
Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques
« Ceux qui préfèrent, pendant ce temps-là, brainwasher sur l’invasion du pays et les derniers faits divers ». Ainsi parle le Président de la République dans un entretien à la presse régionale entre une visite d’État dans la principauté de Monaco et le début de la conférence des Nations unies sur les Océans à Nice. Peut-être aurait-il été mieux inspiré d’employer le terme français de « lavage de cerveau », compréhensible par tout un chacun ?
Peut-être estime-t-il que cela fait plus chic et plus dans le vent d’utiliser ce terme de « Brainwasher » pour dénoncer le peuple d’en-bas attaché à sa langue, ses traditions, sa culture ? Manque de chance pour lui, peu après les faits divers se transforment en faits de société. Le drame se réinvite à l’école. Mélanie, 31 ans, ancienne coiffeuse devenue surveillante d’éducation, décède le 10 juin 2025 sous les coups de couteau[1] d’un jeune de 14 ans devant le collège Françoise Dolto (papesse de l’enfant roi) à Nogent (Haute-Marne)[2], allonge la liste des victimes de nos enfants meurtriers[3]. À y regarder de plus près, les propos d’Emmanuel Macron se situent dans une certaine continuité comme lorsqu’il parle de « Champion mon frère » après la victoire du PSG/Qatar. Ils servent de puissant révélateur à un profond mépris de la langue française, de la culture française et du peuple français.
Un profond mépris de la langue française
Manifestement, Emmanuel Macron est frappé d’amnésie sévère. Il oublie le contenu de l’article 2 du Titre premier (« De la souveraineté ») de la Constitution française du 4 octobre 1958 ainsi libellé : « La langue de la République est le français » ainsi que celui de l’article 5 du Titre II (« Le président de la République ») qui se lit : « Le Président de la République veille au respect de la Constitution »)[4]. Il oublie également qu’il devrait être le zélé porte-parole de la francophonie, concept envisagé au sens large. Étrange pour une personnalité qui devrait savoir ce que signifie l’expression « bloc de constitutionnalité » ! Il est vrai que l’homme s’affirme et s’épanouit dans la transgression permanente. Il n’a que faire de la défense de la langue française et de tout ce qu’elle représente à l’intérieur mais aussi à l’extérieur de l’Hexagone depuis des siècles. Nous dépassons le cadre de nos frontières pour aborder le thème de notre diplomatie d’influence (« soft power » pour les anglophiles).
Si l’on laisse le terrain juridique pour aborder le champ littéraire, rappelons-nous ce qu’écrivent quelques grands noms attachés à la pratique et à la défense de notre si belle langue. Comme le pied-noir (horresco referens !), prix Nobel de littérature ; Albert Camus, Boualem Sansal crie à sa façon « ma patrie c’est la langue française ». Peu de temps avant son arrestation, il publie un essai : Le français, parlons-en !, (Le Cerf). Boualem Sansal y parle, à dessein, de Notre-Langue (avec un tiret et des majuscules), comme on dit Notre-Dame, avec cette interrogation douloureuse : « Qui la sauvera, qui la guérira du mal qui la ronge, qui saura lui rendre sa beauté, sa force et son intelligence ? ». « France qu’as-tu fait de ta langue ? », écrit-il douloureusement ? Il met en garde la France, car il l’aime profondément. On ne s’inquiète que pour ceux que l’on aime[5]. À l’issue de huit années passées à la tête de l’État, il semble qu’Emmanuel Macron en a cure.
Ceci se passe de commentaire à entendre et à lire notre Jupiter ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire du « globish » aux quatre coins de la planète.
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Un profond mépris de la pensée française
Manifestement, Emmanuel Macron ignore tout de l’histoire de la littérature française, des messages de liberté qu’elle porte à la terre entière. Les messages des Lumières ont d’abord été portés et transmis urbi et orbi dans la langue de Molière, sorte de langue universelle. À entendre les philippiques de notre plus jeune Président de la République, les Voltaire, Diderot, Montesquieu, Rousseau … doivent se retourner dans leur tombe. Ils ne reconnaissent plus la France qu’ils ont aimée et défendue. Si notre Douce France a servi de phare à de nombreuses civilisations durant des siècles, c’est parce que notre langue était au service d’une pensée « révolutionnaire » au sens le plus noble du terme. Parler anglais, c’est aussi et surtout penser anglais comme si nous avions honte de notre langue et de notre mode de raisonnement cartésien ! Parler anglais, c’est aussi et surtout se soumettre à la langue du maître américain et de tous ses idiots utiles. Il n’en manque pas.
