
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Un sommet atypique
La rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine à Anchorage, en Alaska, a surpris de nombreux observateurs. Le choix du lieu n’est pas anodin : l’Alaska est logistiquement accessible pour le dirigeant russe sans avoir à survoler d’espaces aériens hostiles, et il est en même temps chargé d’une valeur symbolique, rappelant les anciennes rivalités territoriales entre les États-Unis et la Russie. Mais plus que le lieu, c’est la dynamique qui compte : ce n’est pas Moscou qui a sollicité le sommet, mais bien Washington. Ce détail en dit déjà long sur le rapport de forces actuel.
Une initiative américaine
Trump est confronté à des nécessités urgentes. L’économie américaine est écrasée par une dette publique colossale, avec des intérêts annuels dépassant 1 200 milliards de dollars. De plus, le Congrès discute de lois susceptibles d’imposer des droits de douane punitifs allant jusqu’à 500 % contre l’Inde et la Chine pour leurs relations commerciales avec Moscou. Pour le président, la priorité est de conserver une marge de manœuvre en matière de politique tarifaire et d’éviter que le Congrès ne l’en prive. Se rapprocher de la Russie sert à réduire les tensions et à ouvrir de nouvelles options de négociation.
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La ligne russe : Fermeté et continuité
La Russie n’a pas modifié ses positions fondamentales. Pour Moscou, la paix n’est possible qu’à deux conditions : l’exclusion définitive de l’Ukraine de l’OTAN et la reconnaissance de la souveraineté russe sur les quatre régions déjà annexées – Kherson, Zaporijjia, Donetsk et Lougansk. Sur ce point, le Kremlin s’est montré inflexible et cohérent depuis 2022. Pour Poutine, toute rencontre éventuelle avec Zelensky ne pourra avoir lieu tant que ces conditions ne seront pas acceptées.
L’incertitude ukrainienne
Le véritable point faible reste Kiev. Zelensky n’a jamais défini une stratégie de négociation claire. Souvent poussé par les Américains ou les Européens à participer à des rencontres qu’il ne souhaitait pas, le président ukrainien apparaît coincé entre la nécessité de maintenir la mobilisation intérieure et l’impossibilité d’obtenir des résultats tangibles sur le terrain. L’érosion du consensus populaire, la crise économique et les pertes militaires réduisent encore son espace de manœuvre.
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L’Europe marginalisée
Le sommet d’Alaska a une fois de plus mis en évidence la marginalité de l’Europe. Seuls quelques dirigeants ont pris part aux consultations parallèles et aucun d’entre eux ne dispose de la crédibilité nécessaire pour s’imposer comme interlocuteur central. L’Union européenne se présente divisée : d’un côté les pays de l’Est, qui poussent à un soutien militaire total à Kiev, de l’autre les pays occidentaux, davantage préoccupés par les coûts économiques et sociaux. Une diplomatie européenne sans ligne unitaire finit par ne compter que très peu.
Sécurité et garanties
L’une des questions les plus débattues reste celle des garanties de sécurité pour l’Ukraine. En Occident, on imagine des modèles inspirés de l’Article 5 de l’OTAN, mais pour la Russie, c’est une ligne rouge infranchissable. En 2022, Kiev avait déjà présenté une proposition plus souple : des garanties offertes par un groupe de pays, incluant la Russie, sans bases étrangères en territoire ukrainien et avec une armée nationale limitée. Une formule qui rappelle la neutralité de l’Autriche en 1955 ou celle de la Suisse au XIXe siècle. Mais l’Europe, prisonnière des logiques de bloc, peine à concevoir des solutions alternatives.
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Le poids des économies
Sur le plan géoéconomique, la Russie joue une partie longue. Les sanctions occidentales n’ont pas produit les effets escomptés, tandis que Moscou a renforcé ses liens avec la Chine, l’Inde et d’autres pays émergents. Le pétrole et le gaz continuent de circuler, souvent par le biais de triangulations qui contournent les interdictions formelles. Pour Trump, qui ne veut pas fermer la porte à ses relations avec New Delhi et Pékin, il devient essentiel de garder un contrôle sur les rapports avec Moscou, sous peine de perdre ses marges de négociation au niveau global.
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Une Russie en position de force
La réalité est que Moscou progresse non seulement sur le champ de bataille, mais aussi sur le plan politique et diplomatique. Les positions russes sont restées inchangées, preuve qu’elle ne ressent pas la pression de devoir céder. L’objectif affiché est de protéger les populations des régions orientales ukrainiennes, jugées discriminées par la législation nationale. De ce point de vue, la Russie apparaît déterminée à consolider les territoires acquis, quelle que soit la temporalité.
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Le sommet d’Anchorage n’a pas produit de percées, mais il a entériné une vérité évidente : les États-Unis n’ont pas la capacité d’imposer leurs conditions à Moscou. L’Europe demeure divisée et sans rôle réel, tandis que Kiev navigue dans l’incertitude. Trump cherche une sortie du conflit qui ne ressemble pas à une défaite, en misant sur une reconnaissance internationale de son rôle de médiateur. Mais le fond reste inchangé : c’est la Russie qui dicte les conditions, et sans concessions de la part de l’Ukraine, il n’y aura pas d’accord. La seule véritable nouveauté est que le tabou du dialogue direct avec Moscou a été brisé. Et cela, qu’on le veuille ou non, modifie déjà les rapports de force dans la guerre en Ukraine.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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