ANALYSE – L’Iran sous pression : Les oppositions et les voix dissidentes face à la théocratie

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Dans l’ombre du régime des mollahs, l’Iran bouillonne de forces contestataires, des courants disparates qui, malgré leur fragmentation, défient l’ordre théocratique d’Ali Khamenei. Ces mouvements, qu’ils soient laïcs, islamistes, ethniques ou monarchistes, forment un kaléidoscope d’opposition où se mêlent espoirs de démocratie et risques d’escalade.
Le 1er juillet 2023, à Auvers-sur-Oise, près de Paris, le « Sommet mondial pour un Iran libre » a réuni des figures politiques internationales, de Mike Pence à Joe Lieberman, pour soutenir un changement de régime. Au cœur de cet événement, Maryam Rajavi, leader du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) et du Mujahedin-e Khalq (MEK), incarne une opposition qui gagne en influence, mais qui suscite aussi les foudres de Téhéran. Dans un style narratif et critique, à la manière de Fulvio Scaglione, explorons ces voix dissidentes, leurs ambitions et les dangers qu’elles affrontent dans un Iran au bord du précipice.
Une mosaïque d’oppositions : La Rébellion intérieure
L’Iran, derrière la façade monolithique du régime, est un pays fracturé par des courants d’opposition aussi divers que déterminés. Le Mouvement vert, né des protestations de 2009 contre les fraudes électorales, continue d’inspirer les aspirations démocratiques, notamment chez les jeunes. Dans le Baloutchistan, Jundallah, un groupe rebelle, mène une lutte armée contre le pouvoir central, tandis que les Kurdes, dans leurs régions montagneuses, poursuivent leur quête d’autonomie. Les Azéris, les monarchistes nostalgiques du Shah, le Parti communiste ouvrier et divers groupes laïcs ou islamistes forment un tableau hétéroclite, souvent désuni, où chaque faction lutte pour ses propres idéaux. Pourtant, un acteur domine ce paysage : le Mujahedin-e Khalq (MEK), ou Organisation des Mojahedins du Peuple d’Iran, considéré par beaucoup comme la force d’opposition la plus structurée et influente.
Fondé dans les années 1960 avec une idéologie mêlant islam et marxisme, le MEK a évolué depuis ses origines controversées. Autrefois perçu comme un groupe combattant par l’Occident, il s’est repositionné comme un mouvement prônant une démocratie laïque, sous la houlette de Maryam Rajavi. Cette transformation, bien que scrutée avec méfiance, a attiré un soutien croissant à l’international, comme en témoigne le sommet d’Auvers-sur-Oise.
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Un sommet pour la Liberté : L’écho international
Le 1er juillet 2023, le « Sommet mondial pour un Iran libre » à Auvers-sur-Oise a marqué un tournant. Des figures de premier plan, comme l’ancien vice-président américain Mike Pence, l’ex-conseiller à la sécurité nationale John Bolton, ou encore Joe Lieberman, architecte du Department of Homeland Security, y ont pris la parole. Des personnalités britanniques, comme Liam Fox et John Bercow, et canadiennes, comme Stephen Harper, ont rejoint cet élan bipartisan, mêlant conservateurs et progressistes dans un rare consensus : le régime iranien est une menace, et son renversement devient une priorité. Ce rassemblement, loin d’être anodin, reflète une convergence croissante des élites occidentales autour de l’opposition iranienne, en particulier le MEK.
Maryam Rajavi, descendante de la dynastie Qajar qui régna jusqu’en 1925, a été la figure centrale du sommet. Dans son discours, elle a qualifié le renversement du régime de « inévitable », dénonçant la misogynie des mollahs et les sacrifices des femmes iraniennes, colonne vertébrale du MEK. Son message, mêlant ferveur religieuse et plaidoyer pour une séparation entre mosquée et État, a résonné auprès d’un auditoire international. Mike Pence, qui avait rencontré Rajavi en Albanie en 2022, a affirmé que « aucun régime oppressif ne peut durer éternellement », tandis que John Bolton, cible déclarée de Téhéran, a dénoncé les opérations de guerre hybride du régime, y compris des tentatives d’assassinat contre des officiels américains. Sa prédiction – « Dans un an, nous serons à Téhéran » – traduit une audace qui, bien que rhétorique, souligne l’urgence ressentie par l’opposition.