Comment prétendre peser utilement dans le débat sur le remodelage actuel du monde en faisant l’impasse sur notre valeur ajoutée intellectuelle et conceptuelle ? C’est tout simplement mission impossible tant nous sommes dans la contradiction des termes. Le recul de notre influence au sein de l’Union européenne est en grande partie dû au recul de l’usage du Français dans le fonctionnement quotidien de ce barnum apatride. En son sein, notre belle langue est désormais considérée comme une langue morte, vernaculaire (80% des documents officiels sont publiés en anglais). Et Emmanuel Macron porte une part importante de responsabilité dans cette chronique d’un naufrage annoncé pour notre pays. Au sein du « machin » (l’ONU), la situation est tout à fait comparable. Qu’on le veuille ou non, le réel, c’est quand on se cogne, pour reprendre la célèbre formule du psychanalyste français, Jacques Lacan. C’est bien de cela dont il s’agit.
Ceci se passe de commentaire à entendre et à lire notre Jupiter ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire du « globish » aux quatre coins de la planète.
Un profond mépris du peuple français
Manifestement, Emmanuel Macron ignore tout ou n’a que faire des prérogatives constitutionnelles du peuple français : « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (article 2 du Titre premier « De la souveraineté » de la Constitution du 4 octobre 1958 précitée). Nos concitoyens, qui l’on porté à la tête de l’État à deux reprises consécutives, l’ont-ils fait pour qu’il saborde la langue française par son usage inconsidéré de la langue de Shakespeare : « Choose France », « Make our Planet Great again » et autres fariboles du même acabit ? Idem pour notre patrimoine intellectuel, culturel, littéraire, diplomatique. Emmanuel Macron fait et continuera de faire le même numéro de manipulation orphique qu’il sert à tout le monde. Son absence d’attachement aux fondamentaux de notre diplomatie, au premier rang duquel devrait figurer la langue et la culture française, rend notre action extérieure incomprise et inaudible.
Comment prétendre gouverner au nom du peuple en le méprisant de manière si ostentatoire ? L’angélisme linguistique d’Emmanuel Macon confine dans ce cas concret à l’aveuglement. L’on comprend mieux la défiance croissante que suscite sa personne et ses abandons successifs au profit du sacrifice à la religion d’un monde saturé de bruit, de postures et d’immédiateté. Le peuple ne se reconnaît plus dans le Mozart de la finance, expert incontesté des réponses politiques vaines et dérisoires aux multiples défis de notre temps. Comme le rappelle le général de Gaulle dans Le fil de l’épée: « L’action, désormais, tourne à l’incohérence ». La révolution que nous promettait le candidat Macron n’est qu’une illusion. Nous baignons au cœur de cette comédie des erreurs annonciatrice de la déroute des esprits. De proche en proche, ne nous conduit-elle pas à un « remake » (sic) de L’ étrange défaite si bien analysée par March Bloch, il y a bien longtemps déjà ?
Ceci se passe de commentaire à entendre et à lire notre Jupiter ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire du « globish » aux quatre coins de la planète.
« Le confort du renoncement »[6]
« Ma patrie, c’est la langue française » nous rappelle fort à propos Albert Camus ! Elle devrait être celle du Président de la République. Tel est de moins en moins le cas au fil du temps et de ses diatribes agrémentant la société du spectacle qu’il affectionne tant. Elle flatte les professeurs en science du progrès (celui de l’abandon de notre langue au profit d’un immonde sabir des temps modernes) et en repentance honteuse (celle qui nous fait laisser le sort de Boualem Sansal, amoureux de notre langue, entre les mains du régime algérien). Emmanuel Macron apparait de plus en plus comme l’organisateur de l’impuissance de l’État et « l’OSS 117 de la honte internationale ». D’humiliation en humiliation, notre pays voit sa dégradation consolidée. Il pèse de moins en moins dans l’implacable concert des nations en dépit de la diplomatie facétieuse de son chef de l’État. Comment embrasser l’avenir en méprisant le passé ? S’adapter aux nécessités de notre époque est une chose. Sacrifier notre héritage le plus précieux, qu’est celui de notre langue, en est une autre. Jouer la mouche du coche diplomatique par des facéties linguistiques traduit la somme de nos impuissances. In fine, utiliser le terme « brainwasher » en lieu et place de celui, plus approprié, de lavage de cerveau, c’est manifester ostensiblement un triple mépris !
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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
[1] Sylvie Lecherbonnier, L’État dépassé par les agressions au couteau dans les écoles, Le Monde, 12 juin 2025, p. 10.
[2] Violaine Morin, « On ne pensait pas que ça arriverait ici », Le Monde, 12 juin 2025, p. 9.
[3] C. B., Échec et mat face à la violence scolaire, Le Canard enchaîné, 11 juin 2025, p. 1.
[4] https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur
[5] Gabrielle Cluzel, LA France est ingrate : elle aime mieux défendre R. Hassan (qui la déteste) que B. Sansal, www.bvoltaire.fr , 10 juin 2025.
[6] François Gerlotto, Le confort du renoncement, www.bertrand-renouvin.fr , 5 mai 2025.
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