DECRYPTAGE – Lutte contre les trafics illicites : Vers un accord stratégique entre la Libye, l’AFRICOM et la DEA

Drapeaux de la Libye, d’AFRICOM et des États-Unis flottant côte à côte, symbolisant la coopération sécuritaire USA-Libye en Afrique du Nord.
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Imen Chaanbi

Dans le cadre du renforcement de la coopération sécuritaire internationale, une délégation du ministère de l’Intérieur du Gouvernement d’unité nationale, conduite par le Général de division Khaled Abdel Nabi, a effectué une visite officielle de travail le 24 juin dernier au siège du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), à Stuttgart, en République fédérale d’Allemagne[1].

Cette visite stratégique s’inscrit dans une dynamique de coopération approfondie avec les États-Unis, dont l’engagement croissant en Libye reflète un intérêt clair pour la stabilité de la région nord-africaine et sahélo-saharienne. Washington considère la Libye comme un acteur central dans la lutte contre les trafics transnationaux, la prolifération des armes, et le financement des groupes terroristes, autant de menaces qui affectent non seulement les pays voisins mais également la sécurité euro-atlantique.

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Les discussions ont porté sur les grands enjeux sécuritaires actuels, en particulier le trafic de drogues illicites, les flux financiers illégaux, la contrebande d’armes, et l’infiltration de groupes terroristes dans les circuits économiques informels. La Libye, par sa position géostratégique, constitue un carrefour critique entre les routes de la drogue en provenance du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, et les marchés européens.

Une dimension stratégique majeure de cette lutte concerne le trafic de drogue qui emprunte l’autoroute A10, un axe routier crucial reliant la Méditerranée à l’Europe du Nord via le Sahel. Ce corridor sert de voie de transit pour d’importantes cargaisons de stupéfiants, dont la résine de cannabis et la cocaïne, en provenance d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, avant leur acheminement vers les marchés européens

Selon l’ONUDC, plus de 40 tonnes de cannabis et des quantités croissantes de cocaïne sud-américaine transitent chaque année par le territoire libyen, à destination de l’Europe. Ces flux sont facilités par la présence de groupes armés, de réseaux criminels, et de milices locales qui contrôlent des portions du territoire national, notamment dans le sud du pays et à la frontière tuniso-libyenne.

Ce trafic n’est pas seulement un problème de sécurité intérieure, mais également une source vitale de financement pour les groupes terroristes opérant dans la région sahélo-saharienne, notamment des factions affiliées à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), à l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et autres milices armées[2].

Les autorités américaines, à travers AFRICOM et la DEA (Drug Enforcement Administration), reconnaissent que la stabilité de la Libye est étroitement liée à la sécurité du Sahel, de la Méditerranée centrale et de l’Europe du Sud. L’un des objectifs des États-Unis est de prévenir l’émergence de zones grises échappant au contrôle des États, où s’entremêlent criminalité organisée, radicalisme armé et corruption.

Dans ce cadre, la délégation libyenne a tenu une série de réunions approfondies avec des responsables de l’AFRICOM et de la DEA, en présence du directeur de l’AFRICOM, Matthew Mikaplesen, de son adjoint, de plusieurs chefs de départements techniques, ainsi que de l’attaché de pays de la DEA au Caire et de son adjoint.

Les discussions ont porté sur des mesures concrètes de renforcement des capacités libyennes. Elles incluent notamment la formation de plus de 1 000 agents spécialisés, la fourniture d’équipements technologiques de surveillance avancée, le renforcement des capacités en matière de renseignement, ainsi que la planification et la coordination d’opérations conjointes dans les zones à haut risque, en particulier dans le sud libyen et le long de la frontière tuniso-libyenne, où l’activité des milices armées et des réseaux criminels reste particulièrement intense.

Le Général de division Khaled Abdel Nabi a présenté un bilan détaillé des efforts engagés par les autorités libyennes dans la lutte contre les trafics transnationaux. Il a notamment souligné la saisie de plus de 12 tonnes de drogues diverses, le démantèlement de 35 réseaux criminels actifs sur le territoire national, ainsi que la conduite de plusieurs opérations ciblées contre des corridors logistiques utilisés par des milices armées[3].

La visite s’est conclue par un accord de principe sur la préparation d’un protocole d’accord bilatéral et l’élaboration d’un plan de travail annuel, structuré autour de la formation, de l’équipement, du renseignement partagé et de la coordination sur le terrain.

Ce partenariat vise à renforcer les institutions libyennes et à contenir les menaces transnationales qui affectent la stabilité régionale et la sécurité internationale.

Néanmoins, plusieurs défis majeurs demeurent. La fragmentation politique persistante en Libye, la présence continue de milices armées, la porosité des frontières ainsi que l’instabilité générale de la région[4] exigent un engagement soutenu et une coordination renforcée entre tous les acteurs concernés. 

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[1] La visite officielle a eu lieu le 24 juin 2025.

[2] Les ressources générées par ces trafics permettent à ces groupes de renforcer leur capacité opérationnelle, d’acheter des armes, et d’étendre leur influence dans ces zones.

[3] Les milices sont impliquées dans le transport, la protection et la redistribution de cargaisons illicites, notamment dans les régions frontalières sensibles

[4] Par ailleurs, la montée des trafics illicites, notamment le long de l’axe de l’autoroute A10, constitue un vecteur majeur de financement des groupes terroristes et demeure un point focal des opérations conjointes.


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