
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Au cœur du Donbass, entre les ruines de la dernière mine de charbon à coke d’Ukraine et une voie ferrée qui assurait autrefois la logistique entre les bastions militaires de Kiev, se joue en silence l’une des phases les plus décisives – et symboliques – de la guerre russo-ukrainienne.
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Selon le commandant en chef des forces ukrainiennes, Oleksandr Syrskyï, Moscou aurait concentré pas moins de 110 000 soldats aux abords de Pokrovsk. Il ne s’agit pas seulement de chiffres : c’est un signal clair que la Russie considère ce nœud géographique et logistique comme la clé de l’effondrement du front oriental ukrainien.
Pokrovsk n’est pas une ville comme les autres. Avant le conflit, elle comptait 60 000 habitants. Aujourd’hui, elle est réduite à un désert humain, avec une seule valeur aux yeux du Kremlin : ses lignes de communication. Route et chemin de fer la relient à Sloviansk, Kramatorsk et Kostiantynivka, les dernières villes qui tiennent encore la ligne de défense de Kiev dans le Donetsk. Syrskyï parle à juste titre de “colonne vertébrale des défenses”, conscient que la chute de Pokrovsk pourrait ouvrir une brèche décisive vers l’annexion de facto de tout l’oblast par Moscou.
Mais ce n’est pas seulement le volume des troupes qui impressionne. L’Institute for the Study of War, observatoire basé aux États-Unis, a révélé que l’assaut russe se structure sous forme hybride, souvent désespérée mais tactiquement imprévisible : de petites unités mobiles, d’un ou deux hommes, lancées dans des actions de harcèlement à moto, en buggy ou en 4×4. C’est la guerre de basse intensité qui use, désoriente, prépare le terrain pour une offensive plus large. Selon Syrskyï, Moscou ne cherche pas uniquement une victoire militaire, mais une victoire symbolique : poser le pied, planter un drapeau, proclamer un nouveau “succès” dans les circuits médiatiques russes.
Sur le plan narratif aussi, la guerre se joue. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors de discussions avec son homologue kirghize, Kulubayev, a répété la rhétorique bien connue : l’Occident utiliserait le “régime nazi de Kiev” comme bélier pour infliger une défaite stratégique à Moscou. Mais, selon Lavrov, “la Russie n’a jamais été vaincue, et elle ne le sera pas cette fois non plus”. Un message aussi ferme que désespéré, davantage destiné aux alliés hésitants du Sud global qu’à l’Occident.
Pendant ce temps, le ministère russe de la Défense a annoncé avoir frappé 133 sites, dont des ateliers de drones, des positions de mercenaires étrangers et même des radars israéliens. Selon ses chiffres, un missile Neptune et plus de 100 drones ukrainiens à voilure fixe auraient été abattus. Artillerie, drones kamikazes et forces balistiques montent en puissance, dans un crescendo qui pourrait annoncer une nouvelle phase de l’offensive.
Sur le plan diplomatique, les signaux oscillent entre réalisme et farce. Le représentant russe à l’ONU, Vassily Nebenzia, a demandé à Kiev d’interrompre sa mobilisation et de commencer une démobilisation “comme preuve de sincérité”. Une proposition qui sent la provocation, alors que les blindés russes avancent. Pourtant, Moscou continue d’afficher une posture diplomatique : Poutine se dit prêt à reprendre les pourparlers à Istanbul. Mais sur quelles bases ? Selon Nebenzia, l’Ukraine rêve d’un retour aux frontières de 1991. Ce qui, selon lui, est “irréaliste”.
La guerre se joue donc aussi sur le terrain du possible : la Russie lance des signaux de force tout en affichant un visage raisonnable ; l’Ukraine résiste au prix d’un coût humain et logistique dévastateur ; l’Occident observe, tiraillé entre soutien militaire et fatigue stratégique. Et Pokrovsk, maillon le plus fragile et le plus exposé, pourrait devenir le prochain nom gravé sur la pierre tombale du Donbass.
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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