
Par Le Diplomate
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Ce jeudi 24 juillet 2025, Emmanuel Macron a annoncé que la France reconnaîtra officiellement l’État de Palestine lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre prochain. Présentée comme une relance de la solution à deux États, cette décision fait de la France le premier pays du G7 à franchir le pas. Mais ce coup de théâtre, plutôt que de renouer avec l’autorité diplomatique française, trahit un échec plus profond.
Un timing diplomatique malheureux
La perspective d’une reconnaissance en septembre – plusieurs mois après l’augmentation dramatique de la crise à Gaza – fait de cette décision une réponse retardée à l’épuisement du récit humanitaire et diplomatique. Le moment « utile » tant vanté est déjà périmé. Le report (et l’annulation de fait à cause du conflit irano-israélien) d’une conférence initialement prévue par Paris en juin – co-présidée par la France et l’Arabie saoudite – a laissé une nouvelle fois la diplomatie française en marge d’un processus largement conduit sans elle.
La France toujours inaudible au Proche‑Orient
Alors que Paris prétend renouer avec son rôle historique, elle paraît aujourd’hui plus que jamais marginalisée. Roland Lombardi, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et directeur de la rédaction du Diplomate média, souligne que « depuis longtemps et malheureusement la diplomatie française peine à se faire entendre, ses initiatives étant perçues comme moralisatrices, déconnectées des réalités du terrain et sans effet concret sur les négociations. L’annonce actuelle ne change et ne changera rien : elle ne mobilise ni Israël ni les États-Unis, qui continuent de rejeter unilatéralement toute reconnaissance sans accord préalable ».
De la com’ plus qu’une réelle stratégie diplomatique
Lombardi ajoute : « au-delà de jouer encore le rôle de simple petit télégraphiste du Qatar et essayer d’exister à tout prix alors qu’il n’est plus pris au sérieux sur la scène internationale, le geste du Président français apparaît davantage comme une opération symbolique de communication interne qu’un acte de stratégie internationale. Il répond à une logique politicienne, visant à séduire l’électorat musulman en France avant les municipales de 2026 ou une hypothétique dissolution de l’Assemblée nationale. Et puis pour Macron c’est aussi la vieille technique éculée des magiciens et que l’illusionniste de l’Élysée affectionne tant : détourner l’attention ! Détourner l’attention des problèmes domestiques, de la crise sociale et économico-politique intérieure et de la colère qui monte dans le pays contre sa personne et son gouvernement. Il sait pertinemment que sa déclaration sur la reconnaissance de l’État palestinien va faire jaser et que les observateurs vont s’écharper sur les plateaux TV et les réseaux sociaux sur ce sujet pendant une semaine jusqu’à ce qu’il trouve son prochain coup de com’ à jeter comme un os à ronger aux commentateurs… »
Sur le terrain diplomatique, cette posture est stérile : elle ne propose aucune architecture crédible pour désarmer ou exclure le Hamas, reconstruire Gaza, ou garantir la sécurité d’Israël, comme semblait pourtant l’exiger Macron il y a encore quelques mois. Pour Lombardi : « c’est toujours cette politique de gribouille, de va-et-vient permanents et de gesticulations dans tous les sens, pleine d’incohérence et sans stratégie sérieuse ni ligne claire qui discrédite toujours un peu plus la voix de la France ».
Une reconnaissance sans effet réel
La reconnaissance d’un État palestinien déjà reconnu par 140 pays (dont l’Irlande, l’Espagne, la Norvège en 2024) n’est ni un tournant ni un levier diplomatique nouveau. Le droit international n’y gagne rien si elle n’est pas accompagnée d’une initiative stratégique sur le terrain. Sans calendrier sérieux de négociations et sans coalition crédible, ce geste risque de rester purement symbolique. Surtout avec un véto quasi assuré au Conseil de sécurité de l’ONU par les États-Unis de Trump !
Ici, Macron semble encore choisir l’énergie de l’annonce plutôt que l’exercice discret mais efficace de l’influence. Ce coup de com’ ne fera pas bouger les lignes : Israël accuse déjà Paris de « récompenser et renforcer le terrorisme », ce qui n’est pas totalement faux puisque les massacreurs du Hamas se sont empressés de saluer la décision de Macron, tandis qu’à Doha, on pavoise ; les États-Unis restent méfiants ; et les Arabes attendent des actes, pas des promesses même si « cela fait depuis longtemps qu’ils savent ne devoir rien attendre de la France. Elle ne compte plus ! Quand on sait que l’on ne sert plus à rien et surtout que l’on ne nous écoute plus, mieux vaut se taire, se faire discret, au risque de se rendre ridicule – comme c’est souvent le cas en ce moment pour Paris –, et attendre des jours meilleurs… ou enfin une réelle stratégie qui réponde aux seuls intérêts sécuritaires de la Nation et non aux pitoyables intérêts électoraux de quelques-uns ! » (Roland Lombardi)
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La reconnaissance par la France d’un État palestinien en septembre 2025 constitue un geste symbolique, très tardif, autarcique et musclé de l’intérieur. Loin de restaurer l’influence française, elle illustre une diplomatie en déficit de crédibilité au Proche‑Orient. Sans une réelle volonté et une grande initiative des Israéliens et des Arabes sous la houlette des États-Unis de Trump, ce choix demeure un énième coup médiatique inefficace et qui n’aura pas plus de suite que les précédents. Il est plus adapté à un calendrier électoral qu’à la Realpolitik exigeante dont a besoin la région.
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