DÉCRYPTAGE – Gaza : Le Hamas resserre son emprise par la force…

Capture d'écran d'une exécution du Hamas au lendemain de l'accord de Gaza
Capture d’écran d’une exécution du Hamas au lendemain de l’accord de Gaza

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Une guerre interne qui menace la fragile trêve

Dans un climat encore suspendu au cessez-le-feu avec Israël, la bande de Gaza s’est transformée en théâtre d’une autre guerre, plus silencieuse mais tout aussi meurtrière : celle du pouvoir. 

L’opération menée par Hamas dans la ville de Gaza contre le clan Doghmush a causé 32 morts et démontré que le mouvement islamiste ne se contente pas de résister à Israël : il cherche aussi à neutraliser tous ses rivaux palestiniens pour consolider son autorité. À peine la trêve conclue, le ministère de l’Intérieur contrôlé par le Hamas a déployé des milliers de combattants dans les zones sensibles, officiellement pour éviter l’anarchie, mais dans les faits pour reprendre le contrôle total du territoire. Ce réflexe sécuritaire révèle une fébrilité politique et militaire : le Hamas, que le plan de paix américain prévoit de désarmer et d’écarter, sait que sa survie dépend de sa capacité à dominer le terrain avant que les forces internationales ne s’installent.

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Un affrontement entre factions palestiniennes

L’affrontement avec le clan Doghmush n’est pas un épisode isolé. Quelques jours plus tôt, les forces d’élite Nukhba avaient été envoyées à Khan Younès contre la famille Al-Majayda, accusée d’abriter un « collaborateur ». Des rapports non vérifiés évoquent aussi l’intervention de l’unité Sahm, tristement célèbre pour ses exécutions extrajudiciaires et passages à tabac d’opposants. Cette lutte de factions a coûté la vie à des dizaines de personnes, y compris parmi les combattants du Hamas. En parallèle, le mouvement a lancé une offensive contre les Forces populaires dirigées par Yasser Abu Shabab, autre rival accusé de liens avec Israël. Rafah, bastion d’Abu Shabab, reste sous contrôle militaire israélien, ce qui ajoute une dimension géostratégique à cette bataille interne : chaque groupe cherche à sécuriser ses alliances et ses armes pour ne pas être marginalisé une fois que la nouvelle architecture de sécurité sera imposée.

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Le plan Trump, une équation explosive

Le plan de paix en vingt points proposé par Donald Trump prévoit le déploiement d’une force de sécurité arabe et d’une police palestinienne formée par l’Égypte et la Jordanie, ainsi que le retrait progressif de l’armée israélienne. Mais plusieurs inconnues subsistent : que deviendra le Hamas dans un tel schéma ? Acceptera-t-il de déposer les armes ou tentera-t-il de se maintenir en force ? La réponse semble déjà en partie donnée : en attaquant ses rivaux, le mouvement islamiste montre qu’il n’a aucune intention de disparaître ou de se dissoudre dans une administration internationale.

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Une stratégie de survie militaire

La logique du Hamas est celle d’un acteur qui sait qu’il joue sa survie. Alors que 200 soldats américains sont déployés en Israël pour surveiller le cessez-le-feu, le groupe islamiste renforce ses positions militaires avant que les forces étrangères ne lui imposent des limites. Cette stratégie repose sur deux axes : empêcher l’émergence de contre-pouvoirs palestiniens susceptibles d’être adoubés par la communauté internationale ; et garder le contrôle opérationnel du territoire, notamment des réseaux logistiques, des points d’approvisionnement et des structures sécuritaires. La lutte contre les Doghmush ou les Al-Majayda est donc moins une question de sécurité intérieure qu’une bataille pour l’hégémonie politique.

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Une transition incertaine

L’avenir institutionnel de Gaza reste flou. Le plan américain prévoit une gouvernance internationale transitoire dirigée par des technocrates palestiniens, mais le Hamas refuse cette perspective, estimant que seul le peuple palestinien doit décider de son gouvernement. Dans cette confrontation entre une légitimité autoproclamée et une légitimité internationale, la violence risque d’augmenter. Chaque clan, chaque faction, anticipe une redistribution du pouvoir et des ressources : ce qui se joue à Gaza n’est pas seulement un conflit militaire, mais une guerre pour l’avenir politique du territoire.

Une paix fragile sous tension

Ce qui devait être une trêve avec Israël s’est transformée en préambule à une lutte de pouvoir généralisée. Si le Hamas poursuit cette politique de répression interne, la paix pourrait être compromise avant même d’avoir commencé. Le scénario actuel rappelle d’autres transitions chaotiques : des forces internationales qui tardent à s’implanter, des groupes armés qui se battent pour le contrôle local, une population civile prise entre plusieurs feux. À Gaza, la guerre n’est pas terminée. Elle a simplement changé de visage.

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