
Par Julien Aubert
Commençons par le Plus que parfait. La victoire écrasante de Bruno Retailleau – 75% des suffrages – lors de l’élection à la présidence des Républicains a surpris plus d’un commentateur. En effet, son adversaire, Laurent Wauquiez, qui avait lui-même été élu président en 2017 avec un score approchant, était il y a encore peu le « chef naturel de la Droite ».
Au-delà du caractère saisissant de la victoire, il faut en souligner le degré de rupture quasi anthropologique. Le profil de Bruno Retailleau détonne dans l’histoire du parti gaulliste. En effet, depuis la fusion du RPR et de l’UDF, en 2002, tous les chefs de parti élus ou nommés à la tête du parti venaient du RPR, qu’il s’agisse de l’UMP (Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand, Jean-François Copé) ou de LR (Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, Christian Jacob, Eric Ciotti). Les seuls périodes où des anciens UDF ont pu diriger étaient des périodes d’intérim et/ou de crise (Jean-Claude Gaudin, Xavier Chatel, Jean Leonetti).
Bruno Retailleau a donc un parcours atypique, puisqu’il vient d’une famille de pensée minoritaire au sein de l’UDF. Il a fait ses armes au MPF issu d’une scission en 1994 de l’UDF. Il n’a rejoint l’UMP qu’en 2011. Enfin, à titre plus anecdotique, jamais le parti n’avait non plus été présidé par un sénateur.
Réputé conservateur sociétalement, Bruno Retailleau a longtemps été considéré comme représentatif d’un socle idéologique trop étroit pour véritablement s’imposer – on parlait de « Droite Trocadéro » en référence à un célèbre meeting de soutien à François Fillon en 2017, rendu possible par la mobilisation d’un électorat bourgeois conservateur. Son classicisme, son parcours d’élu modèle ayant gravi un à un les échelons de la démocratie représentative, son refus du bling-bling contrastait avec une époque de buzz ou de clash, volontiers tapageuse et superficielle. La droite cool était urbaine, connectée et centriste. Retailleau, c’est la droite du passé.
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Et pourtant, lui le Vendéen admirateur de Clémenceau a gagné. Alors, cette droite « d’hier », à force d’être vintage, serait-elle revenue à la mode (une forme de futur antérieur ?), ou ne faut-il y voir que la manifestation d’un rétrécissement du parti de Droite ?
Lorsque on la compare avec les Orban, Trump ou encore Milei qui sont parvenus à prendre le pouvoir dans leurs pays respectifs, la « Droite Retailleau » semble effectivement à des années lumières dans le style. Là où la violence verbale domine, le chef des LR tranche par sa politesse et son amabilité. Pour certains, cette droite-là n’est pas en mesure de représenter l’alternance radicale qu’ils attendent en 2027.
Pourtant, on aurait tort de juger la rupture à la coiffure. Il y a en germe dans l’élection de Bruno Retailleau une révolution « à la Française » dans l’histoire de la Droite Française.
En effet, depuis Philippe Séguin (président du RPR en 1998), aucun souverainiste n’avait jamais plus présidé le parti ou ses incarnations successives. Or, le MPF avait fait scission de l’UDF – réputé pro-européen – sur la question du fédéralisme et Bruno Retailleau ne fait pas mystère de son vote au référendum européen de 2005. Le fait même que cette victoire ait été possible sans mobilisation des relais européistes et mondialistes démontre bien l’évolution des classes supérieures vers un état d’esprit plus national, voire protectionniste.
Il est d’autant plus symbolique que c’est Nicolas Sarkozy – et donc l’UMP – qui avait en 2007 obtenu la ratification par le Parlement d’un mini-traité dérivé du texte rejeté par référendum en 2005.
L’autre caractéristique d’un Orban et d’un Trump est qu’il s’agit d’une droite plébéienne, c’est à dire portée par une forte mobilisation des classes moyennes et populaires. Comme l’a expliqué Bruno Retailleau, son objectif est de défendre les honnêtes gens, c’est à dire les classes moyennes.
Enfin, le conservatisme sociétal d’un Retailleau rejoint les inquiétudes occidentales sur l’essor du wokisme, et de ses avatars – théorie du genre en tête. C’est un point qui relie les trois leaders précités : ils mènent un combat culturel déterminé.
Voilà pourquoi la quête idéologique d’un Retailleau ne doit pas être vue aux lunettes du passé, mais de la métamorphose des partis de droite traditionnels. Bruno Retailleau est un lecteur. Il est très au fait des analyses sociologiques sur la société liquide (Zygmunt Bauman) ou les nowhere/anywhere (David Goodhart), avec leurs équivalents français (Thierry Muzergues et la quadrature des classes, Christophe Guilluy et la France périphérique…). Désormais, le président de LR est un acteur. Pour renaître, la Droite Française doit reconnaître le fait social découlant de la mondialisation et accoucher d’un nouveau paradigme national.
Il y a désormais du conditionnel dans l’avenir de Bruno Retailleau, et j’espère franchement, du futur simple.
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Julien Aubert est ancien député de Vaucluse, vice-président des Républicains et président d’Oser la France, mouvement d’inspiration gaulliste.

