
Par Alexandre Raoult
La nouvelle est tombée comme un couperet : ce lundi 6 octobre 2025, Sébastien Lecornu a présenté sa démission au président de la République. À peine un mois après son entrée à Matignon, le plus jeune Premier ministre de la Ve République quitte le navire, invoquant ainsi « l’impossibilité de gouverner dans des conditions dignes de la Constitution ». Une phrase polie, mais non sans être lourde de sens. Car derrière cette formule se cache une vérité plus brutale : la France est ingouvernable.
En quelques semaines, Lecornu s’est retrouvé broyé par le système : une majorité éclatée, un président isolé, un Parlement fracturé et des partis incapables de s’entendre… Ce gouvernement n’aura été qu’un sursis dans un régime qui ne sait plus fonctionner. Sa chute ne fait que confirmer ce que beaucoup pressentaient alors depuis longtemps comme une fatalité : la Ve République est entrée dans sa phase terminale.
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Du délitement politique à la paralysie du régime
Tout a commencé avec l’érosion du bloc central, ce même corps qui a porté Emmanuel Macron au pouvoir en 2017. Cette fameuse promesse de « dépasser les clivages droite-gauche » a fini par dissoudre toute cohérence politique. À force de rassembler tout le monde, on ne représente plus personne.
Aujourd’hui, le pays est coupé en trois blocs : le Rassemblement National, ancré dans les classes populaires et la France périphérique ; le Nouveau Front Populaire, qui incarne une gauche idéologique, électoraliste et contestataire. Pour finir, nous avons le bloc présidentiel, fatigué, déconnecté, vidé de sa base sociale et populaire. Entre ses trois blocs, plus rien ne circule : ni confiance, ni dialogue, ni vision, ni espoir commun.
Le président, pourtant censé être « le garant de l’unité nationale », n’est plus qu’un arbitre fatigué d’un match qu’il a lui-même faussé. L’article 5 de la Constitution dit pourtant que le chef de l’État « assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et la continuité de l’État ». Mais comment le pourrait-il quand il ne contrôle plus ni le Parlement, ni l’opinion, ni même sa propre majorité ? L’hyperprésidence voulue par Macron a fini par étouffer le système qu’elle prétendait pourtant dominer. La Ve République, bâtie pour un exécutif fort, n’a plus ni la légitimité ni la stabilité pour gouverner.
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Le spectre des IIIᵉ et IVᵉ Républiques
Cette situation, les manuels d’histoire nous la racontent déjà . Sous la IIIᵉ République, les gouvernements se succédaient à une vitesse folle : parfois trois en une seule année. Les alliances se faisaient et se défaisaient au gré des humeurs du Parlement, jusqu’à l’effondrement final en 1940.
La IVᵉ République, née après de l’après-guerre, n’a pas fait mieux : vingt-quatre gouvernements en douze ans, chacun plus fragile que le précédent. La guerre d’Algérie n’as fait que de l’achever, ouvrant alors la voie au retour du général de Gaulle. Créant ainsi la Constitution de 1958, celle-là même que nous vivons encore aujourd’hui.
Mais à force d’être tordue, instrumentalisée et personnalisée, cette Constitution a perdu son équilibre. Ce qui devait être alors un régime fort est devenu un régime impuissant. Où l’autorité n’existe plus, où le président règne sans gouverner et où les gouvernements tombent avant même d’avoir agi. En un mot : la Ve République est en train de mourir de la même maladie que ses devancières, celle de l’instabilité et du désenchantement.
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Les scénarios possibles : Entre impasse et illusion
Face à cette crise, plusieurs portes de sortie sont théoriquement ouvertes, mais aucune ne mène vraiment à l’apaisement.
