ANALYSE – Les défis maritimes cruciaux de l’Afrique en 2025

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Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Olivier d’Auzon

Alors que 2025 marque la fin de la Décennie des mers et océans africains (2015-2025), une initiative phare de l’Union africaine (UA) pour promouvoir une gestion durable des ressources marines et côtières, le bilan est loin d’être à la hauteur des ambitions initiales.

Si cette période devait offrir au continent une occasion unique d’établir des pratiques exemplaires en matière de sécurité maritime, de restauration des écosystèmes et de renforcement des institutions, les progrès réalisés demeurent insuffisants, soulignentTim Walker et Denys Reva pour ISS Today

Dans leur analyse pour l’Institute for Security Studies (ISS), Tim Walker et Denys Reva mettent en lumière les lacunes qui ont jalonné cette décennie : coordination insuffisante, mise en œuvre fragmentée et manque de volonté politique. L’heure est venue d’un examen critique et de la définition de priorités claires pour éviter que ces ambitions ne s’enlisent définitivement.

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Réviser l’AIMS 2050 : une boussole à réajuster

La première étape pour corriger la trajectoire repose sur une mise à jour urgente de la Stratégie maritime intégrée africaine 2050 (AIMS 2050), adoptée en 2014. Conçue pour guider les efforts en matière de sécurité et de développement maritime, cette stratégie reste inadaptée face aux menaces émergentes telles que les cyberattaques, le terrorisme maritime et le trafic illicite. Ces risques croissants surpassent les capacités de réponse des États à tous les niveaux.

Le Bureau du conseiller juridique de l’UA dispose depuis une décennie du mandat nécessaire pour actualiser cette stratégie, mais des retards persistants compromettent son efficacité. Walker et Reva soulignent qu’il est possible d’éviter de nouvelles inerties en réaffectant les budgets existants de l’UA ou en sollicitant des financements externes.

Cependant, une stratégie ne suffit pas à elle seule : elle doit s’accompagner d’une vision dynamique et de ressources appropriées. L’intégration de technologies avancées, telles que la surveillance par intelligence artificielle et les navires autonomes, est essentielle pour répondre aux défis contemporains. Par ailleurs, l’Afrique doit jouer un rôle plus actif au sein d’organisations internationales comme l’Autorité internationale des fonds marins et le Tribunal international du droit de la mer.

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Mobiliser la sécurité maritime

Au-delà de la stratégie, les questions de sécurité maritime nécessitent des actions concrètes. En 2022, le Conseil de paix et de sécurité de l’UA (CPS) avait recommandé un exercice de commandement maritime pour évaluer la capacité de la Force africaine en attente (ASF) à faire face aux menaces continentales. Cependant, peu de progrès ont été réalisés depuis.

L’ASF repose sur la contribution volontaire des États membres en termes de personnel et d’équipements, une approche qui limite sa réactivité. Walker et Reva plaident pour la convocation d’un exercice Amani Africa III, un programme d’entraînement et d’évaluation, afin de renforcer les capacités collectives en matière de sécurité maritime.

Moderniser le transport maritime : un levier pour la ZLECAf

Le potentiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) repose en grande partie sur des infrastructures maritimes modernes et fonctionnelles. Or, la Charte révisée sur le transport maritime africain, qui prévoit l’harmonisation des réglementations et la modernisation des ports, attend encore trois ratifications pour entrer en vigueur.

« Un transport maritime efficace est la clé pour débloquer les ambitions économiques de l’Afrique », rappellent les auteurs. Les ports, en tant que nœuds vitaux du commerce intra-africain, devront faire face à une augmentation inévitable du trafic maritime. Mais cette croissance économique comporte aussi des risques, notamment l’augmentation des activités illégales telles que la contrebande, la piraterie et la traite humaine.

La troisième Conférence des Nations unies sur les océans : une opportunité pour l’Afrique de mettre en avant ses efforts en matière de gouvernance océanique et d’attirer des investissements dans l’économie bleue.

Enfin, la montée des eaux et les changements climatiques exacerbent la vulnérabilité des zones côtières africaines et des petits États insulaires. Ces défis environnementaux appellent une réponse immédiate. La troisième Conférence des Nations unies sur les océans, prévue en juin 2025, constitue une opportunité pour l’Afrique de mettre en avant ses efforts en matière de gouvernance océanique et d’attirer des investissements dans l’économie bleue.

Walker et Reva insistent sur l’importance d’un leadership africain fort pour promouvoir des solutions innovantes et des partenariats durables. À travers des initiatives concrètes, le continent pourrait non seulement protéger ses écosystèmes marins, mais aussi tirer parti de leur potentiel économique.

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Une décennie à repenser

Alors que la Décennie des mers et océans africains s’achève, l’Afrique se trouve à un carrefour stratégique. La mise en œuvre d’une gouvernance maritime efficace et d’actions concrètes déterminera si le continent peut enfin exploiter le plein potentiel de ses ressources maritimes. Comme le concluent Walker et Reva, « L’Afrique peut et doit devenir un acteur clé de la gouvernance mondiale des océans, mais cela nécessite des engagements audacieux et des actions immédiates. »

L’enjeu est clair : il ne s’agit plus seulement de naviguer dans les eaux troubles des ambitions, mais de construire un avenir maritime qui réponde aux aspirations du continent.


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