
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Selon les services de renseignement ukrainiens, la Russie maintient environ 700 000 soldats sur le territoire ukrainien. Une concentration massive d’hommes, surtout dans la région de Donetsk, qui inquiète non seulement Kiev mais aussi toutes les capitales situées le long de la frontière russe, d’Helsinki à Varsovie.
Les Baltes face au retrait américain
L’avertissement lancé par le président estonien Alar Karis illustre une crainte partagée : l’Europe pourrait devoir se défendre sans le parapluie américain. Cette inquiétude a été confirmée par des informations de Reuters selon lesquelles Washington réduira progressivement le programme dit Section 333, qui finançait la formation et l’équipement de ses partenaires proches de la Russie. Pour Vilnius, Riga et Tallinn, qui dépendent des moyens de l’OTAN pour leur défense aérienne et navale, la perspective est alarmante. Les 2 000 soldats américains stationnés dans la région apparaissent désormais comme une garantie précaire.
Les trois États baltes ont décidé de réagir : en 2025, leurs budgets de défense atteindront 6,3 milliards d’euros, presque le triple de 2022. Sur le papier, leurs forces combinées comprennent environ 90 000 réservistes et 230 000 mobilisables en Estonie, mais seuls quelques dizaines de milliers d’hommes sont réellement opérationnels.
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Les limites de la défense balte
La Lituanie compte près de 20 000 soldats, l’Estonie un peu plus de 7 000, la Lettonie environ 6 000. Mais l’équipement lourd manque : chars, artillerie moderne, aviation de combat. Les pays baltes restent dépendants de l’OTAN pour combler leurs lacunes structurelles. C’est cette faiblesse qui nourrit leur inquiétude et les pousse à chercher de nouveaux appuis.
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L’option nordique
À cette fragilité répond la montée en puissance du pôle nordique. La Norvège dispose de 25 000 soldats et d’une flotte de chars Leopard, la Suède de 15 000 hommes et d’une centaine d’avions de chasse, la Finlande de 24 000 militaires et de 700 pièces d’artillerie, la Danemark de 13 000 soldats et de 27 F-35. Ces chiffres, mis ensemble, esquissent une véritable armée intégrée, renforcée par la coopération au sein de la Nordefco, qui regroupe Danemark, Norvège, Suède, Finlande et Islande sous un commandement coordonné.
Un article du Wall Street Journal résumait cette logique : « La Suède a les chars, la Finlande a les troupes ». Ce partage des forces illustre la volonté de créer une défense commune, surtout depuis que la Suède est devenue le 32e membre de l’OTAN.
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La perte de confiance dans Washington
La décision danoise d’augmenter de 70 % son budget militaire en deux ans reflète plus qu’une urgence sécuritaire : elle traduit la perte de confiance dans la garantie américaine. Les pays nordiques comprennent que la défense de l’Europe ne peut plus être déléguée aux États-Unis. Ils choisissent donc de miser sur leur coopération régionale, même au prix d’investissements colossaux.
Vers une nouvelle architecture de sécurité européenne
D’un côté, la Russie démontre sa capacité à soutenir un effort militaire massif et durable. De l’autre, les pays baltes et nordiques bâtissent leurs propres mécanismes de défense, acceptant d’augmenter drastiquement leurs dépenses et de transformer leurs sociétés en économies de guerre. C’est une recomposition stratégique : les Baltes en première ligne, les Nordiques en arrière-front, l’Allemagne comme pivot logistique, la France comme puissance nucléaire.
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Une Europe façonnée par la guerre
La guerre en Ukraine ne se limite plus à un conflit régional : elle redessine toute l’architecture militaire du continent. Les chiffres – 700 000 soldats russes, 90 000 réservistes baltes, centaines de chars nordiques – révèlent une Europe en train de devenir un champ de bataille permanent. La diplomatie s’efface peu à peu derrière la logique de la force, et l’Union s’habitue à penser son avenir sous le signe de la guerre.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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