La première, la plus évidente, serait la dissolution de l’Assemblée nationale. Mais tout le monde sait qu’elle ne changerait rien. Les rapports de force sont figés : le RN progresserait, la gauche se renforcerait un peu et le bloc macroniste s’effondrerait encore davantage. À la fin, le résultat serait donc le même : aucune majorité, aucun projet commun, aucune issue durable. Sans réforme du mode de scrutin, tels que l’introduction d’une dose de proportionnelle, les Français retourneraient voter pour rejouer la même impasse jusqu’en 2027…
Deuxième hypothèse : la formation d’un gouvernement d’union nationale ou d’alternance. Mais qui pourrait bien le diriger ? Qui pourrait réunir à la fois le RN et la NUPES autour d’une table ? Personne. Ce scénario, déjà testé par Lecornu, est mort-né.
Troisième option : un retour du bloc central, encore une fois. Un nouveau Premier ministre, choisi parmi les fidèles du président, pour tenter de « tenir » quelques mois de plus, le temps de faire voter un dernier budget. Mais cela reviendrait à prolonger l’agonie. Ce bloc, vidé de son sens, n’existe pour ainsi dire « plus que par inertie ».
Reste enfin la possibilité d’un changement de régime, une refonte institutionnelle. Certains y voient une opportunité historique : celle de repenser les équilibres du pouvoir, d’introduire plus de proportionnelle, ou même d’écrire une nouvelle Constitution. Mais là encore, tout dépend de qui en serait l’auteur. En 1958, c’était le général de Gaulle. En 2025, ce serait Emmanuel Macron… un homme qui a construit toute sa politique sur l’intégration européenne et la trahison des intérêts nationaux. On peut donc craindre qu’une nouvelle Constitution écrite aujourd’hui ne soit qu’un texte technocratique, destiné à arrimer définitivement la France à Bruxelles plutôt qu’à restaurer sa souveraineté.
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La France affaiblie sur la scène mondiale
Cette crise institutionnelle n’est pas qu’un problème intérieur. Elle affaiblit la France sur tous les plans.
Diplomatiquement, Paris a perdu sa voix. Ses partenaires ne l’écoutent plus. En Europe par exemple, Berlin dicte la politique économique, Bruxelles impose la norme, et Washington fixe la ligne stratégique.
Économiquement, la France recule. Les agences de notation la surveillent de près, la croissance stagne, la dette explose. Et à chaque secousse politique, les investisseurs étrangers s’éloignent un peu plus de nous.
Symboliquement enfin, la France, jadis modèle de stabilité, de culture et de puissance diplomatique, apparaît désormais comme une démocratie fatiguée, incapable de se réformer sans se fracturer.
Dans ce contexte, la crise du gouvernement Lecornu n’est pas seulement française : elle a des conséquences géopolitiques fortes. Car une France instable, c’est une Europe affaiblie, et un Occident plus fragile encore.
Vers un nécessaire sursaut souverainiste
On aurait tort de voir dans cette démission une simple péripétie politique. C’est le signe d’une fatigue plus profonde : celle d’un pays qui ne croit plus en ses institutions, qui ne se reconnaît plus dans ses dirigeants, et qui sent confusément que quelque chose d’essentiel lui échappe.
La Ve République a été bâtie pour assurer la continuité de l’État. Aujourd’hui, elle peine à assurer la continuité du gouvernement lui-même. Nous sommes aujourd’hui arrivés au bout d’un cycle. Comme en 1958, la France doit choisir : ou bien elle se réinvente, ou bien elle s’effondre dans des querelles internes.
Mais cette refondation ne pourra venir que de ceux qui croient encore à la France souveraine. Non des technocrates de Bruxelles, non des apparatchiks de partis, mais bien d’hommes et de femmes libres, capables de remettre la nation au centre de tout. La souveraineté n’est pas un mot d’hier : c’est la condition même de notre avenir et de notre survie en tant que peuple et en tant que nation.
En définitive, la chute du gouvernement Lecornu restera peut-être dans l’histoire comme le moment où la Vème République s’est regardée dans le miroir et n’a plus sue reconnaitre son visage.
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Alexandre Raoult est étudiant en master dans une grande école de commerce à La Rochelle. Photographe indépendant et jeune passionné de géopolitique, il s’intéresse également à l’histoire et à la satire politique. Il a intégré l’équipe du Diplomate média
en tant que rédacteur en mars 2025.