Les jeux géopolitiques : Un régime sous tension
Le régime iranien, confronté à des pressions internes et externes, joue une partie complexe. L’invasion russe de l’Ukraine en 2022 a bouleversé les calculs de Téhéran, qui espérait un boom de la demande européenne pour ses hydrocarbures. Cette opportunité manquée a poussé le régime à intensifier son programme nucléaire, utilisant l’enrichissement de l’uranium comme levier dans les négociations avec l’Occident, notamment avec Paris et Washington. Parallèlement, l’Iran renforce ses liens avec la Russie, la Chine et Cuba, formant une alliance « dual-use » qui inquiète les chancelleries occidentales. Cette convergence, couplée à la redistribution du pouvoir à Moscou entre services secrets, armée et oligarques énergétiques, amplifie la menace globale que représente Téhéran.
Le sommet d’Auvers-sur-Oise a révélé un alignement bipartisan aux États-Unis, où démocrates et républicains, comme Lindsey Graham, Bob Menendez et Richard Blumenthal, s’accordent sur la nécessité de contrer l’Iran. Une proposition de loi exige que la National Intelligence alerte le Congrès si l’Iran dépasse un seuil d’enrichissement d’uranium de 60 %, un niveau déjà franchi selon l’AIEA. Cette défiance croissante envers les pourparlers avec Téhéran, illustrée par l’opposition à l’accord négocié en Oman, reflète un durcissement de la position américaine, en phase avec les préoccupations d’Israël, qui voit dans l’Iran une menace existentielle.
Les Pasdarans : L’épée du Régime
Face à cette opposition grandissante, le régime s’appuie sur les Pasdarans, le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique, véritable pilier de sa survie. Classés comme organisation terroriste par les États-Unis en 2019 pour leur rôle dans le financement et la promotion du terrorisme d’État, les Pasdarans opèrent comme une force hybride, mêlant opérations militaires, intelligence et influence économique. Leur présence, y compris en Europe et en Italie, où ils sont soupçonnés d’activités clandestines, en fait une menace globale. Leur structure, semblable à celle des services spéciaux russes, leur permet d’orchestrer des campagnes de désinformation, de sabotage et d’attentats pour contrer les dissidents, en particulier le MEK.
Le régime iranien a tenté de discréditer le MEK, notamment lors de la visite de Maryam Rajavi à Rome, où elle était invitée par la Fondation Luigi Einaudi. Cette campagne de désinformation vise à maintenir l’image d’un mouvement radical, occultant son évolution vers un projet démocratique. Pourtant, le MEK, sous la direction de Rajavi, prône une séparation claire entre religion et politique, une vision qui séduit de plus en plus en Occident, mais qui expose ses membres à des risques croissants, notamment d’attaques orchestrées par les Pasdarans.
Un avenir incertain : Entre espoir et menace
Le soutien international au MEK, symbolisé par le sommet d’Auvers-sur-Oise, marque un tournant. L’influence de Maryam Rajavi, femme musulmane défendant une démocratie libérale, croît à mesure que le régime s’affaiblit face aux pressions économiques et sociales. Mais cette dynamique n’est pas sans danger. Le durcissement de la position occidentale, porté par des figures comme Mike Pompeo et Liz Truss, qui ont dénoncé tout nouvel accord nucléaire comme une « calamité », pourrait provoquer une escalade. Le régime, acculé, risque de répondre par une intensification du terrorisme, via les Pasdarans, ou par une posture encore plus agressive sur la scène régionale.
Dans ce jeu d’ombres, l’Iran se trouve à un carrefour. Les mouvements d’opposition, bien que fragmentés, incarnent un espoir de changement, porté par des figures comme Rajavi et soutenu par une coalition internationale improbable. Mais le régime, fort de ses Pasdarans et de ses alliances avec des puissances autoritaires, ne cédera pas sans lutte. Entre la menace d’un conflit régional et l’aspiration à une république démocratique, l’avenir de l’Iran reste suspendu, tel un funambule sur une corde raide, dans un Moyen-Orient où chaque pas peut changer la donne.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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