
Par Olivier d’Auzon
À Antananarivo, la mobilisation ne faiblit pas. Le 30 septembre 2025, des milliers de manifestants ont envahi un quartier central de la capitale, franchissant une limite qu’ils n’avaient pas encore atteinte depuis le début des manifestations le 25 septembre. Aux cris de « Miala Rajoelina ! » — « Rajoelina, dégage ! » —, la foule dense a défié les forces de sécurité, appuyées par un véhicule blindé et des tirs nourris de gaz lacrymogènes.
Cette démonstration de force s’est produite au lendemain de l’annonce par le président Andry Rajoelina de la dissolution de son gouvernement, un geste censé apaiser la colère populaire mais jugé insuffisant par les protestataires.
« Une petite bataille a été gagnée puisque le président a dissous son gouvernement », déclarait Masova, militante de 30 ans, qui comme beaucoup préfère garder l’anonymat par peur de représailles. Mais elle prévenait sur les réseaux sociaux : « La lutte ne s’arrête pas tant que les objectifs ne sont pas atteints. » Ce mouvement de la génération Z, né de la lassitude face aux coupures incessantes d’eau et d’électricité, a pris une dimension politique plus large. Dans le quartier central d’Ambohijatovo, les slogans exigeant le départ du chef de l’État résonnaient sans relâche.
À lire aussi : ANALYSE – Dans le sillage du Président : Les éclaireurs de la
22 morts et plus d’une centaine de blessés
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au moins 22 personnes ont été tuées et plus de 100 blessées depuis le début du soulèvement.
L’ONU accuse les forces de sécurité d’avoir tiré sur des manifestants et des passants, et fait état de victimes lors de pillages et de violences généralisées. Le ministère malgache des Affaires étrangères conteste toutefois avec vigueur ces chiffres, affirmant qu’ils reposent sur des rumeurs.
Les protestataires s’organisent méthodiquement en ligne, diffusant des consignes pour venir équipés d’eau, de masques, d’ombrelles et de batteries afin de documenter en continu les rassemblements. L’Ordre des avocats de Madagascar a dénoncé de « graves et répétées violations des droits de l’Homme et du droit de la défense ». Le principal syndicat de la société nationale de distribution d’eau et d’électricité a annoncé une grève générale, élargissant encore la contestation.
« Nous voulons vraiment le changement, l’État de droit et la justice pour tous. Ce n’est plus seulement un mouvement de la génération Z », insistait Masova, représentative d’une mobilisation où les femmes sont très présentes.
À lire aussi : ANALYSE – La Gen Z embrase le Maroc : La colère d’une jeunesse
« Le président fait partie d’un système corrompu »
Les excuses publiques de Rajoelina, diffusées le 29 septembre à la télévision, n’ont pas convaincu. Pire, sa proposition d’envoyer des candidatures pour les postes ministériels par courrier, email ou LinkedIn a suscité sarcasmes et moqueries. « Le président fait partie d’un système corrompu », dénonçait un ingénieur agronome de 30 ans.
Âgé de 51 ans, ancien maire de la capitale, Andry Rajoelina est un habitué des crises politiques. Propulsé au pouvoir par l’armée en 2009 après un soulèvement transformé en coup d’État, il gouverna jusqu’en 2014, puis revint par les urnes en 2018 et en 2023 lors d’une élection très contestée.
Mais cette fois, la rue est déterminée à ne pas se contenter de réformes superficielles : la génération Z et ses alliés exigent une rupture profonde avec le système qui maintient l’île, riche de 32 millions d’âmes, dans une pauvreté aggravée par les chocs climatiques et l’instabilité chronique.
Dans l’air épais d’Antananarivo comme dans les places de Fianarantsoa, de Toamasina, de Mahajanga, d’Antsiranana et de Tulear, parmi les grenades qui éclataient et les slogans qui roulaient comme des tambours, on sentait qu’il ne s’agissait plus seulement d’un gouvernement à renverser.
C’ést un système entier que la génération Z veut abattre. Et dans leurs yeux brûlants se lisait cette conviction des peuples en marche : qu’aucune armée, aucun président, ne peut arrêter longtemps la vague d’une jeunesse décidée à écrire son propre destin.
Pour les manifestants, ce n’est plus seulement le départ d’un gouvernement qui est en jeu, mais l’avenir même de Madagascar.
À lire aussi : Mobilisation Générale Jeunesse : Évitez ce Cauchemar Effroyable
#Madagascar, #Antananarivo, #Rajoelina, #GénérationZ, #RévolutionZ, #CrisePolitique, #ManifestationsMadagascar, #MialaRajoelina, #JusticePourTous, #DroitsDeLHomme, #CoupuresÉlectricité, #CoupuresDEau, #JeunesseEnColère, #ChangementPolitique, #SoulèvementPopulaire, #DictatureModerne, #RéformeInsuffisante, #GrèveGénérale, #InsurrectionCivile, #DémocratieAfricaine, #ViolencesPolicières, #CriseSociale, #CorruptionÀMadagascar, #RévolteDesJeunes, #ÉtatDeDroit, #MobilisationCitoyenne, #MadagascarDebout, #Répression, #LibertéPourMadagascar, #JusticeSociale, #GouvernementDissous, #RevendicationsPopulaires, #ChangementDeRégime, #OppositionZ, #CriseÉnergétique, #RévolutionEnMarche, #SoulèvementNational, #MadagascarEnLutte, #RépressionSanglante, #InsurrectionGénérationZ

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

