ANALYSE – « Le Coran européen » : L’Europe en offrande, chronique d’une abdication spirituelle

Fabrice Leggeri
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe GaglianoPrésident du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Par-delà les vitrines policées des programmes de recherche universitaire, un frisson parcourt l’histoire et la mémoire collective européenne. C’est ce frisson qu’a tenté de saisir, avec l’urgence d’un veilleur dans la nuit, Fabrice Leggeri, ancien directeur exécutif de Frontex et aujourd’hui député européen, en dénonçant le financement — à hauteur de 9,8 millions d’euros — d’un projet au nom évocateur : « Le Coran européen ».

Dans une époque obsédée par l’effacement, où les identités sont réduites à des avatars administratifs et les traditions digérées par le relativisme, voici qu’un groupe de chercheurs se propose de retracer l’empreinte du texte sacré de l’islam dans l’histoire intellectuelle européenne. Non pas comme objet d’étude externe, mais comme matrice supposée de la culture européenne elle-même. Tel est l’axiome implicite du projet « The EuQu » : démontrer que l’Europe chrétienne, scolastique, humaniste, serait en réalité, depuis le XIIe siècle, tributaire du Coran.

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Un projet savant ou une entreprise de réécriture historique ?

Derrière les mots rassurants du Conseil européen de la recherche — excellence, synergie, dialogue interculturel — se cache une entreprise bien plus pernicieuse : la naturalisation de l’islam comme élément constitutif, organique, de l’identité européenne. John Tolan, coordinateur du projet, le dit sans détour : « Le Coran est utilisé sans cesse en Europe depuis le XIIe siècle ». Mais l’usage est-il filiation ? La fréquentation érudite équivaut-elle à une influence matricielle ? À suivre ce raisonnement, le simple fait que saint Thomas ait cité Aristote ferait de la chrétienté une branche du polythéisme hellène.

La gravité n’est pas dans la recherche en elle-même — car la philologie et l’histoire comparée sont des sciences nobles — mais dans son instrumentalisation politique. Leggeri, dans un courrier adressé à la Commission, évoque une dérive idéologique, une pénétration subtile de l’islam politique dans le champ universitaire, à travers des figures comme Naima Afif, biographe du fondateur des Frères musulmans, Hassan al-Banna. Est-ce là le visage serein de la recherche ? Ou bien les prémices d’un glissement, lent mais déterminé, vers une nouvelle orthodoxie imposée par le haut ?

L’Europe subventionne-t-elle sa propre désintégration ?

Dix millions d’euros. Le chiffre frappe par son ampleur, mais surtout par sa symbolique. En des temps où la jeunesse européenne s’appauvrit, où les églises se vident et les universités s’effondrent sous le poids de l’idéologie, la manne publique sert à revisiter l’histoire sous l’angle de l’intégration religieuse inversée. “Le Coran au cÅ“ur de l’histoire intellectuelle européenne”, lit-on dans les plaquettes de présentation.

Mais pourquoi ce cœur nouveau doit-il se substituer à celui qui battait dans les textes patristiques, les œuvres de Dante, les traités de Pascal ou les chants de Bach ? Pourquoi faut-il, à coups de colloques, de bandes dessinées et d’expositions itinérantes, convaincre les Européens qu’ils sont autre chose que ce qu’ils sont — ou ce qu’ils furent ? L’objectif réel est-il la connaissance ou l’oubli ?

L’humanisme renversé

Ce que Fabrice Leggeri dénonce, c’est moins un projet isolé qu’un symptôme : celui d’une Europe qui, par peur de son ombre, en vient à se nier elle-même. À force de se vouloir ouverte, elle devient creuse. À force de tolérance, elle s’autodissout. Le projet « Coran européen » n’est que l’ultime avatar d’un wokisme post-historique, où les catégories de vrai et de faux, de cause et d’effet, d’appartenance et d’héritage sont dissoutes dans la grande brume d’un universalisme sans racines.

Qu’on étudie le Coran, certes. Qu’on l’analyse, qu’on le compare, qu’on le critique même, selon les règles rigoureuses des sciences humaines. Mais qu’on ne vienne pas travestir ce travail en un récit alternatif où l’Europe n’aurait jamais été ce qu’elle a toujours été : un continent façonné d’abord par le judaïsme biblique, la philosophie grecque, et la Révélation chrétienne. Tout le reste n’est que révisionnisme culturel financé par l’oubli — et orchestré par l’inertie coupable des élites.

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