
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Un succès diplomatique aux contours ambigus
L’adoption par le Conseil de sécurité du plan du président américain Donald Trump pour Gaza marque, en apparence, un moment historique. La résolution, approuvée sans votes contraires et avec l’abstention calculée de la Russie et de la Chine, donne à la stratégie américaine une légitimité internationale rare. Mais sous ce vernis de victoire diplomatique se cachent des interrogations majeures sur la souveraineté palestinienne, la nature de la future gouvernance de Gaza et l’équilibre réel entre ambitions régionales, rivalités globales et besoins de la population.
Une administration internationale sous direction américaine
Le texte autorise la création d’une Force internationale de stabilisation, chargée d’assurer la sécurité, de superviser la gestion provisoire et de soutenir la reconstruction. Cette structure sera coordonnée par un Conseil de paix auquel Trump affirme vouloir lui-même participer, signe évident de la volonté de Washington de contrôler la dimension politique et stratégique de l’opération. Le soutien d’États arabes comme l’Égypte, la Jordanie, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats reflète la convergence de leurs intérêts sécuritaires avec ceux des États-Unis, garantissant une couverture régionale qui a pesé sur la décision de Moscou et Pékin de ne pas opposer leur veto.
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Moscou et Pékin : Abstention tactique et calcul géopolitique
L’attitude de la Russie et de la Chine ne représente pas un alignement mais un pragmatisme froid. Leur abstention laisse la porte ouverte à des négociations bilatérales avec Washington, notamment sur la guerre en Ukraine et sur la question sensible des sanctions économiques. Gaza devient ainsi une pièce d’un échiquier global où les grandes puissances se livrent à une compétition diplomatique constante, souvent éloignée des priorités des habitants de la zone.
Un accueil glacial dans Gaza dévastée
Sur le terrain, la perception est tout autre. À Gaza, où les bombardements et les privations continuent, la résolution est accueillie avec scepticisme, voire hostilité. Beaucoup craignent que la Force internationale de stabilisation ne transforme l’enclave en un territoire sous tutelle étrangère, chargé de police, de contrôle des frontières et de démilitarisation avant même de répondre à l’urgence humanitaire. L’absence de garanties explicites sur le retrait des forces israéliennes renforce l’idée qu’une occupation pourrait simplement changer de visage plutôt que disparaître.
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La crainte d’une tutelle plutôt que d’une protection
Hamas a déjà annoncé qu’il rejetterait tout désarmement en l’absence d’une véritable perspective d’État palestinien. Une mission internationale engagée dans la démilitarisation risquerait ainsi d’être perçue comme une partie prenante du conflit, et non comme une force neutre. Les habitants interrogés voient dans ce dispositif un mécanisme imposé d’en haut, sans consultation, qui pourrait restreindre encore davantage leur liberté de mouvement et leur marge de vie quotidienne.
Un plan qui ne répond ni à la souffrance ni aux attentes
La résolution reconnaît qu’un chemin vers l’autodétermination pourrait émerger si l’Autorité palestinienne entreprend des réformes profondes et si le développement de Gaza progresse. Une formulation conditionnelle que beaucoup de Palestiniens considèrent comme un instrument de pression plus que comme un réel engagement international. Rien n’indique pour l’instant comment ces réformes pourraient se traduire, ni quel sera le rôle réel des Palestiniens dans la gouvernance de leur propre territoire.
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Un enjeu où géopolitique et humanitaire s’entrechoquent
Derrière le langage formel de la diplomatie se distinguent des jeux d’intérêts bien plus vastes : Washington consolide son rôle central dans la sécurité régionale, les États arabes modérés cherchent à éviter un vide sécuritaire à leurs portes, Israël tente de préserver sa liberté d’action, et les grandes puissances observent en fonction de leurs priorités globales. Dans ce cadre, la voix des habitants de Gaza reste marginalisée, alors qu’eux seuls vivent chaque jour les conséquences directes de ces décisions.
Gaza attend des garanties, pas seulement une résolution
Le vote du Conseil de sécurité confère au plan Trump une force juridique, mais ne garantit en rien une amélioration immédiate de la situation. Pour beaucoup de Palestiniens, la paix annoncée ressemble davantage à une réorganisation de la tutelle qu’à une véritable libération. Sans un engagement clair en faveur de leurs droits, de leur sécurité et de leur dignité, aucune mission internationale ne pourra prétendre stabiliser Gaza.
La diplomatie a parlé. Mais pour Gaza, la vraie question reste ouverte : la communauté internationale veut-elle réellement construire la paix, ou seulement gérer l’instabilité ?
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Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre Économique (EGE)
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
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