
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie). Membre du comité des conseillers scientifiques internationaux du CF2R.
La longue carrière politique de Justin Trudeau, commencée en 2015 avec son accession à la tête du Parti libéral canadien et au gouvernement d’Ottawa, semble toucher à sa fin dans un contexte de transformation profonde non seulement au Canada, mais dans toute l’Amérique du Nord. Après près de dix ans au pouvoir, Trudeau a annoncé sa démission, laissant derrière lui un héritage complexe et un Parti libéral confronté à une transition difficile à une époque de profondes divisions idéologiques.
Un héritage progressiste en crise
Pendant des années, Justin Trudeau a été le visage du progressisme réformateur dans le monde occidental, devenant une icône mondiale grâce à des politiques inclusives et à un programme axé sur la justice sociale, le changement climatique et les droits des minorités. Cependant, les temps ont changé. La victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines de 2024, après quatre années d’administration démocrate dirigée par Kamala Harris, a marqué le début d’un nouveau cycle politique en Amérique du Nord, caractérisé par le retour de politiques nationalistes, protectionnistes et conservatrices.
La crise du gouvernement Trudeau s’est accentuée en décembre 2024 avec la démission de Chrystia Freeland, vice-première ministre et ministre des Finances, qui a quitté ses fonctions en dénonçant des divergences sur la gestion du pays dans ce nouveau contexte géopolitique. Freeland a souligné le danger d’une guerre commerciale avec les États-Unis, un risque que Trudeau a cherché à minimiser en revendiquant les succès obtenus lors de la négociation de l’accord commercial USMCA pendant le premier mandat de Trump.
Cependant, la réalité politique a été implacable : le gouvernement Trudeau est apparu épuisé, incapable de répondre aux nouveaux défis et victime d’un isolement croissant. Comme l’a noté le New York Times, autrefois favorable à Trudeau, « l’image du Premier ministre canadien est désormais ternie ».
La pression de Trump et la crise des libéraux
Donald Trump a joué un rôle clé dans le déclin de Trudeau. Avec des menaces de tarifs douaniers de 25 % sur les produits canadiens – une mesure qui pourrait dévaster l’économie du pays – et une rhétorique provocatrice qualifiant le Canada de « 51ᵉ État » des États-Unis, le nouveau locataire de la Maison-Blanche a contribué à délégitimer l’image internationale de Trudeau. Ces pressions, combinées aux difficultés internes, ont accéléré le déclin du leader libéral.
La décision de Trudeau de suspendre les activités parlementaires jusqu’en mars 2025 semble être une tentative ultime de maintenir un minimum de contrôle sur le processus politique, mais les chances de succès sont faibles. Le Parti libéral, déjà affaibli par des années d’érosion électorale, se prépare à des primaires internes pour choisir le successeur du Premier ministre. Chrystia Freeland figure parmi les principaux candidats, mais le risque d’une défaite électorale face à un Parti conservateur en plein essor est élevé.
Le défi de Pierre Poilievre et le danger pour les libéraux
Dirigeant le Parti conservateur depuis 2022, Pierre Poilievre incarne une opposition farouche à l’agenda Trudeau. Âgé de 45 ans et doté d’une rhétorique directe et incisive, Poilievre a su capter le mécontentement d’une partie croissante de l’électorat canadien, fatigué des impôts élevés, des réglementations environnementales strictes et des politiques migratoires inclusives.
Les sondages attribuent aux conservateurs plus de 40 % des intentions de vote, un niveau qui pourrait leur garantir une majorité écrasante au Parlement. Le programme de Poilievre, qui reprend bon nombre des critiques de Trump envers Trudeau, repose sur une plateforme de réduction fiscale, de sécurité renforcée et de contrôle strict de l’immigration. Cette approche, combinée à l’épuisement des libéraux, pourrait conduire à un tournant politique majeur au Canada.
Une Amérique du Nord qui vire à droite
Le déclin de Trudeau représente non seulement la fin d’une ère pour le Canada, mais aussi un signal de changement plus large dans le paysage politique nord-américain. Après des années de leadership progressiste, le vent semble tourner à droite des deux côtés de la frontière entre les États-Unis et le Canada.
Pour Trudeau, ce départ du pouvoir apparaît comme l’épilogue inévitable d’un parcours politique qui, bien qu’il ait profondément marqué le Canada, n’a pas réussi à suivre le rythme des transformations mondiales et des défis internes. Pour le Parti libéral, le risque est de se retrouver marginalisé sur la scène politique pour une période prolongée.
Alors que le Canada se prépare à tourner la page, une chose est sûre : le pays ne sera plus jamais le même. La décennie Trudeau restera dans l’histoire comme une expérience marquante mais controversée, symbole d’une époque où les progressistes ont tenté de façonner l’avenir, mais se sont heurtés aux dures réalités du présent.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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