquie s’est positionnée comme un acteur émergent, proposant son aide pour résoudre la crise, témoignant de son ambition croissante en Afrique.
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Un dangereux précédent historique ?
La prise de Goma fait écho à des épisodes passés, notamment la chute de Mobutu Sese Seko en 1997, renversé par Laurent-Désiré Kabila avec le soutien du Rwanda. Aujourd’hui, la RDC semble revivre une période de turbulences similaires. Certaines factions de l’armée congolaise auraient même rejoint les rangs du M23.
Alors que Félix Tshisekedi a écourté sa participation au Forum de Davos pour revenir d’urgence à Kinshasa, l’avenir de son gouvernement paraît incertain. Le rappel du personnel diplomatique congolais depuis Kigali marque une rupture nette entre les deux pays.
Les prochains jours s’annoncent décisifs pour la RDC, un pays pris dans un engrenage de conflits alimentés par des convoitises économiques et des tensions historiques.
Depuis son indépendance en 1960, ce géant d’Afrique continue de subir les répercussions d’une instabilité chronique, exacerbée par des ingérences extérieures et des rivalités régionales
Après l’assaut dévastateur des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, sur la ville de Goma à l’est de la RDC, un sentiment d’abandon envahit la population congolaise. Beaucoup se sentent trahis par les pays européens traditionnellement considérés comme des alliés. À Kinshasa, la colère gronde. Depuis l’aube, des manifestants ont pris pour cible plusieurs ambassades étrangères : celles de la France, des États-Unis, de la Belgique et, sans surprise, du Rwanda. Dans cette dernière, des coopérants étrangers non rwandais étaient encore présents lorsque les troubles ont éclaté.
Le coup porté par Kigali à la RDC a ébranlé un pays déjà fragilisé par des décennies de conflits et d’instabilité. Une question brûlante reste en suspens : que fera la communauté internationale ? La réponse semble, pour l’heure, se perdre dans le vide. Peu d’actions concrètes sont attendues, et cette inertie risque d’avoir des conséquences lourdes.
Le spectre d’un désengagement stratégique des puissances occidentales plane désormais sur l’Afrique centrale, à l’instar de ce qui se joue en Afrique de l’Ouest. Cette crise pourrait bien marquer la fin d’un positionnement privilégié sur le continent, laissant la voie libre à d’autres influences, et plongeant un peu plus la région dans l’incertitude.
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Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

