ANALYSE – Le Burkina Faso, le Mali et le Niger quittent la Cedeao : Une décision aux lourdes conséquences 

ANALYSE – Le Burkina Faso, le Mali et le Niger quittent la Cedeao : Une décision aux lourdes conséquences 

lediplomate.media — imprimé le 08/02/2025
le drapeau du Mali, du Niger et du Burkina Faso flottant au vent
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’auzon

Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) marque un tournant historique dans les relations diplomatiques et stratégiques de la région. Après des mois de tensions croissantes, les trois pays dirigés par des juntes militaires actent leur rupture avec une organisation qu’ils considèrent comme partiale et inefficace face à leurs problèmes internes, notamment la lutte contre l’insécurité et les ingérences extérieures.

Une rupture inévitable

L’événement décisif menant à ce départ remonte à juillet 2023, lorsque la Cedeao a menacé d’intervenir militairement au Niger pour restaurer le président Mohamed Bazoum, renversé par un coup d’État. Cette menace, couplée à de lourdes sanctions économiques imposées à Niamey, a cristallisé le ressentiment des nouvelles autorités nigériennes ainsi que de leurs homologues burkinabés et maliens. Ces derniers ont perçu l’attitude de la Cedeao comme une ingérence intolérable dans leur souveraineté nationale.

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Le président de la Commission de la Cedeao, Omar Alieu Touray, a toutefois affirmé que l’organisation restait ouverte au dialogue, appelant à des discussions techniques pour formaliser le retrait. Cette posture traduit la volonté de maintenir des relations pragmatiques, évitant une rupture brutale qui pourrait accentuer les tensions régionales.

Les conséquences du retrait

Avec ce retrait, la Cedeao passe de 15 à 12 membres, affaiblissant ainsi son poids géopolitique. Toutefois, l’organisation a prévu des mesures transitoires : les citoyens des trois pays sortants pourront continuer à utiliser leurs passeports et cartes d’identité arborant le logo de la Cedeao, et le commerce de biens et de services pourra se poursuivre selon les protocoles en vigueur. Ces dispositions visent à éviter une rupture économique brutale et à préserver une certaine intégration régionale.

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Un nouvel ordre régional en gestation

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ne quittent pas la scène régionale pour autant. Ils ont officialisé leur union au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), une confédération qui ambitionne de redéfinir les rapports de force en Afrique de l’Ouest. Critiquant les sanctions imposées par la Cedeao, qualifiées d' »inhumaines, illégales et illégitimes », ils accusent l’organisation de servir des intérêts étrangers plutôt que de répondre aux besoins réels des populations locales.

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Sur le plan diplomatique, ces pays s’orientent vers de nouveaux partenaires stratégiques. L’ancienne puissance coloniale, la France, est de plus en plus marginalisée, tandis que la Russie, la Turquie et l’Iran renforcent leur influence. Ce basculement géopolitique témoigne d’une redéfinition des alliances en Afrique de l’Ouest, avec un rejet croissant des institutions jugées inféodées à l’Occident.

Vers une recomposition des équilibres

Malgré cette rupture avec la Cedeao, les trois pays restent membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et continuent d’utiliser le franc CFA. Cette situation paradoxale reflète une volonté de s’affranchir des cadres politiques jugés contraignants, tout en préservant une certaine stabilité économique.

Certains pays de la région, comme le Togo et le Ghana, commencent déjà à normaliser leurs relations avec l’AES. Récemment, le président ghanéen John Mahama a désigné un envoyé spécial pour dialoguer avec cette nouvelle entité, signe que la dynamique régionale est en pleine mutation.

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Le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cedeao traduit une crise profonde des organisations régionales africaines, prises entre des enjeux de souveraineté, des influences extérieures et la nécessité d’une intégration économique efficace. Alors que l’AES cherche à s’affirmer comme un nouveau pôle de coopération, l’avenir de la Cedeao, désormais amoindrie, reste incertain. 

Le dialogue entre les parties sera déterminant pour préserver la stabilité de l’Afrique de l’Ouest dans un contexte de recomposition des équilibres régionaux et internationaux.

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